LE CORPS LE CORPS ANTIQUE INTRODUCTION Platon : Timée, Sophiste, Phédon, Cratyl

LE CORPS LE CORPS ANTIQUE INTRODUCTION Platon : Timée, Sophiste, Phédon, Cratyle. Dans 2 passages, étymologie de sôma, Cratyle 400b-c et fin du Gorgias 492-493. Phédon : idée que le thème véritable est donné dans les 1ères lignes (comme beaucoup de dialogues platoniciens), et qu’il sera le thème de l’identité, le soi-même, qui est donc l’âme et non le corps. La question est de savoir pourquoi l’âme est le soi-même (en l’occurrence de Socrate). Rép : c’est par l’âme que Socrate a accès à un monde véritable, plus réel, un monde d’essences stables qu’est l’intelligible. L’âme est la partie limitrophe du sensible dans l’intelligible : la personne platonicienne est donc construite, en tant qu’âme, comme étant au contact du sensible, à la frontière basse de l’intelligible. Et si le philosophe ne se suicide pas, c’est parce que le suicide consisterait en une désertion, en un abandon de poste quant à la frontière de l’intelligible dont il a la garde. Ce qui importera, ce sera de comprendre la relation de l’âme (qui est à la frontière de l’intelligible) au corps : comment le corps sera l’instrument de l’âme au service de la recherche de l’intelligible. L’âme est donc la réalité de la personne de Socrate au-delà de ses particularités physiques (obésité, calvitie) : le corps est du domaine de l’illusion, de l’apparence car il est appréhendé par l’opinion, par la doxa, et non par l’intellection, le noûs. Platon hérite de cette tradition pythagoricienne ou orphique qui postule une forme de survie de l’âme après la mort : cet ancrage dualiste transparaît dans le texte 1 (Cratyle). 3 étymologies : sêma, signe ou sème ; et en ce sens le corps serait un tombeau, le signe de la sépulture, la stèle (et donc l’âme serait notre individu véritable),- utile pour le thème du corps comme mort, ce qui se voit dans le mot anglais corpse, la dépouille. Puis, corps comme signe, non pas au sens figuré de la sépulture, mais au sens où il est un signe pour l’âme, c’est- à-dire un instrument qui permet à l’âme de signifier (paroles, émotions). Enfin, corps comme gardien, sauveur, ce qui préserve, mais aussi ce qui conserve dans un endroit déterminé, ce qui délimite : ce qui tient en garde quelque chose ; le sôma serait donc l’enceinte, la prison qui contient l’âme – tradition orphique qui voit l’âme incarnée suite à une faute, elle purgerait sa peine. 1 Au début du Phédon, Socrate dit que l’âme est enfermée dans la phroura du corps ; 2 sens : prison ou poste de garde, le poste-frontière. Si on traduit par prison, on a donc le sens qui est celui de la tradition orphique. Or, il est possible de préférer la phroura comme poste de garde : puisqu’il est question ici de l’interdiction du suicide, Platon dirait plutôt que le philosophe est un combattant de l’intelligible et que se suicider, pour accélérer le retour de l’âme à sa patrie véritable, équivaudrait à une désertion de poste. Cette idée incite à comprendre la question des rapports âme-corps qui n’est pas simplement celle d’un dualisme brutal : il va y avoir un sens pour l’âme à être au contact du sensible, mais aux confins de l’intelligible. Le corps ne sera pas simplement un hôte de l’âme ; cette dernière aura véritablement quelque chose à faire du corps dans un monde régi par l’intelligible. D’ailleurs, dans le texte 2, du Gorgias, Platon mentionne seulement la 1ère étymologie, ce qui interdit d’en faire seulement une prison chez lui. Cette étymologie apparaît lors de la réfutation de Calliclès qui défend que la vie ne vaut d’être vécue que si l’on se donne de grandes passions, de grands désirs, et qu’on met tout en œuvre pour les assouvir : l’accomplissement de la vie humaine résiderait en cela. Point intéressant : l’enjeu du débat, c’est le corps. Calliclès et Socrate s’opposent : Socrate dit à Calliclès qu’une vie faite de la poursuite des désirs est horrible et qu’une vie sans désir est une vie divine ; Calliclès répond qu’une telle vie est une vie de pierre. Socrate répond par l’étymologie du Cratyle qui fait du corps un tombeau pour dire que l’homme de Calliclès est déjà mort puisqu’il n’est que corps. Autrement dit, le corps jouisseur, machine à jouir, est une sépulture selon Socrate. Et Socrate dérive assez vite vers une autre image, un autre jeu de mots qui concerne l’âme de celui dont le corps est une sépulture, celui qui est soumis au corps : jeu