Précis d'Histoire des Doctrines Economiques Louis BAUDIN Professeur li la Facul
Précis d'Histoire des Doctrines Economiques Louis BAUDIN Professeur li la Faculté de Droit de Paris Précis d'Histoire DES Doctrines Eco·nomiques conforme au programme de la partie générale du Diplôme d'Etudes Supérieures d'Economie politique de la Faculté de Droit de Paris 2" EDITION PARIS LES EDITIONS DOMAT-MONTCHRESTIEN J. LOVITON ET Cie 158-160~ rue Saint-Jacques 1942 DU ],fID}iE AUTEUR li'EMPIRE . SOCIALISTl!] DES INKA. - Institut d'Ethnologie, Paris, 1928. LA VIE DE -FRANÇOIS PIZARRE. - N. R. F. Gallimard, Paris, 1930. LE CRÉDIT. - Editions Montaigne, Paris, 1934. LA~MONNAIE ET LA FORMATION DES PRIX. - Librairie du Rccueil Sirey, Paris, 1936 (ouvrage couronné par l'Institut). Epuisé. LEs ILLUSIONS DU CRÉDIT. - Editions Lévesque, Montréal, 1936. L'UTOPIE SOVIÉTIQUE. - Librairie du Recueil Sirey, Paris, 1937. LA MONNAIE, CE QUE TOUT LE MONDE DEVRAIT EN SAVOIR. - Librairie de Médicis, Paris, 1938 (traduction espagnole, Li- breria Hachette, Buenos-Aires, 1939; traduction pOI·tugaise, Libraria Martins, Sao-Paulo, 1940). - Nouvelle édition revue et augmentée, Paris, 1940. LA ltÉFORME DU CRÉDIT. - Librairie générale de Droit et de ;Jurisprudence, Paris, 1938. LE·SYSTÈME NON RÉGLEMEN1'É DES RELATIONS ÉCONOMIQUES IN- TERNATIONALES, SOURCE DE PAIX OU DE GUERRE' - Institut intel'llational de Coopération intellectuelle, Paris, 1939 (tra- dlwtion anglaise sous le titre « FREE TRADE AND PEACl!] »). LE MÉCANISME DES PRIX. - Librairie générale de Droit et de Jurisprudence, Paris, 1940. Ll:-CORPORATISM~}. - Librairie générale de Droit et de Juris- prudence, Paris, 1941. - Nouvelle édition revue et augmen- tée, Paris, 1942. L'ÉCON01HE DIRIGÉE A LA LUMIÈRE DE L'EXPÉRIENCE AMÉRICAINE. - Librairie générale de Droit et de Jurisprudence, Paris, 1941. ESSAIS SUR LE SOCIALISME: LES INCAS DU PÉROU. - Librairie de Médicis, Paris. 1942. INTRODUCTION Les candidats au diplôme d'études supérieures d'écono- mie politique de la Faculté de Droit de Paris ont à subir une interrogation sur l' « histoire des doctrines et des faits économiques ». Cette interrogation porte sur le cours spé- cial professé à la Faculté et sur une partie dite générale, qui comprend un certain nom br.:: de doctrines. Les études qui suivent (simple mise au point de fascicule~ polycopiés publiés depuis plusieurs années), se réfèrent exclusivement à ces doctrines; elles sont destinées à permettre au candi- dat une révision rapide des matières qu'il a dû approfondir en lisant avec soin une histoire des doctrines économiques, notamment l'excellent ouvrage de M. R. Gonnard qui vient d'être remis à jour par l'auteur. Pour ces motifs, le lecteur trouvera ici peu de détails et peu de références. Si quelque doctrine jugée par lui spé- cialement intéressante ne figure pas dans ce volume, qu'il . veuille bien rendre le programme de la partie générale res- ponsable de cette lacune. Au cours de ces exposés, aussi brefs que possible, nous avons mentionné les faits économiques essentiels comme le titre précité nous invitait à le faire. Rien de plus légitime d'ailleurs : faits et doctrines sont interdépendants. Les pre- mîers inspirent les secondes qui réagissent sur eux. L'ac- tion est évidente : les idées ne surgissent pas toutes cons- truites dans le cerveau des penseurs, elles leur sont dictées par les événements. La place même occupée par le cher- cheur dans la société explique ses préoccupations : parce qu'il était docteur, Quesnay découvrait la circulation des richesses; parce qu'il était chef d'entreprise, J.-B. Say iso- lait le profit. La réaction est généralement moins apparente; les économistes ont parfois entraîné l'opinion, tel Bastiat INTROcDUCTtON mettant· en déroute le protectionnisme, mais le plus SOll\l'ent leurs idées sont lancées com.me semences au vent et lèvent un jour quelque part sans que l'observateur ait pu suivre le lent travail de leur germination. Que l'étudiant, en ouvrant ce livre, ne s'imagine pas qu'il est en présence de thèses mortes. Les doctrines sont matières vivantes, elles naissent, se développent, s'étiolent, meurent et ressuscitent. Qu'elles soient fondées sur des rai- sonnements vrais ou faux, sur des observations correctes ou sur des hypothèses a priori, il importe peu, on les voit· reparaître dès que les circonstances leur sont favorables et telle théorie que l'on croyait avoir détruite ressurgit dans tout son éclat. Parfois elle garde son nom ancien pour bien prouver sa filiation et se borne à se parer du qualifica- tif « nouveau» : néo-mercantilisme, néo-saint-sin10nisme, néo-marxisme, néo-libéralisme. Parfois, au contraire. elle renie ses ancêtres et s'affuble d'un n0111 imprévu : ainsi a fait le personnalisme, désireux de briser les liens qui l'at- tachent à l'individualisme. Les doctrines, quelles qu'elles soient, ne meurent jamais complètement, et aucun économiste ne peut se vanter d'avoir anéanti l'une d'elles. C'est pourquoi il n'existe pas