éruditest un consortium interuniversitaire sans but lucratif composé de l'Unive
éruditest un consortium interuniversitaire sans but lucratif composé de l'Université de Montréal, l'Université Laval et l'Université du Québec à Montréal. Il a pour mission la promotion et la valorisation de la recherche.éruditoffre des services d'édition numérique de documents scientifiques depuis 1998. Pour communiquer avec les responsables d'Érudit : info@erudit.org Article « Bilinguisme et diglossie dans la région montréalaise » Madeleine Saint-Pierre Cahier de linguistique, n° 6, 1976, p. 179-198. Pour citer cet article, utiliser l'information suivante : URI: http://id.erudit.org/iderudit/800047ar DOI: 10.7202/800047ar Note : les règles d'écriture des références bibliographiques peuvent varier selon les différents domaines du savoir. Ce document est protégé par la loi sur le droit d'auteur. L'utilisation des services d'Érudit (y compris la reproduction) est assujettie à sa politique d'utilisation que vous pouvez consulter à l'URI https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/ Document téléchargé le 2 mars 2016 06:46 BILINGUISME ET DIGLOSSIE DANS LA RÉGION MONTRÉALAISE Depuis une vingtaine d'années les recherches sur le bilinguisme ont fait ressortir les aspects sociologiques et juridico-politiques du bilinguisme par le biais du bilinguisme collectif, d'une part, et du bilinguisme institutionnel, d'autre part. Nous connaissons bien les aspects linguistiques du bilinguisme (interférence de la langue A sur la langue B sur le plan phonique, syntaxique ou lexical ; degré de bilinguisme allant de la possibilité, pour un locuteur, de comprendre une deuxième langue jusqu'à la compétence égale dans deux langues) et ses aspects psychologiques (processus d'acquisition d'une deuxième langue, conditions d'apprentissage en fonction de l'âge, de la relation structurelle ou génétique de cette deuxième langue avec la première, de la motivation et de l'attitude du sujet envers cette nouvelle langue, etc.). Or, qu'il s'agisse de bilinguisme individuel ou de bilinguisme collectif, la deuxième ou la troisième langue apprise est une voie d'accès à une autre culture et à un autre groupe ethnique. Dans une nation où deux groupes linguistiques ou plus" sont en contact, cet "accès" à l'autre groupe répond à des besoins créés précisément par cette situation de contact. C'est à partir de ce caractère fonctionnel des langues que la dimension sociologique du bilinguisme est abordée. L'histoire nous démontre que lorsque deux groupes linguistiques sont en contact et que 1 ' . u n des deux groupes est économiquement ou politiquement plus 180 la sooiolinguistique au Québec fort, ce sont les membres du groupe dominé qui font l'effort d'apprendre la langue du groupe dominant (u.g* les pays colonisés de l'Afrique, des trois Amérique, le Pakistan, l'Inde, le Danemark du XVIII s i è c l e ) . Le bilinguisme n'est plus à ce moment-là le fait de quelques individus isolés mais bien d'un groupe d'individus. Si les groupes en contact sont en position d'inégalité sociale, politique ou économique, la langue parlée dans chacun de ces groupes aura le statut du groupe dont e l l e est le propre. C'est pour exprimer cet état de fait que le concept de diglossie a été mis de l'avant. Nous partirons des définitions de bilinguisme et de diglossie pour les appliquer à la situation linguistique québécoise. Pour ce faire, nous ferons appel à une enquête que nous avons effectuée dans la région montréalaise auprès de locuteurs anglophones, francophones et immigrants en voie d'apprendre l'anglais ou le français. 1. BILINGUISME ET DIGLOSSIE Le bilinguisme individuel se définit à partir de la compétence des locuteurs, par des critères linguistiques et psychologiques. Dans sa définition du bilinguisme, Weinreich insiste davantage sur la production verbale du locuteur dans une deuxième langue, c'est-à-dire "le f a i t (practice) d ' u t i l i s e r alternativement deux langues", alors 2 . „ ^ que Haugen i n s i s t e sur la comprehension ou l'interprétation dans une deuxième langue : "Quiconque a appris à comprendre une seconde langue est bilingue." Par contre, s i l'on se réfère à des critères d'acqui- sition (psychologiques) on a affaire à un bilingue coordonné ou indé- pendant (coordinate) quand celui qui dans son enfance a appris deux langues dans des contextes différents, lui permettant d'avoir une performance égale à un unilingue dans chacune des deux langues ; sinon 1. Weinreich (1953), p. 1. 