entre pithanos, persuasif, et pithos, tonneau, jarre, pour dire que celui-là est celui dont l’âme est un tonneau percé, celui qui se laisse trop facilement persuadé par les suggestions du corps. Alors que l’âme rationnelle proprement dite ne saurait céder aux suggestions du corps : Platon fait donc jouer l’idée qu’il y a différentes parties de l’âme, dont celle qui est irrationnelle et sensible à l’influence des désirs (epithumia). Ce qui importe c’est que ce mouvement argumentatif du Gorgias brise la dualité excessive âme-corps, car, pour que le corps-tombeau exerce son emprise sur l’homme, il faut qu’il y ait une fonction inférieure de l’âme, communiquant avec le corps et se laissant persuader par ce dernier : dès que nous sommes persuadés, nous avons l’homme de Calliclès. Donc il y a une articulation profonde entre l’âme et le corps qui apparaît ici, mais qui n’est pas encore explicitée dans son détail : il y aura une utilisation du corps par l’âme. Ce mouvement platonicien porte une ontologie du corps qui dépassera le dualisme naïf, brutal, qu’on lui prête parfois : le corps, par toute une série de ses aspects et en tant qu’il communique avec l’âme, fait partie d’une stratégie qu’on peut qualifier d’intelligible pour rendre le monde beau, bon, parfait. Autrement dit, il faut que Platon ne se range pas du côté de la tradition orphique. Ce que nous verrons avec le Timée et la thèse du plus beau des mondes possibles, ce qui se voit aussi chez Plotin. Texte 3 : Phédon dont le propos est d’expliquer que l’âme survivra à la mort physique, une fois séparée du corps selon 5 arguments. Argument de l’affinité qui est l’un d’eux : il consiste à s’appuyer sur une affinité entre l’âme et les réalités intelligibles pour démontrer que 2 la 1ère survit après la mort. Platon pose, au début de l’argument, une dualité âme-corps et associe chacun des pôles à une notion primitive fondamentale et caractéristique : l’invisible pour l’âme et le visible pour le corps (ce sont des liaisons notionnelles). Il faut considérer le corps comme un instrument (organon) de l’âme, ce qui fait peser sur l’âme le danger d’être entraînée vers le domaine propre du corps ; l’âme serait prise d’un vertige au moment où elle est placée devant ce qui n’est pas elle, au contact du corporel. Alors que l’âme dans son élément serait le lieu de la stabilité, l’unité, la simplicité et la pureté : et Platon décrit ici négativement ce que doit être le corps, instable, pluriel, complexe et impur. Au cours de cette opposition, Platon récapitule ce qui les caractérise (§ 2) : « ce qui est divin, immortel …à quoi le corps ressemble le plus ». On a donc une description très riche du corps : le corps est affine à l’autre de l’intelligible, l’autre de l’être, sachant que l’être = l’intelligible. Platon va tirer de cette description une conséquence eschatologique, ce qui consiste donc à encore une fois expliquer que la patrie de l’âme, c’est l’intelligible. Il explique que la survie de l’âme est supérieure à celle du corps : argument = le corps de l’homme vivant perdure après la mort, la chair un peu mais les os très longtemps, il mentionne également la momie égyptienne qui se conserve encore plus longtemps (utile pour mentionner la persistance du corps en tant que tel : la momie comme paroxysme du corps en tant que tel chez Platon), et l’âme étant maîtresse du corps, il est impensable de penser qu’elle se corrompe avant le corps, et donc la survie de l’âme après la mort doit durer quasi-infiniment. Et le domaine de l’âme est l’intelligible, ce domaine des formes qu’on ne saurait percevoir par les perceptions du corps, des sens – d’ailleurs on trouve un jeu de mots entre l’Hadès, les Enfers et Aïdès, « ce qui est invisible ». Tout ce passage permet de présenter le corps comme le corrélat de nos 5 sens. Il y a donc chez Platon une thématique dualiste et quelque chose aussi comme un danger de dualisme, car l’approfondissement montre un rapport plus profond entre l’âme et le corps : voir Timée. Pour l’instant, on peut mobiliser le Sophiste (textes 4-12) : dernier grand dispositif où on trouve une opposition de l’âme et du corps. Platon met en scène un dépassement de la philosophie éléate, c'est-à-dire du monisme de Parménide, philosophe de l’un. Pour illustrer ce dépassement, Platon met en scène une confrontation entre les amis des uploads/Philosophie/ le-corps-p4.pdf

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