de limites entre l'économie politique et l'histoire des doctri- nes économiques. La première nous fournit un aperçu des doctrines à l'époque actuelle, à la manière d'une coupe effec- tuée dans le temps, mais elle n'a rien de définitif, elle est sujette à précision et révision. L'histoire découvre à nos yeux cet incessant travail de mise au point. Elle est l'éco- nomie politique d'hier, comme l'économie politique d'au- jourd'hui sera l'histoire de demain. Les étudiants ne l'igno- rent pas, car ils ont remarqué la place qu'occupe l'histoire dans les traités d'économie politique : ils ont appris par exemple en quoi consistent la valeur-travail et le fonds des salaires avant de savoir ce qu'est la théorie de la producti- yité du travail, et pourtant les deux premières thèses ap- II partimnent exclusivement à l'histoire. Grâce à cette conti- nuité de la pensée économique, nous sentons sourdre la vie à travers les pages des manuels, nous savons que nous sommes en présence 11011 pas de vérités révélées, mais de doctrines qui ont un passé et sans nul doute un avenir. Que ces études soient enfin pour nous une leçon de mo- destie. L'histoire des doctrines économiques est surtout celle des erreurs. Le chercheur procède par tâtonnements. La science avance en trébuchant sans cesse. Etant jeune encore, l'économique demande aide et soutien à ses voisins plus âgés : jadis la théologie, puis la biologie, l'histoire, la phychologie, la mathématique. Et sa marche, ainsi chance- lante, se poursuit par de perpétuelles oppositions : les libé- raux réagissent contre les mercantilistes, les socialistes con- tre les libéraux, les hédonistes contre les socialistes ... Chaque doctrine repousse la précédente après lui avoir emprunté une large part de sa vitalité. Mais au total, la science pro- gresse et l'édifice déjà imposant de notre économique ac- tuelle se construit peu à peu. CHAPITRE PREMIER LE MERCANTILISME (XV' au XVIII" siècle) L'ECONOMIE DE PUISSANCE Cette première doctrine économique que nous nous pro- posons d'étudier ne mérite ni le nom de doctrine ni l'épi- thète économique. Son profil est incertain, car les auteurs divergent sur bien des points; elle correspond plutôt à une attitude. En outre, l'économie est mise au service de la politique, elle prend souventl'aspect d'un recueil de recettes pratiques à l'usage de l'Etat (sciences dites camérales). Ap- précier le mercantilisme en tant que théorie pure et unique- ment sous l'angle de l'économie est une double erreur. Cet ensemble d'idées n'est pas orienté vers le but qui est devenu ensuite celui de l'économie : le bien-être de l'homme. Sa fin est tout autre, elle consiste à assurer le pouvoir de l'Etat. Nous sommes mieux à même de la comprendre au- jourd'hui puisque, tout récemment, nous avons vu se cons- tituer des doctrines, elles aussi plus pratiques que théoriques, elles aussi assez floues et changeantes dans leurs applica- tions, qui se désintéressent de l'individu, ne cherchent pas à obtenir le bien-être et qui peuvent être exactement nom- mées : économies de puissance. Le mercantilisme mérite donc un examen attentif, non seulement parce qu'il a régné pendant une très longue et très importante période de notre histoire, pendant plus de trois siècles qui comptent parmi les plus brillants, mais encore parce qu'il a repris vie de nos jours. LE···MERCANTILrSME § 1. -1,.e8 origilies. a) L'ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE LE MONDE EN EXPANSION Coupée de l'Orient par les Arabes, pressée-de toutes parts par les invasions des barbares, l'Europe occidentale s'était repliée sur eile-même au IXe siècle et fractionnée en une poussière de petites économies fermées qui cherchaient à se suffire en formant centres de résistance. La villa caro- lingienne et le manoir anglais étaient des organismes poli- tiques et militaires autant qu'économiques. Les hommes restaient sur la défensive, ils se groupaient autour du chef, seigneur ou abbé, capable de leur fournir le premier des biens : la sécurité. Les échanges locaux et en nature pré- dominaient. L'Eglise détournait les pensées des hommes vers les buts spirituels, elle leur enseignait la modération et la résignation. L'économie restait à l'arrière-plan. Pen à peu cependant, la situation se modifie. Les com- munications deviennent meilleures et plus sûres. Les noyaux de résistance se transforment en centres d'expansion. Dès le xe siècle, les Scandinaves, les Flamands, les V éni!iens s'adonnent aux échanges avec les Byzantins. Au XIe siècle, le commerce européen s'organise dans les foires de Cham- pagne. L'Europe, au delà du riche seuil des Flandres, regarde vers la Mer elu N orel dont les bords sont peuplés d'hommes entreprenants. Les Croisades achèvent de rompre l'isolement uploads/Religion/ precis-d-x27-histoire-des-doctrines-economie-s.pdf
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- Publié le Mar 06, 2021
- Catégorie Religion
- Langue French
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