Franz Cumont Les enfers selon l'Axiochos In: Comptes-rendus des séances de l'Ac

Franz Cumont Les enfers selon l'Axiochos In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 64e année, N. 3, 1920. pp. 272- 285. Citer ce document / Cite this document : Cumont Franz. Les enfers selon l'Axiochos. In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 64e année, N. 3, 1920. pp. 272-285. doi : 10.3406/crai.1920.74327 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1920_num_64_3_74327 272 LES ENFERS SELON l'aXIOCHOS « Un détail reste pourtant encore embarrassant. Cet appel à Servatus n'est accompagné d'aucun verbe à l'impératif et la phrase reste en suspens. Cela est contraire aux usages suivis dans les acclamations. Pour y revenir, il suffirait de renoncer à faire de Servate un vocatif, de couper le mot en deux et de lire : Serva te, explication que justifie très bien le sens de la deuxième ligne : « On t'aime jalousement, mon trésor, tu e£ entouré de gens qui te désirent ; fais bien attention, garde à toi ! » « Reste à savoir si l'original admet cette division de premier mot. Il suffirait de pouvoir y jeter un coup d'œil pour être fixé * . » MM. Salomon Reinach, Babelon et Homolle présentent quelques observations. M. Cagnat lit ensuite une note dé M. L. Poinssot, inspecteur des antiquités et des arts de Tunisie. Deux inscriptions nou velles font connaître l'emplacement de la Givitas Mizigitanorum et du pagus Assalitanus sur la voie romaine de Garthage à Tebessa en Tunisie 2. . * COMMUNICATIONS LES ENFERS SELON L AXIOCHOS, PAR M. FRANZ CUMONT, ASSOCIÉ ÉTRANGER DE L'ACADÉMIE. Parmi les petits dialogues apocryphes que les manuscrits joignent aux tétralogies des œuvres de Platon, le plus remarquable peut-être est l'Axiochos, où les misères de *ce monde sont opposées au bonheur de la vie future. Il con tient une dissertation sur l'immortalité de l'âme qui porte 1. M. Homolle m'a fait observer qu'on pourrait encore songer à une autre explication : Servate, vita (= évite) (eum) qui ai omnibus zelatnr. 2. Voir ci-après. LES ENFERS SELON L'AXIOCHOS 273 la marque de l'action exercée par l'enseignement d'Épicure * , et il date donc au plus tôt des environs de Fan 300. L'in térêt historique de cette œuvrette pseudo-platonicienne ne paraît pas avoir toujours été apprécié à sa véritable valeur2. Cet opuscule mériterait qu'un philologue l'éditât et l'étu- diât mieux qu'on ne l'a fait jusqu'ici et montrât quelles idées nouvelles, étrangères à Platon, y sont exposées. C'est une modeste contribution à ce commentaire futur que je voudrais offrir ici en interprétant un passage curieux sur les enfers. Vers la fin du dialogue (p. 371), Socrate fait une descrip tion du sort qui attend les âmes dans l'Hadès . Cette révé lation lui aurait été communiquée par le mage Gobryès, dont le grand-père l'aurait trouvée à Délos inscrite sur deux tablettes d'airain apportées de chez les Hyperboréens.Nous sommes, on le voit, en pleine fiction : le mage Gobryès est un parent d'Er l'Arménien, que Platon fait intervenir dans la République, et du mage Mithrobouzanès, que Lucien met en scène dans sa Nécyomancie 3. Les Chaldéens et les mages de l'Inde sont d'ailleurs, Pausanias nous l'affirme, les sages qui les premiers ont affirmé l'immortalité de l'âme et qui l'ont enseignée aux Grecs et en particulier à Platon 4. La prétendue découverte dans un temple de vieilles tables de bronze ou de pierre fut souvent alléguée comme une garantie d'authenticité par les faussaires de J. Cf. Brinkmann, Beitrage zur Erklârung des Axiochos, dans Bhein. Mas., LI, 1896, p. 441 ss. ; cf. LU, 1897, p. 632 s. 2. Ettig, dans un travail d'ailleurs méritoire (Acheruntica [Leipzigér Studien XIII], 1891, p. 314), après avoir analysé la description de l'Hadès, dont nous allons parler, conclut : « Fontes Plato et mysteria. Novi praeter minutiora quaedam nil. » Nous verrons combien ce jugement est peu just ifié. 3. Cf. Ettig, p. 313, n. 1. ■ , 4. Pausanias IV, 32, 4 : 'Eyw 81 XaXSaiouj xal 'IvôwvtoÙç [iotyouç 7tpco"coo? olôa êt7cdvTaç a>; àOavatds èffttv àv6p«o7tou <{«JX.'l xa( açiaiv xaî 'EXXrjvwv aXXot ts ëjret(j8T)<Tav xai où^ 7Jxicrra IlXattov ô 'Apt'oTwvoç. 1920. 