Page 1 sur 8 LA RELIGION I / Un phénomène culturel divers et complexe 1) l'homm
Page 1 sur 8 LA RELIGION I / Un phénomène culturel divers et complexe 1) l'homme en question 2) Définition étymologique de la religion 3) Analyse des composantes communes des religions Texte de Durkheim 4) Les évolutions religieuses contemporaines II/ Religion et philosophie, raison et foi 1) le conflit originel entre religion et philosophie 2) la critique philosophique de l'irrationalité religieuse 3) L'interprétation rationnelle de l'irrationalité religieuse Texte d’Alain III/ Quel avenir pour la religion ? 1) La critique religieuse de La « rationalisation » de la religion. 2) La critique athée de la religion 3) La mort de Dieu ? Toutes les croyances religieuses connues, qu’elles soient simples ou complexes, présentent un même caractère commun: elles supposent une classification des choses, réelles ou idéales, que se représentent les hommes, en deux classes, en deux genres opposés, désignés généralement par deux termes distincts que traduisent assez bien les mots de profane et de sacré. La division du monde en deux domaines comprenant, l'un tout ce qui est sacré, l'autre tout ce qui est profane, tel est le trait distinctif de la pensée religieuse ; les croyances, les mythes, les gnomes1, les légendes s'ont ou des représentations ou des systèmes de représentations qui expriment la nature des choses sacrées, les vertus et les pouvoirs qui leur sont attribués, leur histoire, leurs rapports les unes avec les autres et avec les choses profanes. Mais, par choses sacrées, il ne faut pas entendre simplement ces êtres personnels que l'on appelle des dieux ou des esprits; un rocher, une source, un caillou, une pièce de bois, une maison, en un mot une chose quelconque peut être sacrée. Un rite peut avoir ce caractère; il n'existe même pas de rite qui ne l'ait à quelque degré. Il y a des mots, des paroles, des formules qui ne peuvent être prononcés que par la bouche de personnages consacrés; il y a des gestes, des mouvements qui ne peuvent être exécutés partout le monde. [...] Le cercle des objets sacrés ne peut donc être déterminé une fois pour toutes; l'étendue en est infiniment variable selon les religions. Voilà comment le bouddhisme est une religion : c'est que, à défaut de dieux, il admet l'existence de choses sacrées, à savoir des quatre vérités saintes et des pratiques qui en dérivent2. [. ..] Les croyances proprement religieuses sont toujours communes à une collectivité déterminée qui fait profession d'y adhérer et de pratiquer les rites qui en sont solidaires. Elles ne sont pas seulement admises, à titre individuel, par tous les membres de cette collectivité; mais elles sont la chose du groupe et elles en font l'unité. [. ..] Nous arrivons donc à la définition suivante: Une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c'est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée église, tous ceux qui y adhèrent. Le second élément qui prend ainsi place dans notre définition n'est pas moins essentiel que le premier; car, en montrant que l'idée de religion est inséparable de l'idée d'Église, il fait pressentir que la religion doit être une chose éminemment collective. Émile DURKHEIM. Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912) Le Livre de Poche, 1991, p. 92-93 et 103-109. 1 Poésie sentencieuse formulant des maximes 2 Le Bouddha n'est pas un dieu, mais il a connu l' « éveil » et l'a transmis aux hommes. Les « quatre nobles vérités » sont : 1) qu'il y a de la souffrance dans cette vie; 2) que cette souffrance est due à l'avidité, le désir; 3) qu'on peut maîtriser le désir, donc supprimer la souffrance; 4) que le salut est dans le suprême détachement. Page 2 sur 8 La vie est un travail qu'il faut faire debout. Assis, couché, à genoux, rien de cela n'est bon. Ces pensées me venaient comme je suivais un enterrement de village. Des nuages lourds voilaient le soleil d'instant en instant; après la route qui serpente à mi-côte, ce fut le chemin pavé et l'escalier de pierre, et la paix d'une vieille église toute blanche, avec des ogives simples et parfaites. Dans ces formes justes, dans le chant liturgique, dans les replis de la cérémonie, on percevait la mesure et la décence convenables à des vivants qui se savent mortels. Car nous avons cette charge à porter; elle nous tient bien aux épaules; il n'y a qu’à marcher avec; car nous ne sommes pas des ânes pour nous rouler. Aussi, quand le bât nous blesse, ce n'est pas assez de la nature pour nous rappeler notre métier d'hommes, car elle meurt sans savoir. Il faut