Publications de la Société d’ Iranologie. N° 3. H EN RY CORBIN Les motifs zoroa
Publications de la Société d’ Iranologie. N° 3. H EN RY CORBIN Les motifs zoroastriens dans la philosophie de Sohrawardî Shaykh-ol-Ishrâq (ob. 387/1191) Préface de M. POÜRÉ-DAVOUE) TEHERAN E d i t i o n s d u C o u r r i e r 1946-1325 r j i ' C < ■') Préface H A u Cette publication est un présent de notre cher et savant ami M. Henry Corbin, qui depuis l’été dernier se trouve parmi nous. Elle a pour thème la philosophie de l’«Ishrâq» et reproduit le texte de la conférence que notre ami prononça le 10 Abân 1324 (1er novembre 1945) sur l’invitation de la Société d’Iranologie, dans la salle du Musée d’Archéologie de Téhéran. La Société à laquelle M. Corbin appartient lui-même comme membre associé eût trouvé injuste que les lecteurs iraniens fussent privés du fruit de ses recherches en ce domaine. Aussi est-elle heu reuse de mettre à leur disposition la traduction persane jointe ici au texte original. C’est en Iran que la philosophie c!e l'clshrâq» prit naissance! c'est de l'ancienne religion de ce pays que jaillit sa source. Shihâbeddîn Ya/tyâ ibn H abash ibn Amîrak Sohrawardî * la remit au jour. Il ébranla l'édifice philo sophique que le péripatétisme hellénisant avait élevé au sein du monde de l’Islam. Mais lui, un des hommes émi nents que porta notre sol, pour avoir commis le crime de s’être complu en son peuple en redonnant la vie à ses gloires passées, devait mourir martyr en terre étrangère. L’enfant qui plus tard devait être appelé le «Maître de l’Ishrâq» et prendre rang parmi les Sages éminents, (*) Ne pas le confondre avec son homonyme baghdadien, autre soufi célèbre, Shihâbeddîn Abou H afs ‘Omar Sohrawardî (ob. 1234 A,D.) f>87 4 La philosophie de Sohrawardî vint au monde en 549 H. ( 1153 A.D.) à Sohraward, non loin de Zenjân. Il fut rappelé à Dieu 'en 587 H. fl 191 A.D.) à Alep. C’est à Marâgha et à Isfahan qu’il fit ses études. Il passa quelques années en Asie Mineure, et de là prit la route de la Syrie, se précipitant au-devant de la mort. A Alep au commencement, il fut reçu avec honneur ec faveur à la cour de Malek Zâher, fils de .Salâ/jeddîn A.yyoubî. Mais le penseur à l’esprit libre et à la spontanéité géniale ne pouvait que mépriser le redoutable fanatisme de cette époque et de ce milieu. 1 1 proclama intrépidemment les sources de sa philosophie, et osa franchir les limites marquées par le cercle des enseignements qorâniques, si bien qu’il offensa et déchaîna contre lui tout le groupe des obscurantins. Ces derniers réussirent à circonvenir Malek Zâher ec à obtenir qu’on le supprimât de ce monde. Cela, à l’époque même où dans ce même pays les Croisades fai saient couler à flot le sang de milliers d’hommes d’Asie et d’iiurope. Sohrawardî y fut lui aussi la victime du démon du fanatisme. La Fureur ahrimanienne ne permit même pas qu’après sa mort il fût honoré — officiellement du moins — du titre de martyr (shahîd); il fut désigné comme le «maq- toul» (mis à mort), désignation comportant une idée de culpabilité. Le Shaykh de i’Mshrâq», salué comme «mar tyre ou désigné comme «maqtoul», compte en tout cas parmi les grands sages et penseurs dont nous pouvons nous glorifier. Ainsi qu’il l’a déclaré plusieurs fois dans ses érrirs, Sohrawardî a pris comme fondement de sa propre philosophie la sagesse de l’ancien Iran. La lampe qu’il a allumée dans son chef-d’ œuvre «L/ikmat ol-Ishrâq» aux flammes du passé, est une lampe éternelle qui jamais ne s'éteindra, bien que la lampe de sa propre vie ait été pré- Prélace j maturément étouffée dans sa trente-huitième année par la main brutale des ignorants. Si au VIe siècle de l’Hégire> la troupe de ces derniers, semblables aux chauves-souris, n’eut pas la force de regarder le soleil, aujourd’ hui pourtant le soleil de l'«Ishrâq> n’en luit pas moins à nos yeux. L'on d.oit une grande reconnaissance à M. Henry Corbin qui, après avoir dispersé les cendres accumulées pen dant plusieurs siècles sur le foyer de la pensée sohrawar- dienne, en a fait réapparaître la flamme rendue encore plus intense. Les savants français depuis Anquetil-Duperron (173 1 — 1805) jusqu’à nos jours ont rendu d’ éminents services à notre pays dans le domaine de la religion maz- déenne, de la langue, de l’histoire et de l’archéologie ira niennes. M. Henry Corbin qui est le digne héritier des orientalistes de son pays, a discouru ici en termes parfaits de la philosophie de 1 ’«Ishrâcj», et a illuminé nos cœurs en y faisant apparaître une des splendeurs de l’Iran antique. Pouré-Davoud. Téhéran, Professeur à l’Université de Téhéran. 