Moussons 27 (2016) The Sea Beyond all Borders: The Link between Southeast Asian
Moussons 27 (2016) The Sea Beyond all Borders: The Link between Southeast Asian Countries ................................................................................................................................................................................................................................................................................................ Bernard Formoso L ’imaginé, l’imaginaire et le symbolique, Maurice Godelier Paris : CNRS Éditions, 281 p., 2015, bibliographie, index. ................................................................................................................................................................................................................................................................................................ Avertissement Le contenu de ce site relève de la législation française sur la propriété intellectuelle et est la propriété exclusive de l'éditeur. 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Référence électronique Bernard Formoso, « L ’imaginé, l’imaginaire et le symbolique, Maurice Godelier », Moussons [En ligne], 27 | 2016, mis en ligne le 23 mai 2016, consulté le 09 juin 2016. URL : http://moussons.revues.org/3597 Éditeur : Presses Universitaires de Provence http://moussons.revues.org http://www.revues.org Document accessible en ligne sur : http://moussons.revues.org/3597 Ce document est le fac-similé de l'édition papier. Les contenus de la revue Moussons sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International. Moussons n° 27, 2016-1, 173-196 Comptes rendus / Reviews Livres / Books L’imaginé, l’imaginaire et le sym bo lique, Maurice Godelier, Paris : CNRS Éditions, 281 p., 2015, bibliographie, index. Par Bernard Formoso * Au cours de sa riche carrière, Maurice Godelier a principalement élaboré sa réflexion anthropologique en l’ancrant dans un double référentiel théorique auquel il avait été formé et qu’il a cherché à synthé- tiser : le marxisme du courant althussérien et le structuralisme de Claude Lévi-Strauss. Son ouvrage L’Idéel et le Matériel (1984) avait constitué une étape importante dans cet effort de synthèse. Il avait alors voulu intégrer le concept marxien de rapports sociaux de production dans un modèle interprétatif plus global de la production des rapports sociaux. L’hypothèse centrale était que la part idéelle des forces pro- ductives (la somme des connaissances et représentations de toutes sortes relevant de l’activité mentale et de son médium langagier) constitue le schème organisateur interne de la mise-en-action de ces forces et que, dans les sociétés où elles servent de matrice organisationnelle, les structures de parenté sont le lieu où se nouent rapports de production et production des rapports sociaux (1984 : 181, 194). Cependant le raisonnement de l’auteur restait à l’époque prisonnier de l’appareillage conceptuel marxiste et de son prédicat controversé du primat de l’infra sur la superstructure. Or, trente ans plus tard, dans ce nouvel opus, Maurice Godelier reconnaît que les imaginaires – religieux notamment – ne sont en rien le produit dérivé des rapports de production. S’il inscrit toujours dans le présent ouvrage sa réflexion théorique dans le sillage de l’entreprise lévi-straus- sienne d’exploration des arcanes de la pensée humaine, il critique néanmoins le présupposé de l’auteur des Mythologiques pour qui, le « réel » (ce dont on peut faire l’expérience concrète), le symbolique et l’imaginaire formeraient trois ordres sépa- rés. Tout au contraire, argumente-t-il, il s’agit d’ordres indissociables, qui se nour- rissent mutuellement, notamment dans le registre des mythes où l’imaginaire est producteur de symboles qui deviennent des supra-réalités assumées comme telles par la croyance religieuse. De plus mythes et rites, contrairement à ce qu’affirmait Claude Lévi-Strauss, ne sont en rien « un abâtardissement de la pensée consenti aux servitudes de la vie » (1971 : 603). Les rites ajoutent l’agir au penser mythique, explique Maurice Godelier : ils « transfor- ment les vérités imaginaires des mythes en vérités vécues dans le corps, in-corporées » (p. 150). Enfin, les mythes ne se pensent pas à travers les hommes, à leur insu, selon la thèse défendue dans les Mythologiques, mais bien plutôt comme des inventions des hommes, directement issus de leur imaginaire. 