LA FRANCOPHONIE : essence culturelle, nécessité politique Session octobre 2016
LA FRANCOPHONIE : essence culturelle, nécessité politique Session octobre 2016 - 1 - SEANCE 3 : HISTOIRE DE LA FRANCOPHONIE B. La francophonie associative – creuset du mouvement francophone international (1950-1970) Dans cette séquence, nous vous présentons la francophonie qui prenait forme plutôt à travers un réseau d’associations internationales, au milieu du 20e siècle. Petite mise en contexte : après la Seconde Guerre mondiale, on commence à s’inquiéter de la montée en puissance de l’anglais sur tous les continents et dans les réunions internationales. Puis, avec les décolonisations, les citoyens des nouveaux États indépendants francophones, surtout en Afrique, comprennent qu’ils doivent unir leurs forces pour préserver leurs identités propres. Avant d’être institutionnalisée à partir des années 1980, la francophonie se constituait sous une forme associative. Le projet initial n’est donc pas élaboré par les États. Il tire au contraire sa puissance d’attraction des discussions tenues entre les militants de nombreuses ONG et d’associations francophones très diverses, regroupant ainsi des médecins, des linguistes, des universitaires, des parlementaires, des enseignants, des journalistes, des écrivains, des artistes, des chercheurs, etc. En dépit de toutes ces énergies mobilisées, toutefois, l’institutionnalisation de la Francophonie n’aurait pas été possible, en seconde étape, sans l’engagement visionnaire de Léopold Sédar Senghor. Même si ce poète et président ne néglige pas l’économie, pour lui, la culture forme le facteur le plus efficace du développement des États. Tel qu’on l’a vu lors de la séance 0, en 1962, alors que toute l’Afrique française devient indépendante, le tout nouveau président du Sénégal ressuscite le mot « francophonie » dans la revue Esprit : « Il est, d’un mot, question de nous servir de ce merveilleux outil trouvé dans les décombres du régime colonial. De cet outil qu’est la langue française. » Léopold Sédar Senghor LA FRANCOPHONIE : essence culturelle, nécessité politique Session octobre 2016 - 2 - Toujours, en 1962, Senghor prononce un discours au Sommet de la Conférence de l’Union africaine et malgache, dans lequel il propose de prolonger les accords bilatéraux entre la France et les États africains francophones, par des accords multilatéraux, cette fois. Il évoque une sorte de « Commonwealth à la française », qui regrouperait les nations employant le français comme langue nationale, officielle ou de culture : Néanmoins, il faut laisser le temps au temps. Quatre ans plus tard, en 1966, la Conférence des chefs d’État de l’Organisation commune africaine et malgache confie le mandat à Senghor et au président nigérien Hamani Diori – un autre père fondateur – de construire des projets de coopération culturelle et technique entre les pays d’Afrique francophones. Diori prend son bâton de pèlerin et présente le projet francophone au Général de Gaulle, assez sceptique, puis se rend en Tunisie, au Maroc et même au Canada – qui est sceptique aussi, mais pour d’autres raisons… C’est un fait, le projet affronte en réalité des obstacles majeurs. L’un d’eux fut la réticence de la France à adhérer à un processus d’institutionnalisation de la francophonie. Le Général De Gaulle est en effet échaudé par l’échec rapide de la Communauté française, organisation multilatérale inscrite dans la constitution de la Ve République, qui aurait dû encadrer les relations franco-africaines. De façon plus générale, le président français méprise les forums multilatéraux, l’ONU en tête de liste ! Il y voit une perte de temps et d’énergie et – pour la France – une dilution de sa souveraineté. Enfin, il redoute qu’un Commonwealth à la française ne mette systématiquement la France à contribution financière. Pour cette raison, avec son conseiller aux affaires africaines et malgache, Jacques Foccart, le général de Gaulle soigne les relations strictement bilatérales entre lui et les chefs d’État africains, au lieu d’entretenir un « machin » francophone – pour paraphraser son propos contre l’ONU. « De même que nous organisons ensemble nos rapports avec les autres Africains, il nous faut organiser ensemble nos rapports avec la France. Les États anglophones au sud du Sahara tirent une partie de leur force de leur appartenance au Commonwealth. Avec la France, nous pourrions édifier une organisation verticale aussi bonne, peut être meilleure. […] Il est question de proposer au général de Gaulle une conférence des chefs d’État, où nous harmoniserions les relations qui lient chacun de nos États à la France. » Léopold Sédar Senghor LA FRANCOPHONIE : essence culturelle, nécessité politique Session octobre 2016 - 3 - Un autre point sur lequel s’est heurtée la Francophonie à ses débuts fut le blocage canado-québécois. Par exemple, en 1968, pour une conférence des ministres de l’éducation nationale (CONFEMEN), à Libreville, le Gabon envoie une double invitation au Canada et au Québec. Juridiquement, la province canadienne dispose en effet de compétences exclusives en matière d’éducation. De son côté, un an après le « Vive le Québec libre ! » de De Gaulle, en 1967, le gouvernement fédéral canadien s’oppose à toute participation du Québec. Il part du principe que la politique étrangère relève du niveau strictement fédéral. Cet épisode fait en sorte que le Canada rompe ses relations diplomatiques avec le Gabon pendant cette période de conflit diplomatique. Malgré tout, le projet de Senghor et Diori finit par déboucher à Niamey sur une première Conférence des États francophones, en 1969. Elle réunit alors les représentants diplomatiques d’environ 25 pays et d’une dizaine d’organisations internationales non gouvernementales. Cette expérience concluante est répétée l’année suivante, toujours à Niamey. Cette fois, la Conférence donnera lieu à un traité signé par 21 pays pour créer l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT). Il s’agit de l’embryon d’une Francophonie organisée, le 20 mars 1970. Du reste, l’institutionnalisation de la Francophonie de solidarité se heurtera encore longtemps à la question québécoise, sur fond de loi 101 et de référendums pour l’indépendance. La France de son côté affiche une position claire : il n’y aura pas de sommet francophone des chefs d’exécutifs sans participation appropriée et distincte du Québec. Il faudra donc attendre le sommet de Versailles, en 1986 pour dégager un compromis : la province de Québec adhère sous l’appellation « Canada- Québec », en tant que « gouvernement membre », à la différence du Canada qui, lui, siège comme « État membre ». Signature de l’Accord de siège de l’Agence de Coopération culturelle et technique (ACCT). Source : http://mediatheque.francophonie.org/Signature-de-l- Accord-de-siege- de.html?pagePhotoNb=1&ordre=total_points&indice=3 1ère Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement ayant en commun l’usage du français, Versailles (France), 17-19 février 1986. Source : http://mediatheque.francophonie.org/1ere- Conference-des-Chefs-d- Etat.html?pagePhotoNb=1&ordre=total_points&indice=0 Statut de De gaulle « Québec libre ». Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ch arles_de_Gaulle,_Quebec_01.jpg LA FRANCOPHONIE : essence culturelle, nécessité politique Session octobre 2016 - 4 - Ce compromis crucial permet enfin la naissance d’une Francophonie politique : la Francophonie des sommets… uploads/Politique/ seance-3-b-la-francophonie-associative-creuset-du-mouvement-francophone-pdf.pdf
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- Publié le Dec 20, 2021
- Catégorie Politics / Politiq...
- Langue French
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