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Tous droits réservés © Laval théologique et philosophique, Université Laval, 1948 Ce document est protégé par la loi sur le droit d’auteur. L’utilisation des services d’Érudit (y compris la reproduction) est assujettie à sa politique d’utilisation que vous pouvez consulter en ligne. https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/ Cet article est diffusé et préservé par Érudit. Érudit est un consortium interuniversitaire sans but lucratif composé de l’Université de Montréal, l’Université Laval et l’Université du Québec à Montréal. Il a pour mission la promotion et la valorisation de la recherche. https://www.erudit.org/fr/ Document généré le 28 août 2021 01:38 Laval théologique et philosophique La connaissance des premiers principes Une interprétation Emmanuel Trépanier Volume 4, numéro 2, 1948 URI : https://id.erudit.org/iderudit/1019809ar DOI : https://doi.org/10.7202/1019809ar Aller au sommaire du numéro Éditeur(s) Laval théologique et philosophique, Université Laval ISSN 0023-9054 (imprimé) 1703-8804 (numérique) Découvrir la revue Citer cet article Trépanier, E. (1948). La connaissance des premiers principes : une interprétation. Laval théologique et philosophique, 4(2), 289–310. https://doi.org/10.7202/1019809ar La connaissance des premiers principes UNE IN TE R PR É TA TIO N La science est Yhabitus des conclusions. Elle se définit donc par la démonstration. Or la démonstration est constituée de principes. Les principes sont donc connus antérieurement aux conclusions, et la science ne va pas sans une connaissance préexistante. Or cette connaissance des principes est en même temps une connaissance antécédente. D ’où cette autre exigence «que les principes soient par quelque manière crus et connus plus encore que les conclusions». Ce qui revient à dire que la connaissance des principes doit être à la fois plus grande et plus certaine que celle des conclusions. De celle-ci à celle-là il existe un rapport d’effet à cause, et la cause est toujours supérieure à son effet. S’il arrive, comme c’est ici le cas, que le même nom soit attribué à tous les deux, il le sera davantage à la cause1. La santé est désirable à cause de la vie, la vie est donc plus désirable que la santé. Une conclusion est obtenue et admise par la vertu de ses principes, c’est donc à ces derniers qu’il revient d’être mieux connus et plus crus. La connaissance des vérités premières est la plus pénétrante et la plus ferme, elle emporte avec elle tout cé que ce terme connaissance signifie de qualité et de perfection2. Comment nous possédons une telle connaissance, ou l’origine des pre miers principes dans notre intelligence, tel est le problème que nous enten dons étudier. Ou plus exactement, nous nous proposons de reprendre la solution qu’en a donnée Aristote, et de montrer qu’elle en est une de juste milieu entre le sensualisme et l’innéisme. Saint Thomas et ses com mentateurs, en particulier Cajétan et Jean de Saint-Thomas, ne l’ont pas comprise autrement. Nous mettrons donc en lumière la justesse de leur interprétation comme la pénétration de leurs développements. Nous verrons qu’ils se sont appliqués à scruter les implications de la position initiale, au point de nous donner à eux tous une véritable synthèse. Nous essaierons donc de la reconstituer en prenant pour base de nos recherches le dix-neuvième et dernier chapitre du second livre des Seconds Analy tiques. Quand on songe à l’antériorité des principes sur la démonstration, il peut surprendre que le Philosophe ait reporté jusque là la considération de notre problème. Mais, à vrai dire, ces Seconds Analytiques sont le traité de la démonstration. Sans explications sur la nature des principes, 1 À condition que le nom soit attribué d’une manière univoque à la cause et à l’eflfet. 2 Seconds Analytiques, I, c.2, 72a25. 290 L A V A L THÉOLOGIQUE ET PHILOSOPHIQUE sur leur nécessité et leur diversité, la démonstration eût été inintelligible. Aristote n’a donc pas manqué de les donner dès le début, ni d’y revenir dans le cours de son traité. Mais de quelque manière que la connaissance de ces vérités indémontrables fût en nous, il faut reconnaître que cela n’af fectait point la démonstration dans sa substance. Les Analytiques pou vaient difficilement se fermer sans une réponse à cette question, mais il n’allait pas contre l’ordre de doctrine qu’elle apparût en leurs dernières pages1. Aristote fait d’abord mention de difficultés préliminaires dont la der nière— mais qui sera discutée la première— est la suivante: on peut se de mander «si les habitus qui nous font connaître les principes ne sont pas innés mais acquis, ou bien sont innés mais d’abord latents» (99b25). Et l’innéisme est aussitôt déclaré absurde pour cette