INTRODUCTION 1- Thème du texte et problèmes La différence entre la réalité et
INTRODUCTION 1- Thème du texte et problèmes La différence entre la réalité et les songes : Ce problème est central et il peut être utile de s’interroger sur les moyens dont nous usons habituellement pour établir des connaissances fiables afin de cerner l’originalité de la thèse de l’auteur. Comment est traité ce thème habituellement ? Comment croyons-nous effectuer une distinction entre la veille et le sommeil ? Quelle est notre expérience personnelle sur le sujet ? Bien que ce problème soit central le texte aboutit visiblement à une disparition de cette différence qui est en question avec cette conclusion : « la vérité est un songe un peu moins inconstant ». Une réflexion sur cette idée que la réalité est un songe est aussi à mener. Qu’est-ce que cela signifie ? 2- Analyse du texte et de la démarche argumentative Commençons par identifier quelques éléments clés : a. La structure globale : Elle s’appuie sur un jeu d’oppositions. 1 Elle est composée de différents moments que les connecteurs logiques permettent d’identifier : si / si / mais parce que / à cause de / pourtant / car Le texte peut être découpé en trois parties : Dans les deux premières parties, qui correspondent aux deux premiers paragraphes, Pascal présente deux hypothèses de travail et leurs conséquences. Dans la troisième, qui correspond au troisième paragraphe, Pascal montre que la réalité de nos expériences est autre que ce qui est proposé dans les hypothèses et on devine la thèse avec laquelle il va conclure. Pascal nous présente en fait les présupposés sous-jacents au texte. Mais dans les toutes dernières lignes, par un retournement des présupposés du texte (« qui n’est pourtant pas si continue et égale qu’elle ne change aussi »), Pascal nous surprend avec une conclusion subversive. b. Les objets d’étude : La nuit, le rêve, le songe, le sommeil ≠ au jour, à la veille, à la vie, au réveil Les termes « véritable » et « réalité » sont attachés à cette deuxième catégorie. c. Les exemples : L ’artisan / le roi. L’exemple du roi est l’exemple le plus fort, celui qui se différencie par son caractère rare et exceptionnel quand le statut d’artisan nous renvoie à la banalité, à la norme. Exploiter l’exemple du roi est nécessaire pour comprendre ce que peut signifier à la fois cette constance fragile de la vie, et cette idée que la vie est un songe et à laquelle le texte aboutit. Qu’est-ce qu’un roi ? C’est un homme qui règne. Or un homme est un être disposant d’une nature, d’une condition propre à son espèce et l’action de régner constitue son rôle social. La constance de l’être s’oppose ici à l’inconstance 2 propre aux rôles. Par le biais de cet exemple il est aisé de comprendre comment Pascal en viendra à décoller l’être de son étiquette ou dans le texte le rêve du rêveur. C’est aussi le sens de la phrase « Le roi est mort, vive le roi ! ». Les masques ne nous appartiennent jamais vraiment, on les emprunte et on nous les prête. L’être reste et les rôles changent de mains. Si les élèves connaissent un peu Pascal, cet exemple peut être mis en rapport avec les trois discours sur la condition des grands (texte paru en 1670 dans le Traité de l’éducation d’un prince par Pierre Nicole sous le titre Discours de feu M. Pascal sur la condition des Grands). Dans ce texte, Pascal s’adresse à Charles- Honoré de Chevreuse, fils du duc de Luynes. Il commence comme ça : « Pour entrer dans la véritable connaissance de votre condition, considérez-la dans cette image. Un homme est jeté par la tempête dans une île inconnue dont les habitants étaient en peine de trouver leur roi qui s’était perdu, et ayant beaucoup de ressemblance de corps et de visage avec ce roi, il est pris pour lui, et reconnu en cette qualité par tout ce peuple. D’abord il ne savait quel parti prendre ; mais il se résolut enfin de se prêter à sa bonne fortune. Il reçut tous les respects qu’on lui voulut rendre, et il se laissa traiter de roi. Mais comme il ne pouvait oublier sa condition naturelle, il songeait, en même temps qu’il recevait ces respects, qu’il n’était pas ce roi que ce peuple cherchait, et que ce royaume ne lui appartenait pas. Ainsi, il avait une double pensée, l’une par laquelle il agissait en roi, l’autre par laquelle il reconnaissait son état véritable et que ce n’était que le hasard qui l’avait mis en la place où il était. Il cachait cette dernière pensée et il découvrait l’autre. C’était par la première qu’il traitait le peuple, et par la dernière qu’il traitait avec soi-même. Ne vous imaginez pas que ce soit par un moindre hasard que vous possédez les richesses dont vous vous trouvez maître, que celui par lequel cet homme se trouvait roi. Vous n’y avez aucun droit de vous-même, et par votre nature non plus que lui […]. » L’expérience du voyage (utilisé deux fois). 