Vie de Sainte Rita de Cascia La sainte des cas impossibles et désespérés Par Mg
Vie de Sainte Rita de Cascia La sainte des cas impossibles et désespérés Par Mgr Louis DE MARCHI Traduit de l'italien par Mme Mathilde ROSSI Officier de l'Instruction Publique ÉDITIONS PUBLIROC — MARSEILLE CHAPITRE PREMIER CASCIA. CARACTERES DU SIECLE DE SAINTE RITA Cascia est aujourd'hui une commune d'environ cinq mille habitants répartis en trente-six bourgades et fait partie de la province de Pérouse. Elle appartint pendant quelque temps au diocèse voisin de Spoleto, et elle dépend actuellement du diocèse de Norcia, la terre natale de saint Benoît, le fondateur du monachisme d'Occident. Comme presque toutes les villes et les bourgs de l'Ombrie, Cascia apparaît comme perchée sur la cime et la déclivité d'une colline, situation agréable, loin du fracas des grandes villes, laissant ainsi le repos à ses habitants et facilitant le recueillement aux âmes assoiffées de Dieu. A peu de distance se trouve Assise, la ville du Poverello, qui laissa à l'Ombrie, à l'Italie et au monde entier tant et de si beaux exemples de son incommensurable charité et de son amour de la pauvreté et de la paix. Cascia eut, pendant de longues années, à lutter contre les hommes et contre les éléments. Passée de seigneurie à seigneurie, souvent impatiente du joug, révoltée, en armes, finalement domptée, parfois dévastée par les tremblements de terre, elle ressuscitait de ses ruines. Mais le séisme du 14 janvier 1708 causa de telles dévastations qu'elle ne put être reconstruite entièrement. Une des bourgades appartenant à la commune de Cascia s'appelle Rocca-Porena et est située à plus de 700 mètres au-dessus du niveau de la mer; c'est un petit groupe de maisons comportant une centaine d'habitants : c'est là que naquit, sainte Rita. Le schisme d'Occident Sainte Rita vécut dans la seconde moitié du XIVe siècle et dans la première moitié du XVe, époque pendant laquelle la barque de Pierre était agitée par des tempêtes qui l'auraient submergée si elle n'avait été d'essence divine. Le 5 juin 1305 monta sur le trône de Pierre l'archevêque de Bordeaux, qui prit le nom de Clément V, et, soit pour avoir une plus grande tranquillité, soit par amour pour sa patrie, le nouveau pape ne voulut plus résider à Rome et fixa le siège de la papauté en Avignon. Les papes qui lui succédèrent, jusqu'à Grégoire XI, c'est-à- dire pendant soixante-treize ans, abandonnèrent le siège romain jusqu'à ce dernier pontife qui, sur les exhortations répétées de sainte Brigitte de Suède et de sainte Catherine de Sienne, se décida à laisser sa demeure bien-aimée d'Avignon. Il fit son entrée à Rome le 17 janvier 1377, et il trouva la ville dans la plus grande désolation. Le séjour des papes en Avignon fut comparé à la captivité de Babylone et porta un grand préjudice à l'Église. La venue du pape à Rome fit renaître la confiance dans les coeurs si longtemps affligés. Mais un nouveau et plus grand désastre ne tarda pas à s'abattre sur la chrétienté. A la mort de Grégoire XI, le 27 mars 1378, on élut comme pape Bartholomé Prignano, archevêque de Bari, qui prit le nom de Urbain VI. Homme de moeurs intègres et de grande vertu, il se montra assez sévère envers les cardinaux, en majeure partie français, lesquels, impatients du joug, firent valoir que Urbain n'avait pas été élu canoniquement et proclamèrent pape Robert de Ginevra, qui prit le nom de Clément VII. On ne peut imaginer le mal que ce malheureux schisme fit à l'Église. Eclaté en 1378, il ne prit fin qu'en 1417 avec l'élection de Martin V, faite par le Concile de Costanza. Après plus de soixante-dix ans de captivité babylonienne, et presque quarante ans de schisme, les choses furent portées à une telle confusion que l'on ne savait plus quel était le vrai vicaire de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ. La discipline fut moindre dans le clergé, et le peuple devint toujours plus débauché. Les flagellants Les âmes pieuses gémissaient de cet état de choses et priaient Dieu de délivrer son Église d'un tel fléau. On vit alors un fait qui aurait été une source féconde de bien s'il avait été bien discipliné et dirigé. Tout le monde sentait la nécessité de la prière et de la pénitence pour obtenir de Dieu la paix et la tranquillité de l'Église et des nations, et il ne manquait que la première étincelle pour faire jaillir un grand incendie. Déjà, en 1260, à Pérouse, il s'était produit un mouvement de dévotion tel qu'on n'en avait jamais vu d'égal. Nobles et gens du peuple, jeunes et vieux, femmes de toutes conditions, allaient processionnellement dans la ville, tenant tous à la main un fouet avec lequel ils se flagellaient à sang, implorant