raison que nous aurions en nous la connaissance de vérités qu’en fait nous ne laisserions pas d’igno rer. Qui donc soutiendrait qu’une connaissance obtenue par démonstra tion puisse être en nous à notre insu ? C’est pourtant ce qu’on affirme de la connaissance des principes alors même qu’elle est plus précise, plus déter minée et plus certaine. La certitude est en ceci que celui qui sait, sait non seulement qu’il en est ainsi mais qu’il ne peut en être autrement. Connaître avec certitude la vérité du principe ne va pas sans admettre avec entière détermination la fausseté de sa négation. « . . . Celui qui a la science au sens absolu doit être inébranlable»2. Et la condition en est qu’il soit tout aussi fixé sur la vérité des principes que sur la fausseté de leurs opposés. Comment pourrait-il l’être sans en être conscient? La connaissance des principes est incompatible avec cet état latent, «il est clair . . . que les principes ne peuvent se former en nous alors que nous n’en avons aucune connaissance, ni aucun habitus» (99b31). Si les principes ne sont point un don de la nature, il faut conclure, dit Aristote, à la nécessité de quelque puissance susceptible de nous les faire acquérir. « .. .Sans pourtant, ajoute-t-il, que cette puissance soit supérieure en exactitude à la connaissance même des principes» (99b33). Remar quons tout de suite la double affirmation: le fait d’une connaissance pré existante, et la supériorité de la connaissance des principes. Ainsi formulée elle contient tout, elle équilibre tout, elle résout entièrement le problème qui se pose et qu’Aristote ne pose pas d’une façon plus explicite. Il s’agit en effet de reconnaître une connaissance préexistante puisque le principe est une proposition universelle et qu’il ne saurait être dans la réalité sous cet état même de proposition universelle. Il devra donc s’ac quérir par l’intermédiaire d’une connaissance immédiatement en contact avec la réalité dans ce qu’elle a d’individuel et de concret. Mais voilà ce qui paraît impossible. Cette connaissance prérequise ne joue-t-elle pas un rôle similaire à celui des principes par rapport à la démonstration? Dans l’affirmative, il faut admettre qu’elle est la cause de la certitude des 1 «E t id eo a d scien tiam qu ae est d e d em on stration e, u tile est u t sciatu r qualiter p rim a p rin cip ia co g n o sca n tu r».— S. T h o m a s, In II Posteriorum Analyticorum, lect.2 0 , n.2. 2 Sec. Anal., I, c.2, 72b4. L A CONNAISSANCE DES PREM IERS PRINCIPES 291 principes, et qu’il existe donc une connaissance plus certaine que celle des principes. Telle est la difficulté où nous nous jetons à déclarer que les principes sont acquis. Il s’agit donc de comprendre comment la double affirmation d’Aristote n’est nullement contradictoire, commeDt elle n’est point tiraillement entre des inconciliables. Cette connaissance préalable n’est autre que la connaissance sensible. C ’est un genre de connaissance qui se trouve chez tous les animaux, l’homme y compris, et c ’est à les considérer tous que la pluralité et la diversité des opérations sensorielles apparaissent le plus manifestement. Il va de soi, en effet, qu’elles se connaissent d’autant mieux qu’elles sont plus nettement séparées. Or, justement, tous les animaux r ’ont pas toutes les facultés sensitives. On peut même établir chez eux une hiérarchie de perfection selon qu’ils ont plus de ces facultés et des facultés de plus en plus libérées de la présence hic et nunc du singulier matériel. Il suffira donc de les réunir en un même sujet, l’homme, pour leur assigner la fonction d’intermédiaire entre la perception de ce singulier et la possession de l’universel. La première partie de l’exposé d’Aristote se présente assez simplement. Elle nous fait d’abord connaître les deux premiers groupes d’animaux. Le sens est cette faculté de discrimination des sensibles «que l’on appelle la perception sensible». Or chez les plus infimes des animaux il n’y a rien de plus que cette perception. Si l’on parlait d’elle comme d’une impres sion, il faudrait ajouter aussitôt que cette impression ne se fixe pas, qu’elle ne dure pas. Elle est liée à la présence de l’objet actuellement senti. Ces animaux ne sentent ce qu’ils sentent qu’à l’instant où ils le sentent. Et c’est la supériorité d’un second groupe que de posséder la mémoire. Ceux-ci peuvent retenir une perception bien sentie, une sensation bien imprimée. L ’impression demeure et persiste au point qu’avec la mémoire il y a dans l’âme connaissance «praeter sensum», non pas contre le sens, ni uploads/Philosophie/ la-connaissance-des-premiers-principes.pdf
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- Publié le Jui 06, 2022
- Catégorie Philosophy / Philo...
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