3 Les ennemis, les fantômes… 4 d. Les notions du bonheur , du plaisir et du déplaisir : Heureux terme qui s’oppose à malheurs, maux, pénible, appréhension, craint. Il s’agit à chaque fois de ce qui affecte, positivement ou négativement. Il est intéressant de noter que ces éléments se rapportent autant à la vie éveillée qu’à la vie intérieure des songes, qui s’élabore sans l’aide de la conscience (sauf peut-être lorsqu’elle en prend connaissance). Et l’on peut rapporter cette idée au concept de réalité psychique développé par Freud. En effet, dans ce texte les rêves ont un effet sur nous, même si d’après Pascal il est faible par rapport à celui que les expériences de la veille impriment en nous. Mais on pourrait se demander ce qu’il en est dans les cas pathologiques ou particuliers où le rêve prend une place plus importante dans la vie du sujet qu’habituellement (quelques exemples possibles : des rêves à répétition dits post-traumatiques ; les expériences de rêves lucides). e. Les caractéristiques des expériences vécues, oniriques ou éveillées : Oniriques : différence, diversification, inconstance Eveillées : égalité, continuité, constance Les deux s’opposent en apparence MAIS introduction d’une nuance décisive : Suite à la présentation de toute une série d’oppositions qui permettent de distinguer la veille et le sommeil, Pascal les nuance et termine par une nouvelle caractérisation des deux objets d’étude avec la vie onirique caractérisée par des changements brusques et la vie éveillée caractérisée par des changements moins brusques. 5 f. Définitions des termes clés : Le terme roi a déjà été défini. Il faudra nécessairement définir rigoureusement les termes songe et rêve pour bien identifier le sens de la formule la vie est un songe. LA STRUCTURE ARGUMENTATIVE DU TEXTE Reconstruction de la démarche argumentative en trois parties grâce au travail de récolte des matériaux effectué et de la mise en évidence des connecteurs logiques : Deux hypothèses de travail sont utilisées pour mener un raisonnement en plusieurs étapes qui se termine par une conclusion inattendue à laquelle aboutit le texte après un dernier coup de théâtre : 1- Présupposés de départ : la vie onirique est discontinue, la vie éveillée est continue (ligne 14 à 16 « Mais parce que nos songes […] à cause de la continuité ») 2- Premier renversement : imaginons que nuit et jour soient identiques, tous deux semblables à l’état habituel de veille. §1 Première hypothèse : et si la vie onirique était dotée des mêmes caractéristiques que la vie éveillée, celle-ci gardant également ses caractéristiques propres ? Conséquences de cette première hypothèse : Si toutes les nuits (12h/24h) [nous rêvions], la même chose (à noter : Pascal insiste sur l’équivalence parfaite sur laquelle l’hypothèse s’appuie : toutes les nuits, 12h/24h, la même chose) → alors nous observerions les mêmes effets des expériences réelles ou rêvées sur nous dans ce sens où la vivacité des affects ressentis serait la même. 6 Donc (conclusion de la première hypothèse) : notre vie nocturne ressemblerait à s’y méprendre à notre vie diurne et l’opposition entre les deux, voire la distinction s’évaporerait. [Si l’on prend en compte les présupposés énoncés on peut déduire la suite du raisonnement Cependant, au-delà de l’hypothèse, le fait est que nos songes [sont] très différents, un même se diversifie → la règle en vigueur n’est pas la continuité mais plutôt les changements brusques. Conséquences Dès lors, les songes en raison de leur inconstance nous affectent moins, or c’est justement cela qui nous permet de les différencier de la vie éveillée : ce moindre degré d’intensité de nos affects. Conclusion : L ’illusion propre aux songes est assez aisément identifiable car les affects qu’ils sont capables de nous procurer, les sensations de plaisir et de déplaisir éprouvés, sont de faible intensité du fait de la discontinuité de l’expérience onirique.] 3- Deuxième renversement : la veille ressemble au songe et uploads/Philosophie/ explication-de-texte-pascal.pdf
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- Publié le Sep 14, 2021
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