174 Moussons n° 27, 2016-1, 173-196 Comptes rendus / Reviews Au-delà des nouveaux éclairages appor- tés sur les mythes et les rites en contre- point des thèses de Claude Lévi-Strauss, le présent ouvrage présente un intérêt épisté- mologique particulier par l’exploration qu’il propose des types possibles d’imaginaire partagés et du pouvoir qu’ils exercent sur les formes de pensée et d’action. Si l’ima- ginaire est un concept très utilisé dans les sciences humaines et sociales, les opéra- tions mentales possibles qu’il recouvre sont rarement explicitées. Or c’est ce travail d’analyse qu’accomplit Maurice Godelier avec brio et dans un style particulièrement clair, rendant ainsi l’ouvrage accessible à tous publics. La première distinction qu’il pose dissocie l’imaginé de l’imaginaire. Si, explique-t-il (p. 33) : « imaginer est un acte de la pensée et un acte conscient, on doit alors rendre compte du fait que tout ce qui est imaginé n’est pas imaginaire ». En effet, outre les situations où l’imaginé porte sur des événements qui ont réelle- ment existé dans le passé ou ailleurs et sur ceux qui ont de grandes chances de se produire dans le futur, il faut aussi exclure de l’imaginaire beaucoup de réalités imagi- nées que la rationalité cartésienne présente comme fictionnelles, mais qui ne sont ni pensées, ni vécues comme telles par ceux qui croient en leur vérité et leur effica- cité transcendantes. Dans ce dernier cas, selon Maurice Godelier (p. 81) : « L’imagi- naire apparaît alors plus réel que tout ce que l’on peut imaginer, car il est devenu la voie d’accès à une sur-réalité qui est le fondement même du réel auquel l’huma- nité se confronte quotidiennement. » Sur cette base, l’auteur distingue deux types de logiques concernant les modes de pen- sée et d’action : dans l’une le possible et l’impossible sont antinomiques (cas des techniques matérielles et des savoirs scien- tifiques) ; dans l’autre, au contraire, ce que la pensée scientifique qualifierait de pos- sible ou d’impossible ne s’excluent pas (il en va ainsi dans les mythes, les contes, les religions). L’alternance ou l’enchâssement de ces logiques dans l’activité mentale des individus aboutit à un continuum de mani- festations embrassant tous les champs de l’existence, avec pour pôles extrêmes, d’un côté, les systèmes logiques dont participent les mathématiques, et de l’autre les formes de pensée mystique. Une fois ce cadre d’analyse posé, l’auteur aborde diverses formes d’imagi- né-imaginaire, à commencer par celui du jeu qui est premier dans l’expérience de l’enfant et lui apprend à faire la part entre le possible et l’impossible. Il consacre éga- lement un chapitre à l’imaginé-imaginaire de l’art dont la caractéristique principale est d’être matérialisé dans une œuvre qui place en résonnance l’imaginaire du créa- teur et celui, à chaque fois singulier, des consommateurs de l’œuvre. Enfin, il traite dans une longue section de plus de cent pages des imaginaires partagés qui abou- tissent aux « sur-réalités » religieuses et aux régimes de pouvoir qu’elles légitiment. Pour Maurice Godelier l’imaginaire reli- gieux a ceci de particulier qu’il « opère une véritable mutation dans la nature des sym- boles » (p. 177), ceux-ci, bien que d’origine humaine, se trouvant investis de significa- tions prêtées au divin. De ce fait, ils servent d’outils à la communication qu’instaurent les croyants avec les puissances supérieures par l’entremise de prêtres ou de leaders politiques se réclamant d’une lignée divine. Dans l’approche ici proposée du fait reli- gieux on retrouve une orientation intellec- tuelle, réminiscence du passé marxiste de l’auteur, qui trame l’ensemble de l’ouvrage et le place dans le prolongement direct de L’Idéel et le Matériel, à savoir chercher à définir la concrétisation matérielle, sociale et politique de l’imaginaire, conçu comme élément moteur de l’idéel. « L’imaginaire qui est au fondement des religions et pré- sent dans les systèmes politiques se trans- forme à chaque fois en rapports sociaux réels, en paroles, en gestes, en institu- tions, en rites, en monuments, en œuvres d’art qui témoignent matériellement, sym- 175 Comptes rendus / Reviews Moussons n° 27, 2016-1, 173-196 boliquement et socialement de la vérité et de l’efficacité de ce que la pensée de chacune de ces sociétés [les premières à s’être dotées d’un État] tient pour vrai et pour légitime », écrit l’auteur (p. 213). Un peu plus loin, évoquant les trois questions existentielles que cherchent à dissiper les religions d’où venons-nous ? Qui sommes- nous ? Où allons-nous ?), il ajoute que les réponses globales alors apportées « ne sont pas seulement des éléments d’un discours « théorique », elles servent à AGIR, agir sur la nature, sur les autres, sur soi-même, agir avec les ancêtres, avec (ou contre) les esprits, avec (et sur les dieux) » (p. 217). Cet accent mis sur le pouvoir de mise en action, en organisation et en objets de l’imaginaire religieux a pour mérite de l’ex- traire du mentalisme lévi-straussien et du matérialisme historique qui réduit la reli- gion à un « opium du peuple ». uploads/Philosophie/ moussons-3597-27-l-imagine-l-imaginaire-et-le-symbolique-maurice-godelier.pdf
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- Publié le Oct 22, 2021
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