La difficulté de définir le terme « faux amis » suscite une problématique que l

La difficulté de définir le terme « faux amis » suscite une problématique que l’on peut ramener à deux points : il faut examiner la question du nombre des langues (s’agit-il d’un phénomène unilingue ou bilingue?) et celle de la parenté entre les mots ou les expressions examinés (doivent-ils avoir un rapport étymologique ou non?). Le terme de faux amis du traducteur est utilisé pour la première fois par Maxime Koessler et Jules Derocquigny dans l’ouvrage « Les faux amis ou les pièges du vocabulaire anglais » en 1928. Dans la conception de Koessler et Derocquigny, qui ont examiné les mots français intégrés dans l’anglais et les pièges de traduction que ceux-ci « tendent » aux locuteurs non avertis, les faux amis désignaient des mots dont l’identité de forme n’entraîne pas nécessairement l’identité de sens [25, p. 32]. Ils définissent les faux amis comme des «mots qui se correspondent d’une langue à l’autre par l’étymologie et par la forme, mais qui ayant évolué au sein de deux langues différentes et, partant, de deux civilisations différentes, ont pris des sens différents» [25, p. 33]. D’autres linguistes (Jean Paul Vinay, Jean Darbelnet) considèrent que les faux amis du traducteur sont des mots auxquels correspond une étymologie d’une langue dans une autre, une forme, mais en évoluant dans le cadre des deux langues, des deux cultures ont des sens différents [3, p. 18]. Jean Maillot partage cette opinion, en disant lui aussi que les faux amis du traducteur sont des mots provenus des langues différentes, ayant la même origine, une forme ressemblante ou identique, mais des sens différents [30, p. 57]. En français, Maxime Koessler et Jules Derocquigny distingue trois formes de production des faux amis : Les homonymes qui, par leur forme identique, peuvent être la source des malentendus entre les interlocuteurs unilingues. Ils ont soit une orthographe semblable (homographe) soit une orthographe différente (hétérographe) soit une prononciation semblable (homophone) soit une prononciation différente (hétérophones). Ils se différencient par leur sens (une moule, un moule), leur genre (un cap, une cape), leur étymologie, la construction de la proposition et le contexte [15, p.79]. Ils peuvent appartenir à des catégories grammaticales différentes (un ver vert en verre - nom, adjectif...). Dans le cas de la traduction d'une langue vers une autre il y peut apparaître des homonymes, surtout quand ces langues font partie de la même famille comme le roumain et le français. Il suffit d'ouvrir un dictionnaire bilingue français - roumain pour s'apercevoir que beaucoup de mots ont non seulement plusieurs nuances de sens, mais des sens très différents. Ainsi, avec les mêmes mots on peut exprimer des idées différentes. L'homonymie c'est la « relation existant entre deux (ou plusieurs) formes linguistiques ayant le même signifiant, mais des signifiés radicalement différentes » [34, p.227]. Ce que ces auteurs prennent pour des faux amis, sont des mots que la linguistique connaît sous le nom des paronymes ou des faux frères. Le mot " paronyme " vient du grec para (à côté de) et onoma (nom ou mot). Voisins des homophones, les paronymes sont des mots qui présentent des ressemblances graphiques et sont presque homonymes. Le rapprochement intentionnel de tels mots s'appelle la paronomase. Les paronymes sont proches, non par le sens, mais par le son. Exemple : conjecture / conjoncture, imminent / emminent, acception / acceptation, amour / amer. Deux mots sont donc paronymes quand ils sonnent en bonne partie de même. Il peut arriver alors un glissement de sens, voire une confusion. Lorsqu'on utilise des paronymes, il arrive que la phrase perde complètement son sens [11, p.67] : Ex. : Le volcan est entré en éruption - le volcan est entré en irruption ( ?) Ils peuvent avoir le même radical ; ils se distinguent par leur préfixe ou leur suffixe : hiberner - hiverner. Ils peuvent avoir des radicaux différents ; on les distingue par leur étymologie, leur genre ou le contexte dans lequel ils sont employés : Les congères (amas de neige) atteignent un mètre - les congénères (de la même espèce) atteignent un mètre. Dans certains cas, la ressemblance formelle peut s'accompagner d'une certaine proximité sémantique. amoral — immoral endémique — épidémique obstruer — obturer vénéneux - venimeux Cette proximité est parfois tellement grande dans des couples infernaux comme volatil -volatile ou prémices -prémisse que même les meilleurs auteurs se laissent prendre au piège. Néanmoins on ne peut parler des faux amis qu’en relations de deux langues. Il est vrai que dans la définition du Dictionnaire de la linguistique [34, p. 129], le critère « bilingue » n’est