Approches du soufisme Eric Geoffroy PID_00159337 © FUOC • PID_00159337 Approche
Approches du soufisme Eric Geoffroy PID_00159337 © FUOC • PID_00159337 Approches du soufisme Aucune partie de cette publication - design général et couverture compris - ne peut être copiée, reproduite, stockée ou transmise par quelque procédé que ce soit, aussi bien électrique que chimique, mécanique, optique, de gravure, de photocopie ou par d'autres moyens, sans l'autorisation écrite des titulaires du copyright. © FUOC • PID_00159337 Approches du soufisme Sommaire 1. Définitions........................................................................................... 5 1.1. Le soufi ........................................................................................ 6 1.2. Une réalité sans nom .................................................................. 7 1.3. La science des états spirituels ..................................................... 8 1.4. La Voie initiatique ...................................................................... 9 2. Des objectifs à portée variable....................................................... 13 Résumé.......................................................................................................... 17 © FUOC • PID_00159337 5 Approches du soufisme 1. Définitions Il existe, dit-on, mille définitions du soufisme. Tentons une première ap- proche. En islam, la tension entre les polarités exotérique et ésotérique est très accentuée. Dans le Coran (LVII, 3), Dieu Se présente à la fois comme l'Ex- térieur (al-zâhir) et l'Intérieur (al-bâtin), sous des Noms en apparence opposés que le soufi devra unifier au cours de sa quête spirituelle. Pour les soufis, l'ex- térieur procède de l'intérieur, comme l'écorce d'un fruit enveloppe le noyau. En ce sens, le soufisme représente le cœur vivant de l'islam, la dimensionin- térieuredelaRévélationmuhammadienne et non une forme quelconque d'occultisme. Le soufisme peut encore être défini comme un aspect de la Sagesse éternelle. En plusieurs occurrences, le Coran évoque la « Religion immuable » (al-dîn al-qayyim), cette religion primordiale, sans nom, dont toutes les religions his- toriques sont issues. L'islam, dernier message révélé, est venu rappeler l'Unici- té divine dont Adam fut le premier héraut. L'Esprit l'a investi comme il a in- vesti d'autres formes religieuses auparavant. Pour désigner les spiritualités du christianisme et du judaïsme, certains musulmans parlent ainsi de « soufisme chrétien » ou de « soufisme juif ». Le soufisme authentique se joue dans cette harmonie que l'initié doit sans cesse restaurer, entre le corps et l'esprit, entre la religion établie sur terre et sa réalité intérieure. Le soufisme est communément présenté comme la « mystiquemusulmane ». Cette expression a une certaine pertinence si on la comprend comme la connaissance des « mystères », comme une communion avec le divin par le biais de l'intuition et de la contemplation. Le Coran, qui distingue le « monde du Témoignage » ('âlam al-shahâda), c'est-à-dire le monde sensible, du « monde du Mystère » ('âlam al-ghayb), demande aux fidèles de croire en ce Mystère, le ghayb, littéralement « ce qui est absent de la vue ». L'un des buts du soufisme est précisément de percer l'opacité de ce monde, afin de contempler les réalités spirituelles dans un au-delà de la simple foi. En terre chrétienne, le terme « mystique » a été étendu à des manifestations empreintes de subjectivité individuelle. Pour René Guénon, le mystique est passif, alors que le soufi prend l'initiative de se plier à un « travail », pour se réaliser spirituellement. Le soufisme est donc, par essence, une voieinitia- tique, dans laquelle la relation de maître à disciple permet la transmission régulière de l'influxspirituel (baraka). Muni de cette protection, l'aspirant peut cheminer sur la voie afin de dépasser les limites de l'individualité, vir- tuellement ou effectivement, et d'atteindre la délivrance. © FUOC • PID_00159337 6 Approches du soufisme Le soufinecherchepasàseretirerdumonde. Son destin est de se réali- ser ici et maintenant, si possible même « au milieu de la foule ». « Fils de l'instant », il doit développer ses qualités spirituelles dans les circonstances où Dieu l'a placé. Cependant, l'expérience soufie présente des traits proprement « mystiques ». Tout d'abord, les soufis considèrent que c'est Dieu qui prend l'initiative de les faire cheminer vers Lui et que leur progrès repose sur Sa grâce. L'aspirant (murîd, celui qui veut Dieu) ne se meut que parce que Dieu l'a préa- lablement « désiré » (murâd). C'est l'idée qu'exprime ce hadîth qudsî1 : « S'il [l'homme] se rapproche de Moi d'un empan, Je Me rapproche de lui d'une cou- dée. S'il se rapproche de Moi d'une coudée, Je Me rapproche de lui d'une brasse et s'il vient à Moi en marchant, Je vais à lui en M'empressant » (Ibn 'Arabî2). Le soufisme repose sur une subtile dialectique entre activité et passivité, dans la mesure où il distingue les « états » spirituels, octroyés par Dieu, et les « stations » initiatiques. Les premiers revêtent clairement un caractère passif, comme le « ravissement » (jadhb), par lequel Dieu « arrache » le soufi à ce monde en lui retirant ses facultés mentales. 