18 274 LES ENFERS SELON l'époque hellénistique1. Ce fut l'artifice dont ils usèrent surtout pour donner une autorité sacrée aux élucubrations où ils introduisaient quelques bribes des sciences sacerdo tales de l'Orient. N'en serait-il pas ainsi de l'Axiochos? Voyons ce que contenaient les inscriptions déchiffrées parGobryës. « Après la dissolution du corps, dit le texte, l'âme se rend vers le lieu invisible 2 dans la demeure souterraine où se trouve le palais de Pluton, aussi grand que la cour de Zeus. En effet, la terre occupant le milieu de l'univers et le ciel étant sphérique, l'un des deux hémisphères appartient aux dieux célestes, l'autre aux dieux inférieurs, qui sont ou frères ou enfants de frères . L'entrée de la route qui descend vers la demeure de Pluton est fermée par des clôtures et des clefs de fer. Cette porte ouverte, on atteint le fleuve Achéron, et après lui le Cocyte, qu'il faut traverser tous deux pour parvenir jusqu'à Minos et Rhadamanthe au lieu qu'on appelle plaine de la Vérité â. » Ces juges infaiilibles accordent aux justes d'habiter le séjour des âmes pieuses, c'est-à-dire les Champs Elysées, dont sont décrites les délices. Les initiés aux mystères y occupent une place d'honneur4. Au contraire, les méchants sont conduits par les Érinnyes « vers les ténèbres et le chaos à travers le Tartare » et ils y subissent des châtiments éter nels, en compagnie des Danaïdes, de Tantale, de Titye et de Sisyphe. On est surpris de trouver cette description mythique unie à une conception scientifique du monde, empruntée à l'astronomie, telle qu'on l'enseignait à l'époque alexan- 1. Sur l'emploi de cette supercherie épigraphique dans les livres her métiques, les Cœranides, etc., cf. Catal. codd. astr. VIII, 4, p. 102-3. 2. Eîç tov à8r)Xov totcov. Le nom de r"At8ï]ç est expliqué ici par a8ï)Xoî comme ailleurs par asiSirjç « invisible » ; cf. in/ra, p. 275, note 1. 3. IIeSîov àXïjôefaî, emprunté au Phèdre 248 B. 4. Sur cette jrposBpta des initiés, cf. Rohde, Psyché, I4, p. 314 note ; II, p. 422 s. LES ENFERS SELON l'àXIOCHOS - 275 drine. Notre globe suspendu immobile au centre de l'uni vers est entouré par la sphère céleste, dont la moitié infé rieure appartient aux dieux des morts. Pour l'écrivain alexandrin, la demeure souterraine (y) b-iïô-fzioq oîxY]<nç) de Pluton n'est donc point située dans une grande caverne où l'on descend par les fissures du sol, mais au-dessous de notre terre. Cette idée est étrangère à la Grèce ancienne, mais elle appartient à la cosmographie à demi savante, à demi rel igieuse de l'Orient, et l'astrologie en a gardé la tradition jusqu'à l'époque byzantine dans les systèmes des huit ou des douze « lieux » de la sphère. La ligne~de l'horizon, celle qui s'étend de l'horoscope au Couchant, divise le monde en deux hémisphères. L'utcoysiov ne désigne point le sous- sol, le tréfonds de la croûte terrestre, mais le point le plus bas du ciel, Vimum médium caelum. L'h'émisphère inférieur était invisible (àçpavyjç) : il était donc naturel qu'on y plaçât l'Hadès, une étymologie généralement acceptée expliquant "AiSrjç par àetâvjç « qu'on ne voit pas »1. Parmi les « lieux» du cercle de la géniture, celui qui se trouve immédiate ment sous, l'horoscope a toujours été désigné comme la « Porte de l'Hadès »("Arâou tcûXyj)2: c'est par là qu'on pénét rait dans le royaume de Pluton . Mais on voit aussi donner le nom de Ditis ianua au Couchant : le point où meurt le jour et qui préside aussi à la fin de la vie humaine3. Les portes de l'enfer sont en effet au nombre de deux : ce sont celles par lesquelles, selon la vieille mythologie babylo nienne, le char du dieu solaire sortait, chaque matin, du monde inférieur et y rentrait chaque soir 4. 1. Decharme, La critique des traditions religieuses, 1904, p. 301. 2. Cat. codd. astrol., VIII (Paris), 4, p. 102 g. Cf. Revue de philol, 1918, XLII, p. 74. 3. Maniliu9, II, 950 s. — Voy. la %. infra, p. 276. 4. Maspero, Hist. anc. des peuples de l'Orient, I, p. 544, n. 6 ; Jastrow, Religion Babyloniens, I, p. 427; Dhorme, Taxtes assyro-baby Ioniens, 1907, p. 60, n. 9. 276 LES ENFERS SELOI? L AX1OCHOS Une théorie, qui est étroitement liée à celle des deux moitiés opposées du monde, mettait les quatre « points » (xsvxpa) de la sphère céleste en relation avec le cours de l'existence humaine l. L'horoscope influait sur la MéCOYPANHMA nPOCKOfïOC rr naissance et sur l'enfance, la culmination supérieure sur le milieu de la vie, le couchant sur la mort 2, et de Yhypo- geion dépendaient le .sort du cadavre « et tout ce qui suit la mort3. » . 1. Cf. Bouché-Leclercq, Astrologie grecque, p. 271 s. 2. Séxtus Empiricus, Adv. Astrol., § 15, p. 731, Bekker : Aiiat;... àp^ï) Oavàirou, Manilius, l. c. : « Finem retinet vitae, hic etiam ipse dies mori- tur », etc. 3. Cat. uploads/Litterature/ cumont-f-x27-les-enfers-selon-l-x27-axiochos-x27-crai-64-3-1920-272-85.pdf

  • 30
  • 0
  • 0
Afficher les détails des licences
Licence et utilisation
Gratuit pour un usage personnel Attribution requise
Partager