pas explicite, mais l’article se réfère à la traduction qui, par définition implique la nécessité de deux langues, et d’un autre côté, les exemples donnés sont tous anglo-français, donc des exemples bilingues. Le Dictionnaire de la linguistique confirme ainsi, d’une manière implicite, que dans le cas des faux amis, il s’agit de langues différentes, d’où notre principe selon lequel les faux amis n’existent qu’entre deux langues [24, p. 42]. En ce qui concerne l’aspect étymologique de la définition, nous devons compter avec l’histoire des faux amis, car c’est de là que provient cette problématique. En traductologie les faux amis sont des mots qui ont l'air semblable dans les deux langues, mais qui ont en réalité un sens différent. Le mot anglais hazard, par exemple, semble équivalent au français hasard, mais, comme chacun sait, hazard signifie « danger » et n'a donc pas le même sens que le mot hasard en français. On parle alors, à propos des paires de mots comme hazard/hasard, de « faux amis », c'est-à-dire d'amis qui n'en sont pas vraiment pour celui qui essaye d'apprendre à maîtriser les deux langues. Après la publication du livre de Koessler–Derocquigny, la notion des faux amis se limitait à des mots ayant des rapports étymologiques. Les linguistes ont semblé garder cette tradition pendant plus d’un demi siècle : «Les emprunts sont souvent des faux amis parce qu’ils n’ont pas, dans la langue emprunteuse, le même sens que dans la langue donneuse» [17, p. 261]. Depuis, grâce au développement des dictionnaires et à la diversité des langues examinées (l’anglais, l’allemand, l’italien, l’espagnol, le russe), la notion de faux amis s’est élargie. Elle est sortie de sa « cage » étymologique et lexicale et elle a été adoptée à d’autres niveaux de l’analyse linguistique (phonétique, morphologie, phraséologie, pragmatique). Dans son dictionnaire, Wanderperren arrive à déclarer la priorité de la forme sur l’étymologie: «Notre critère a été la ressemblance des mots, non leur étymologie. Avant tout, nous avons voulu être pratique [...]» [cité d’après 24, p. 43]. Selon le Dictionnaire de la linguistique, les faux amis désignent «des mots d’étymologie et de forme semblables, mais de sens partiellement ou totalement différents. [...] Et également des associations de mots trop exclusifs, dues à une association trop fréquente par la traduction» [34, p. 127]. Aujourd’hui, ils comprennent donc toutes sortes de pièges éventuels qui peuvent se tendre dans la communication des locuteurs (au moins) bilingues. Dans le présent travail, conformément à l’usage général, nous tiendrons pour des faux amis les mots correspondant à la définition donnée par le Dictionnaire de la linguistique. 1.2. La formation des faux amis Les dictionnaires des faux amis, étant des recueils synchroniques, considèrent les deux langues choisies dans leurs états actuels sans donner des explications concernant l’origine des mots-pièges. Évidemment, les renseignements étymologiques détaillés dépassent la compétence des dictionnaires bilingues ; pourtant il peut être utile de passer en revue les causes de la formation des faux amis. Il faut souligner le fait que les faux amis n’existent pas a priori dans la langue (comme par exemple les synonymes ou les paronymes): c’est la connaissance linguistique inégale du locuteur bilingue qui les produit. Lors de la communication, un locuteur polyglotte, trompé par la similitude d’un mot étranger avec un mot de sa langue primaire, tient les deux mots pour des équivalents et utilise celui-là au sens de celui-ci, tout en ignorant que la signification du mot étranger n’est pas identique à celle qu’il lui attribue. Les faux amis apparaissant dans la communication, résultent donc du défaut de connaissance des codes différents et appartiennent ainsi au langage de l’individu et non à la langue même [24, p. 43]. Dans une approche globale des fautes de langue on pourrait identifier une catégorie plus grande, celle des fautes interférentielles, qui a son tour pourrait avoir deux sous-catégories: les calques linguistiques et les faux amis. Les calques linguistiques et les faux amis sont, généralement parlant, le produit linguistique d’un utilisateur d’une langue étrangère. Le calque linguistique ne représente pas dans tous les cas une faute de langue tandis que pour les faux amis l’affirmation ne se vérifie pas. Le calque se situe entre l’emprunt et le néologisme, comme c’est le cas du mot anglais “to realize” qui signifie “comprendre” en français et “a înţelege” en roumain [1, p. 132]. Comme le français a commencé à employer le terme “réaliser” à la place de “comprendre ”, le roumain en a fait autant. En roumain, c’est un uploads/Philosophie/ les-faux-amis.pdf

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