22 Bahman 2557 médiquc Président de la Société d’Iranologie. (11 février 1946) c F I I NOTE PRÉLIMINAIRE M . Pouré-Davoud rappelle amicalement dans les pages qui pré cèdent l'occasion de la conférence dont le texte est reproduit ici. S.E. M . Pierre Lafond, Ambassadeur de France à Téhéran, voulut bien l'en courager de sa présence. Elle reste pour celui qui fut appelé à la prononcer un souvenir très précieux dont il est redevable à ses collègues de la Société d'Iranologie. Que ceux-ci veuillent bien trouver ici même l'expression de son affectueuse reconnaissance pour l'invitation qu'ils lui adressèrent, non moins que pour avoir décidé d'incorporer le pré sent opuscule dans la série des publications de notre Société. Peut-être est-ce une rude épreuve pour un orientaliste européen que d'avoir à formuler Te résultat de ses recherches et de ses médita tions devant un auditoire iranien. Pour oser l'affronter, il doit se sentir soutenu par cet amour qu'il partage avec ses auditeurs pour un même univers spirituel, et par leur volonté commune de le faire vivre dans les coeurs. L a communication humaine qui s'établit alors, devient la ga rantie que les années pcssées dans le travail solitaire n'ont pas été dépensées en de vaines constructions de l'esprit. Depuis longtemps déjà, l'Occident a cherché un miroir de sa propre conscience du monde et de son devenir, en se présentant à lui-même le destin de ses philosophes et de ses philosophies. L ’histoire de la philosophie a même pu dégénérer en historisme, ce n'est qu'un des aspects d'une longue crise. Mais nous pouvons définir quelle por tion d'un long héritage nous assumons, ou au contraire refusons. I l s'en faut de beaucoup que nous voyions aussi nettement la courbe des in terprétations du monde en Orient, et singulièrement en Iran. Sans aucun doute, nos confrères orientaux n'ont pas été sollicités par la même inquiétude que celle d'où ont procédé nos investigations historiques. Il n'en reste pas moins qu'une lacune’ criante fausse dès le principe nos schémas d'ensemble. C'est cette absence qu'il nous faut combler. Elle ne peut l'être que par un effort mené ensemble. Peut-être 'alors l'immense La philosophie de Sohiawardi richesse gardée en réserves par Ise penseur d'Iran sera-t-elle un contre poids aux valeurs disparues, faussées ou altérées. Ce n'est pas un hasard que l'œuvre de Sohrawardî, le maître de l'Ishrâq, puisse être prise comme un point de départ. L es pages qui suivent n'ont d'autre but que d'en montrer le comment. S i l'on s'est cru autorisé à parler de lui, c'est à dessein d'éprouver le fruit éclos après de longues années passées dans l'intimité de sa pensée. L a décisive épreuve ne pouvait être tentée que dans ce pays d'Iran où coulent en core à l'état de sources vives toutes les inspirations de la pensée sohra- wardienne «ishrâqî, celles où ede s'abreuve et celles qu'elle fit jaillir. L'écho reçu en retour des paroles conservées dans le texte imprimé ici, restera comme la suprême récompense à ambitionner. Que tous nos amis Iraniens en soient affectueusement remerciés. Naturellement, le texte apparaîtra d'une concision extrême. S i quelqu'un en formule le reproche, on ne songe nullement à s'en dé fendre. L a philosophie de l'Ishrâq a été profondément ressentie par celui qui en parle, comme une philosophie de la Présence. Il eût été faux de la décomposer par les méthodes d'un historisme qui ne peut prendre le passé qu'en tant que passé, sans même être bien au clair sur les postulats qu'il implique. Malheureusement il nous était impossible de nous expliquer longuement ici sur les prémisses philosophiques de notre compréhension «au présent». Ce sont elles, certes, qui nous ont guidé dans l'élaboration des motifs de l'ancien Iran «présenfs» dans la philosophie de l'Ishrâq. Mais ce sont elles encore qui nous interdiraient d'opposer stérilement l'un à l'autre les aspects ou moments de la pensée ira nienne. Celle-ci a pu s'exprimer en pahlavi, en persan, en arabe. Elle est restée la gardienne d'un héritage qui plus haut encore qu'un con cept national lim ité,, s'est maintenu comme un univers spirituel où ont pu Irouver accueil hôtes et pèlerins venus d'ailleurs. Précisément l'œuvre de Sohrawardî est riche de tous les motifs qui se sont fait entendre à leur heure dans la conscience iranienne. C'est pourquoi aussi l'étude de son œuvre n'est qu'un uploads/Philosophie/ corbin-1946-les-motifs-zoroastriens-dans-la-philosophie-de-sohrawardi-pdf.pdf
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- Publié le Mar 22, 2022
- Catégorie Philosophy / Philo...
- Langue French
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