2. Haugen (1951O, p. 380. bilinguisme et diglossie l8l i l s'agit d'un bilinguisme fusionné ou dépendant (compound ou fused ). Lorsque la majorité des membres d'une collectivité parle deux langues, i l s'agit de bilinguisme collectif ou national comme c'est le cas au Paraguay avec le guarani et l'espagnol. Il est nécessaire cependant de distinguer le bilinguisme institutionnel des notions exposées ci- dessus. Le bilinguisme institutionnel n'implique pas le bilinguisme individuel, car i l fait référence à la reconnaissance de deux langues comme langues officielles d'un État. Ce bilinguisme est le fait des institutions gouvernementales et de l'administration publique, ce qui veut dire que les individus peuvent avoir des échanges dans l'une des deux langues officielles là où s'applique le pouvoir de l'autorité publique. Contrairement à la notion de bilinguisme qui se fonde sur la coexistence de deux langues chez le locuteur, la diglossie se situe au niveau de l'utilisation ou des domaines d'utilisation de deux va- riétés linguistiques dans une communauté. I l y a diglossie, si l'en- semble des membres de cette communauté attribuent aux deux langues en présence des fonctions et des rôles tels que la variété linguistique A apparaît comme plus avantageuse socialement ou plus prestigieuse que la variété B. C'est en observant l'utilisation qui est faite de cha- cune des variétés linguistiques et des jugements de valeur qui leur sont sous-jacents qu'il est possible d'établir quels sont les domaines réservés à l'une et l'autre variété. Le concept de diglossie est pris au sens de Fishman (1967) et de Gumperz (1962, 196U, 1967). I l ne diffère pas du concept présenté par Ferguson (1959) dans sa partie essentielle, c'est-à-dire celle 3. J.A. Fishman, "Language Maintenance and Language Shift as a Field of Inquiry", Linguistics , vol. 9, novembre 197^» p. ^l• U. L'expression variété linguistique nous semble plutôt neutre et englobe les termes comme : langue, dialecte, code linguistique, idiome, etc. 182 la soaiolinguistique au Québec qui traite des fonctions de variétés linguistiques dans le réseau de communication d'une société. Ferguson limite la diglossie aux situa- tions où les deux variétés linguistiques en présence sont des dialectes d'une même langue. La variété A représentant le dialecte standard et B, le non-standard . Fishraan et Gumperz étendent ce "rapport dialectal" à toutes les variétés linguistiques étiquetées supérieur et inférieur à cause de leurs fonctions dans la communauté. Nous estimons avoir démontré pourquoi il faut associer bilin- guisme et diglossie. La diglossie pouvant être ou non accompagnée de bilinguisme . 2. DIGLOSSIE ET ' 1BI LI N GUI S ATI ON" X MONTRÉAL Au Canada, il y a plusieurs communautés linguistiques dont deux principales, unies politiquement et économiquement mais séparées par des barrières sociales et culturelles. Les rapports de deux impor- 7 v tantes commissions d'enquête publiés récemment illustrent très bien la place accordée aux langues française et anglaise au Québec. Les unilingues anglophones occupent le haut de l'échelle sociale alors que les francophones sont à l'autre extrémité. Une explication de cette situation nous est fournie par l'histoire de l'industrialisation et par la situation de domination politique et surtout économique du groupe francophone par le groupe anglophone. 5. Il y aurait à ce compte-là de la diglossie dans presque toutes les communautés francophones du monde, à coup sûr dans les ré- gions rurales et dans les couches du prolétariat urbain de France, des Antilles françaises, du Québec, etc. 6. Voir la typologie des communautés linguistiques faite par Fishman (1971), p. 75. 7. Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le bicultura- lisme, 1967 ; et Commission d'enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques au Québec, 1972. bilinguisme et diglossie 183 Q Les études de Lambert (1967) ont montré que les valeurs a t t r i - buées aux membres du groupe dominant sont aussi attribuées à leur lan- gue tant par les francophones que par les anglophones. Les deux grou- pes de juges soumis à la même épreuve, ont jugé la même personne plus intelligente, plus aimable, plus fiable, plus belle et possédant une personnalité plus forte lorsqu'elle parlait anglais que lorsqu'elle parlait français. Cette évaluation négative du franco-canadien est le reflet d'une attitude qui se retrouve dans l'ensemble de la société canadienne. 9 Nous allons présenter les résultats de notre enquête qui nous semble les plus pertinents pour confirmer cet état diglossique perçu dans la "configuration de dominance " présentée dans les différents documents dont i l est fait mention plus haut. 2.1 Présentation de l'enquête C'est en nous adressant à des groupes d'individus en voie de devenir bilingues que nous avons voulu prendre le pouls de la diglossie au Québec. Nous avons choisi la région montréalaise, d'une part, parce qu'elle contient la moitié de la population du Québec, et plus de 85 % des immigrants s'y installent. Notre hypothèse de départ consistait à opposer les fonctions de l'anglais et du français en les liant respectivement aux uploads/Politique/ bilinguisme-et-diglossie 1 .pdf
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- Publié le Mai 18, 2021
- Catégorie Politics / Politiq...
- Langue French
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