LA PENSÉE ET LE MOUVANT Du même auteur dans la même collection LES DEUX SOURCES
LA PENSÉE ET LE MOUVANT Du même auteur dans la même collection LES DEUX SOURCES DE LA MORALE ET DE LA RELIGION ESSAI SUR LES DONNÉES IMMÉDIATES DE LA CONSCIENCE MATIÈRE ET MÉMOIRE LE RIRE BERGSON LA PENSÉE ET LE MOUVANT Présentation, notices, notes, chronologie et bibliographie par Pierre MONTEBELLO et Sébastien MIRA VÈTE Édition établie sous la direction de Paul-Antoine MIQUEL GF Flammarion © Flammarion, Paris, 2014. ISBN : 978-2-0812-8048-9 NOTE SUR L’ÉDITION DES ŒUVRES DE BERGSON DANS LA COLLECTION GF Henri Bergson, l’un des plus grands philosophes fran- çais, n’a jamais procédé autrement qu’en partant de l’analyse d’un problème. Or, qu’il s’agisse par exemple de la question de la différence entre durée et espace dans l’Essai sur les données immédiates de la conscience (1889), de la relation entre l’esprit et le corps dans Matière et mémoire (1896), ou du rapport entre vie et matière dans L’Évolution créatrice (1907), ces problèmes s’inscrivent dans un contexte spécifique. Dans chacun de ses grands ouvrages, Bergson noue en effet un dialogue direct avec la science de son époque. Le concept de durée naît d’une analyse critique du temps conçu comme une ligne en mécanique classique. La ques- tion de la mémoire se pose du fait des difficultés suscitées par les assertions de la psychologie et de la neurologie, qui veulent traiter les souvenirs comme des objets suscep- tibles d’être rangés dans des boîtes. Si les sciences de la vie en sont finalement venues à s’intéresser au problème de l’évolution, encore faudrait-il qu’elles expliquent comment le temps biologique se dissocie du temps de la mécanique, voire de celui de la thermodynamique clas- sique : qui d’autre que Bergson aurait pu oser aborder, en 1907, une question qui n’a même pas encore été traitée dans toutes ses dimensions aujourd’hui ? En 1922, dans Durée et simultanéité, il confronte son analyse de la durée aux concepts de la théorie de la relativité : quel philosophe NOTE SUR L’ÉDITION 8 se risquerait de nos jours à proposer un commentaire critique et métaphysique qui prendrait appui sur la « théorie des cordes » ? Quant aux questions de l’origine de la religion ou de la morale, elles sont ressaisies, dans Les Deux Sources de la morale et de la religion (1932), par le biais d’une discussion critique des apports de l’École sociologique française : ceux de Marcel Mauss, d’Émile Durkheim et de Lucien Lévy-Bruhl. Le geste philosophique, dans chacun de ces cas, est double : il s’agit pour Bergson de prendre toute la mesure des apports scientifiques aux questions qui ont traversé l’histoire de la philosophie, et en même temps de mettre en lumière le fait que la métaphysique apporte une clarté nouvelle à chacune de ces énigmes. Nous avons choisi dans cette édition de procéder à sa manière. Plutôt que de nous livrer à une simple exégèse ou à un commentaire interne, nous avons d’abord voulu mettre son œuvre en perspective en la resituant dans le contexte scientifique de son époque, qui fournit les clés indispensables pour comprendre sa philosophie. Nous avons également souhaité procéder d’une manière vérita- blement critique, en nous interrogeant certes sur sa réception immédiate, mais aussi, et surtout, sur le rôle qu’elle joue aujourd’hui encore. C’est au présent donc, et en tournant sans complai- sance notre réflexion vers le futur, que nous souhaitons nous adresser au lecteur. Tel est l’esprit des appareils cri- tiques que nous proposons dans les différents volumes de la collection GF consacrés aux œuvres de Bergson : ils entendent moins viser l’exhaustivité et l’érudition que faire surgir les questions en montrant à quel point elles sont encore vivantes, tant pour la philosophie que pour les sciences de notre temps. Paul-Antoine MIQUEL PRÉSENTATION La Pensée et le Mouvant est l’ultime contribution de Bergson à la philosophie. Lorsque paraît ce recueil en 1934, Bergson a presque soixante-quinze ans. Il a alors publié quatre grands ouvrages consacrés à la conscience (Essai sur les données immédiates de la conscience, 1889) 1, à la psychophysique, c’est-à-dire au rapport entre esprit et matière (Matière et mémoire, 1896) 2, à l’élan vital (L’Évo- lution créatrice, 1907) 3, enfin à la morale et à l’expérience mystique (Les Deux Sources de la morale et de la religion, 1932) 4. Depuis longtemps, il projette de réunir des études parfois traduites en plusieurs langues étrangères mais épuisées dans leurs éditions françaises, telle l’« Introduc- tion à la métaphysique ». Un premier recueil d’articles, L’Énergie spirituelle, paraît en 1919. Dans son « Avant- propos », Bergson explique les principes selon lesquels il a choisi de réunir ses études, essais, articles ou conférences : Dans le premier sont groupés des travaux qui portent sur des problèmes déterminés de psychologie et de philosophie. Tous ces problèmes se ramènent à celui de l’énergie spiri- tuelle, titre que nous donnons au livre. Le second volume comprendra les essais relatifs à la méthode 5… 1. Essai sur les données immédiates de la conscience, éd. Emmanuel Picavet, GF-Flammarion, 2013. 