la miséricorde de Dieu et l'aide de la Sainte Vierge. Ils confessaient à haute voix leurs péchés, se pardonnant l'un l'autre les offenses et excitant ainsi à la pénitence les coeurs les plus endurcis. Leur exemple fut imité en Allemagne, en Pologne et ailleurs. Mais une exaltation ainsi déréglée et impétueuse, venue de gens pleins de foi, mais profondément ignorants, ne tarda pas à déchoir; les exaltés tombèrent dans de graves erreurs, si bien que l'autorité ecclésiastique, devant leur obstination, dut les condamner. Le même fait se renouvelle environ un siècle plus lard, lorsque éclata la peste en 1346. On songea encore, à ce moment-là, à l'autoflagellation, mais il se produisit des excès parce que la mortification de la chair n'était pas accompagnée de l'humilité de l'esprit. Les faits ci-dessus nous montrent l'état d'âme des gens en ces temps-là. Au cours de notre histoire, nous aurons l'occasion de connaître des âmes vraiment grandes, âmes qui comprirent dans leur juste sens la nécessité de l'expiation, d'unir, en somme, nos douleurs à celles de Nôtre-Seigneur, non seulement pour notre salut personnel, mais pour le salut de toute l'humanité, et de joindre la mortification de l'esprit à celle des sens. Le péril musulman Il était grand besoin d'expiation. Pendant que l'Église était troublée par les faits ci-dessus, un nouveau péril surgit de l'Orient. Les musulmans, féroces ennemis de la croix, profitant de la faiblesse et de la discorde des princes chrétiens, songèrent à conquérir toute l'Europe et à lui arracher la foi et la civilisation chrétiennes. Ils défendaient avec ténacité ces belles villes d'Espagne qu'ils avaient déjà conquises, et le 29 mai 1453 ils entrèrent à Constantinople, occupèrent la basilique de Sainte-Sophie, plaçant le croissant à la place de la croix. Enhardis par une si grande victoire, ils se proposaient de conquérir l'Italie et Rome et de donner l'avoine à leurs chevaux sur l'autel de la tombe de saint Pierre. Mais Dieu n'abandonna pas son Église, qui peut bien être combattue, mais non vaincue. Les Turcs, vainqueurs en Grèce, furent peu d'années après chassés de l'Espagne, et, pendant que les Grecs, manquant toujours à leur parole, se séparaient de l'Église, Christophe Colomb lui gagnait un continent entier. Il est merveilleux de voir comment, en ces temps orageux, Dieu envoya une pléiade de saints, qui, soit par la parole, soit par l'exemple, prêchant la vérité, la concorde et la paix, tinrent ardent le flambeau de la foi. Tels furent les saints d'une ardeur apostolique comme Bernardin de Sienne, Jacques Della Marca, Antoine de Florence, Laurent Giustiniani de Venise et ceux qui eurent une grande influence sur les destinées de l'Église, comme sainte Brigitte de Suède, sainte Catherine de Sienne; d'autres enfin, qui, dans le silence du cloître, dans l'union intime avec Dieu et par leurs sacrifices, obtinrent du Seigneur la paix du monde. C'est de l'une de ces âmes dont nous entreprenons l'histoire. CHAPITRE II NAISSANCE DE SAINTE RITA Tous ceux qui écrivirent la vie de sainte Rita se plurent à remémorer les belles vertus de ses parents. Quant à nous, tout au début de ce récit, nous remarquerons, avec saint Grégoire le Grand, qu'il n'est pas une chose rare d'être bon quand on vit au milieu des justes, mais il est beaucoup plus méritoire de mener une vie sainte parmi les scélérats et les pécheurs. Or, Antoine Mancini de Rocca-Porena et Aimée Ferri de Fogliano, les heureux parents de la sainte, furent admirables par la sainteté de leurs moeurs, par leur fervente piété et par leur inépuisable charité, pendant que dans les contrées d'Italie se propageaient la débauche, les hérésies, les malversations, la violence. D'âme simple, et retirés dans une petite bourgade de montagne, ils ne s'inquiétaient nullement des choses du monde, si ce n'est lorsque la faiblesse et la misère frappaient à leur porte. Alors les bons époux, bien que ne possédant pas les biens de la fortune, trouvaient toujours le moyen d'essuyer les larmes et d'assouvir la faim des malheureux. Leur méditation favorite était la Passion du Rédempteur; le Crucifix : voilà le seul livre qu'ils savaient lire et qu'ils savaient si bien imiter le cas échéant, tout particulièrement dans la patience et dans la charité. Durant cette époque troublée, on en venait facilement aux disputes, aux armes, au sang. Antoine et Aimée, aimant cette paix que Nôtre-Seigneur apporta aux hommes, s'interposaient entre les rivaux, uploads/Religion/ theo-mgr-louis-de-marchi-vie-de-sainte-rita-de-cascia.pdf
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- Publié le Mar 26, 2021
- Catégorie Religion
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