des choses humaines, comme l'ogive et les discours liturgiques; des choses humaines qui soient bien appuyées par terre, qui soient bien égales des deux côtés, et qui marchent selon une règle… Tous ces rites sont parfaits; exactement à notre mesure; je n 'y vois rien de surhumain; les hommes y ont suffi. Il fallait cette marche réglée, ces chants, ces formes, ces témoignages, cette politesse étudiée, pour discipliner le désespoir. Jusqu'où tomberaient les malheureux si tous leurs semblables s'enfuyaient en se bouchant les yeux et les oreilles ? Ou, pis encore, si tous leurs semblables, réveillant leur propre désespoir, se jetaient dans des lamentations désordonnées ? Mais, tout au contraire, l'humanité se range comme pour dire: « Nous savons ce que c'est. » Parbleu, si l'on voulait, qui donc dans cette foule n'a pas mille bonnes raisons de se précipiter et de mordre la terre ? Qui donc, comme ces Mercenaires, n'aurait pas de blessures à montrer ? Mais comme il y a des vêtements pour cacher l'animal, ainsi la cérémonie habille les douleurs comme il faut. La religion est vraie en tout le reste, et menteuse seulement en ce qu'elle dit. Car s'il y avait un Dieu au ciel, comment ne pas crier de terreur ou de colère ? Mais il y a une raison commune, fille de la terre comme nous, mais le plus beau fruit de la terre, et le vrai Dieu s'il nous en faut un, selon laquelle le courage plie en même temps que le corps; d'où chacun sait bien qu'il faut se redresser et regarder au loin, par-dessus les peines. Non pas couché. Non pas même à genoux. La vie est un travail qu'il faut faire debout. Émile CHARTIER dit ALAIN. Propos d'un Normand, dans Philosophie, Textes choisis, t, II. PUF. 1973. p, 217-218 “Dieu est, ou il n’est pas.” Mais de quel côté pencherons-nous ? La raison n’y peut rien déterminer: il y a un chaos infini qui nous sépare [de Dieu]. Il se joue un jeu, à l’extrémité de cette distance infinie, où il arrivera croix ou pile. Que gagnerez-vous ? Par raison, vous ne pouvez faire ni l’un ni l’autre, par raison vous ne pouvez défendre nul des deux. Pascal, Pensées §233 (Brunschvicg) “Ou il existe et alors on ne peut pas le prouver; ...ou il n’existe pas, et alors cela ne peut certes pas non plus être prouvé.” Kierkegaard, Papiers posthumes in Journal, tome 1 Gallimard p.321 Page 3 sur 8 LA RELIGION I / Un phénomène culturel divers et complexe 1) l'homme en question La religion apparaît comme un phénomène très ancien et quasi universel. Elle est présente dans toutes les sociétés humaines connues ayant laissé des traces de leur représentation du monde. Si l'ignorance où nous sommes des sociétés qui les ont précédées, l'interprétation hypothétique des traces les plus anciennes et le récent développement de l'athéisme laissent planer un doute sur l'universalité du phénomène, son ampleur cependant incontestable le rend digne d'attention et d'interrogation. La place qu'occupe la religion dans les sociétés humaines met en question la définition de l'homme. L'homme pourrait-il être défini comme un «animal religieux» au même titre qu'un « animal raisonnable » ? Cela ne va pas de soi, lorsqu'on observe la place de l'irrationnel dans la religion. On peut d’autre part remarquer que la religion a deux particularités essentielles : - universalité : il existe des religions ou phénomènes religieux dans toutes les régions du monde et depuis toujours - multiplicité : il existe une multitude de religions différentes 2) Définition étymologique de la religion L'étymologie du mot « religion » est incertaine, mais elle fournit, avec l'usage courant, quelques indications. Rattaché au verbe latin religare (« relier »), religio énonce l'idée d'un lien, soit d'obligation à l'égard de certaines pratiques, soit d'union entre les hommes et les dieux, ou des hommes entre eux. Ce premier sens permet de distinguer nettement religion et superstition: les croyances magiques « ne servent jamais à unir les uns aux autres les individus qui les adoptent [...] ; un mage, un sorcier, a une clientèle flottante analogue à celle d'un médecin3 ». Rattachée cette fois à religere, la signification devient: « rassembler, recueillir » et « redoubler d'attention et d'application4 ». L'usage conforte ce deuxième sens: faire quelque chose religieusement, c'est le faire méticuleusement et scrupuleusement, avec le plus grand soin et respect. Il faut uploads/Religion/la-religion-poly-pdf.pdf
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- Publié le Mai 21, 2021
- Catégorie Religion
- Langue French
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