1.1. Le soufi Apparu au XIXe siècle, le terme « soufisme » traduit le motarabetasawwuf, lequel désigne le fait d'être soufi ou plutôt d'y tendre. Selon la plupart des au- teurs spirituels, le terme sûfi est d'essence trop subtile pour avoir une étymo- logie établie et univoque. Parmi les significations qu'ils proposent, deux sont plausibles sur le plan linguistique. Elles sont d'ailleurs complémentaires. (1)Parole divine rapportée par le Prophète, dans laquelle Dieu parle à la première personne. (2)Ibn 'Arabî (1983). La Niche des Lumières, trad. de M. Vâlsan. Paris : Les Editions de l'œuvre (p. 56). 1) La première, immatérielle et la plus prisée, fait dériver le terme du verbe arabe sûfiya,« ilaétépurifié ». « Celui que l'amour a purifié est simplement « pur » (sâfî), mais celui que le Bien-Aimé a purifié est soufî. » (Hujwirî3). Qu- shayrî, l'un des grands auteurs du soufisme, donne à cette quête de la pureté (safâ') un fondement scripturaire : « Il n'y a plus de pureté en ce monde, dit le Prophète ; il n'en reste que la souillure. La mort est désormais devenue un cadeau pour le musulman ». Lebutmajeurdusoufisme est de reconduire l'homme vers la puretéoriginelle, dans cet état où il n'était pas encore diffé- rencié du monde spirituel. (3)Hujwirî (1980). Kashf al-mahjûb. Beyrouth : Dar al-nahda al-ara- biyya (p. 230). Référence bibliographique Al-Qushayrî(1986). Risâ- la. Damas : Dar al-Khayr (p. 279). Le soufi est donc l'initié parfait, le yogî de la tradition hindoue, l'être qui a réussi à remonter l'arc de la manifestation divine et est « parvenu à Dieu » (wâ- sil). Selon une image de Rûmî, il a transformé le cuivre, dont est fait l'homme, en or. Il fait figure de « héros spirituel » (fatâ), car peu de personnes affiliées au soufisme atteignent cet état supra-individuel. On distingue ainsi le soufi, l'homme « réalisé », du mutasawwif, l'aspirant qui traverse encore les tribula- tions de la Voie et s'efforce, par la discipline spirituelle, de parvenir à l'état de soufi. Au cours des premiers siècles de l'islam, les cheikhs se qualifiaient eux-mêmes rarement de soufi, tant ce mot supposait de qualités. Le maître iranien Kharaqânî (m. 1033) se trouvait un jour dans l'hospice avec quarante Référence bibliographique Kharaqânî (1998). Paroles d'un soufi, présenté et traduit du persan par C. Tortel. Pa- ris : Seuil (p. 91). © FUOC • PID_00159337 7 Approches du soufisme derviches. Ils n'avaient plus rien à manger depuis une semaine. Un inconnu frappa à la porte. Il apportait un sac de farine et un mouton. « J'ai apporté ça pour les soufis ! », cria l'homme. Ayant entendu la nouvelle, le cheikh déclara : « Que celui qui se prétend soufi accepte ! Quant à moi je n'ai pas l'audace de me moquer du soufisme ». Les bouches restèrent closes et l'homme repartit avec sa farine et son mouton. 2) Selon la seconde étymologie, le mot sûfi dérive du mot sûf,lalaine. Le Pro- phète aurait recommandé à ses disciples de porter une bure de laine rapiécée, en signe de pauvreté spirituelle (faqr). « Revêtez la laine, lui prête-t-on. Vous ressentirez dans votre cœur la douceur de la foi » (Hâkim). Cette vertu du faqr s'appuie sur un verset coranique : « Ô vous les hommes, vous êtes les indigents à l'égard de Dieu, alors qu'Il Se suffit, Lui, le Louangé » (Coran, XXXV, 15) ; elle consiste à « se dispenser de tout sauf de Dieu » (Shiblî4). Jusqu'à nos jours, les adeptes d'une voie initiatique sont souvent appelés fuqarâ', les « pauvres en Dieu ». À l'instar des prophètes qui l'ont précédé, Muhammad portait des vê- tements de laine − d'après son serviteur Anas Ibn Mâlik − et ses Compagnons l'auraient imité dans un même souci d'humilité. Les premiers ascètes de l'Irak portaient également des vêtements de laine, ce qu'on leur reprocha, en même temps que leur penchant à la mortification, sous prétexte que c'était là la cou- tume des moines chrétiens. Selon Sarrâj, il est possible que le terme sûfi ait été utilisé en Arabie avant même l'avènement de l'islam. Il est en tout cas attesté à l'époque de Hasan Basrî (m. 728). Il est certain que dès les origines de l'islam, lalainesymboliselapureté : Mâlik Ibn Dînâr (m. 744), disciple de Basrî, af- firme qu'il n'est pas digne de porter un vêtement de laine, car il n'a pas encore atteint l'état de pureté intérieure. De Kûfa et de Basra (Bassora) où vécurent les premiers soufis irakiens, le uploads/Religion/ soufisme-approches-du-o.pdf
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Licence et utilisation
Gratuit pour un usage personnel Attribution requise- Détails
- Publié le Sep 15, 2022
- Catégorie Religion
- Langue French
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