2. Matière et mémoire, éd. Denis Forest, GF-Flammarion, 2012. 3. L’Évolution créatrice, éd. Arnaud François, PUF, « Quadrige », 2013. 4. Les Deux Sources de la morale et de la religion, éd. Bruno Karsenti, GF-Flammarion, 2012. 5. « Avant-propos », L’Énergie spirituelle, éd. Frédéric Worms, PUF, « Quadrige », p. V . LA PENSÉE ET LE MOUV ANT 10 La Pensée et le Mouvant n’est autre que ce second volume annoncé en 1919. Cet ouvrage réunit des essais écrits de 1903 à 1930. Près de vingt-sept années séparent l’« Introduction à la métaphysique » rédigée en 1903 du dernier essai écrit, « Le Possible et le Réel 1 ». En dépit de leur étalement dans le temps, les études ici proposées obéissent cependant au principe exprimé en 1919 : elles portent soit sur la méthode philosophique (l’« Introduc- tion », Première et Deuxième partie, « L’Intuition philo- sophique », l’« Introduction à la métaphysique », « Le Possible et le Réel », « La Perception du changement »), soit sur la méthodologie de lecture de philosophes qui ont été importants (« La Philosophie de Claude Ber- nard », « Sur le pragmatisme de William James », « La Vie et l’œuvre de Ravaisson »). L’unité de cette œuvre ne fait donc pas de doute. Il serait même possible de rapporter chacun de ces articles à une question, et l’ensemble de ces questions à un même problème fondamental, celui de la nature de la philoso- phie. Quelle est la méthode véritable de la philosophie ? Que nous fait-elle connaître ? Par quoi commence-t-elle ? Comment doit-on lire un philosophe ? Sur quels para- doxes repose l’histoire de la philosophie depuis Zénon d’Élée ? Pourquoi la philosophie a-t-elle été le lieu de profondes illusions ? La Pensée et le Mouvant ne pose pas d’autre question que celle qu’un philosophe ne peut cerner qu’à la fin de sa vie : quelle est la nécessité de la philosophie ? Que fait-elle que ne fait pas la science ? Quelle est son action propre ? On comprendra que l’auteur expose en dernier un tel questionnement, qui l’accompagna pourtant tout au long de sa réflexion. Au moment de leur écriture en 1922, la Première et la Deuxième partie de l’« Introduction » 1. « Le Possible et le Réel » fut d’abord le texte d’une conférence prononcée à Oxford en 1920 (« La Prévision et la Nouveauté »), repris augmenté pour un article publié en langue suédoise avant qu’il soit enfin donné en langue française en 1934. PRÉSENTATION 11 insérées dans ce recueil se présentaient déjà comme un récapitulatif des positions décisives de Bergson. On y trouvera les fragments épars d’une autobiographie intel- lectuelle : contexte de naissance de sa philosophie, décou- verte du rôle du temps, auteurs qui jouèrent pour lui un rôle prépondérant… Bergson revient sur son parcours, reconstitue son cheminement, parle des moments décisifs de sa pensée : « Nous fûmes conduit devant l’idée de Temps » ; « Nous fûmes très frappé en effet de voir comment le temps réel […] échappe aux mathéma- tiques » ; « Bien vite nous reconnûmes l’insuffisance de la conception associationniste de l’esprit » ; « Telle était la direction préférée où nous nous engagions » 1… Aussi pouvons-nous entendre la voix singulière de Bergson dans le débat philosophique de son temps. Une philosophie postkantienne Bergson appartient à ce fort courant de la philosophie française du XIXe siècle que l’on a nommé « spiritua- liste » par commodité, plus que par souci d’exactitude, tant il recouvre différentes approches du « spirituel ». Toutes les formes de spiritualisme ont cela de commun qu’elles affirment l’indépendance de l’esprit par rapport au corps et à la matière. Elles apparaissent comme une réaction à la domination du paradigme mécanistique qui réduit chaque entité à sa structure matérielle. Maine de Biran, Lachelier, Renouvier, Ravaisson, Tarde… sont les meilleurs représentants de cette tradition spiritualiste. Ils marquèrent profondément Bergson, qui ne manqua pas de leur rendre hommage en diverses occasions. Une philosophie se caractérise toutefois autant par ses affinités que uploads/Philosophie/ notes-sur-l-x27-oeuvre-de-bergson.pdf
Documents similaires










-
37
-
0
-
0
Licence et utilisation
Gratuit pour un usage personnel Attribution requise- Détails
- Publié le Aoû 10, 2021
- Catégorie Philosophy / Philo...
- Langue French
- Taille du fichier 2.5702MB