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Office Central de la Coopération à l’Ecole Association 1901 reconnue d’utilité publique Association départementale OCCE de l'Aisne, 40, rue Pasteur 02700 QUESSY CENTRE Tel : 03 23 57 97 69 - Fax : 03 23 57 98 74 - Courriel : ad02@occe.coop Page 1 sur 32 ORTHOGRAPHE GRAMMAIRE CONJUGAISON Apprentissage de l’orthographe, les modèles théoriques Par Evelyne Charmeux, Formateur IUFM Toulouse, Chercheur associé à l’INRP CONTRAIREMENT A CE QUE L'ON PENSE GENERALEMENT, IL N'EXISTE VRAIMENT QUE DEUX GRANDS MODELES THORIQUES DE L'ORTHOGRAPHE FRANÇAISE, REPOSANT SUR LES DEUX HYPOTHESES SUIVANTES, QUI DEFINISSENT DEUX DIRECTIONS PEDAGOGIQUES : 1) Une hypothèse linguistique qui pose que l'orthographe transcrit majoritairement la prononciation. C'est l'hypothèse choisie par Nina Catach et une majorité de pédagogues. Selon eux, l'orthographe française est organisée en un pluri-système où coexistent des phonogrammes, des morphogrammes, des logogrammes ainsi que des lettres logogrammatiques et quelques lettres hors système. Ainsi présenté, et quel que soit l'intérêt évident de cette hypothèse au plan du fonctionnement de la langue, le système de l'orthographe apparaît fort complexe et fort difficile à "transposer didactiquement", pour reprendre la formule d'Y. Chevallard. ce qui prouverait, s'il en était besoin que la pédagogie ne saurait être une application des recherches fondamentales. La pédagogie est une science à part entière, qui se nourrit des recherches fondamentales, mais qui doit poser ses propres hypothèses. Jean-Pierre Jaffré a tenté cette transposition en utilisant la notion de situations-problèmes en écriture. Voir son ouvrage : " didactiques de l'orthographe" (Hachette Educ. 1992).Une des objections que l'on peut opposer à ce choix est que travailler l'orthographe en situation d'écriture ne semble pas très cohérente au plan pédagogique : quand on est en train d'écrire, il est un peu tard pour apprendre l'orthographe : ce n'est pas au moment où je pars en vacances avec ma voiture que je vais me demander comment et pourquoi on doit changer de vitesses... 2) Une hypothèse pédagogique qui pose que l'orthographe transcrit majoritairement le sens C'est l'hypothèse choisie par quelques équipes de pédagogues, dont Eveline Charmeux, qui considèrent que l'orthographe est organisée en un système analogue à celui qui régit l'ensemble des faits linguistiques, fonctionnant selon deux axes : l'axe vertical des substitutions qui définit un rôle sémantique lexical (le sens des mots : poids / pois) et l'axe horizontal, celui des relations entre les mots, qui définit un rôle sémantique grammatical (un ami sincère / des amis sincères). Ces deux rôles recouvrent (sans le nier pour autant) le rôle de transcription des sons de la langue orale, dont le caractère instable, lié aux variations importantes de la prononciation du français parlé, ne peut être érigé en règles : selon les régions le mot "maison" sera prononcé avec un [E] fermé ou avec un [è] ouvert etc. Une telle hypothèse présente de grands avantages : ce qui est à enseigner apparaît comme très clair : il s'agit des deux rôles que les lettres jouent en français. En fait, enseigner l'orthographe, c'est répondre à la question : "comment la langue française se sert-elle des lettres de son alphabet pour faire comprendre les messages écrits ?". Apprendre l'orthographe devient dès lors une science d'observation, qui s'étudie en situation de lecture et d'observation des écrits qui ont été lus. Sa connaissance se construit par des situations d'observation réfléchie et de manipulations aidées de documentations diverses, des textes qui ont été lus, vers la recherche de constats à ériger en règles provisoires, non généralisables de fonctionnement. Office Central de la Coopération à l’Ecole Association 1901 reconnue d’utilité publique Association départementale OCCE de l' Aisne Page 2 sur 32 La dictée Par Evelyne Charmeux Activité symbolique par excellence de l’orthographe, elle passe, aux yeux d’une bonne moitié des enseignants de français, pour l’unique thérapie dans ce domaine. Et nombreux sont ceux qui pensent que plus elle arrive tôt dans la scolarité des enfants, mieux ce sera. Voici un exemple de ce que cela peut donner au CE1. Eveline Fontaine, c'est moi. J'ai 5 ans... au CE1 !!! Il n'est pas certain que le fait d'avoir eu à écrire tout cela m'ait aidée à maîtriser l'orthographe !! Et malgré mes cinq ans de l'époque, je me souviens encore du chagrin que m' a causé cette note, agrémentée des aigres commentaires de la maîtresse. EN FAIT, LE DICTEE EST DEFENDUE AU NOM DE DEUX GRANDES SERIES D’ARGUMENTS : elle serait un exercice de contrôle indispensable, et même le seul sérieux : la preuve, tous les examens l’utilisent pour connaître le niveau des candidats en orthographe. Elle serait un exercice d’apprentissage de l’orthographe, (voir ci-dessus !) dans la mesure où elle met en jeu la démarche par tâtonnements et erreurs corrigées : au moment de la correction, si celle-ci est menée avec rigueur, les principales caractéristiques de l’orthographe peuvent être acquises. Examinons chacune de ces affirmations. On peut toutefois souligner d’emblée, qu’elles ne peuvent être vraies toutes les deux : impossible d’être à la fois, un moyen d’apprentissage et un moyen d’évaluation : peut-on maigrir avec une balance ou se soigner avec un thermomètre ? * La dictée est-elle un exercice d’évaluation de l'orthographe ? Un exercice d’évaluation est d’abord un instrument de mesure de ce qui a été effectivement acquis. Qui dit “mesure”, dit “étalonnement” précis, par rapport à une référence rigoureusement définie. La dictée, qui est notée par une curieuse opération de soustraction, répond particulièrement mal à l’exigence de mesure : cinq fautes dans une dictée confèrent la note zéro (donc nulle) à une performance qui contient au moins 95% de bon… Peut-on parler d’évaluation en ce cas ?. Quant à mesurer ce qui a été effectivement appris, la dictée en est bien incapable : comment un texte d’auteur, même s’il contient quelques allusions au travail effectué antérieurement, pourrait-il en mesurer les acquis, perdus que sont ceux-ci au milieu de tant d’impondérables extérieurs au travail ? * La dictée peut-elle être un exercice d’apprentissage de l’orthographe ? Certes, la correction des erreurs est le plus souvent la forme la plus efficace d’apprentissage. En mathématiques, par exemple, c’est en remontant le raisonnement effectué par l’élève, qu’on a le plus de chances de l’aider à progresser. Il en est de même pour tous les domaines où la solution est le résultat d’un raisonnement. Comment voulez-vous que la petite élève de 5ans sache comment s'écrit "surveille" ? On peut d'ailleurs considérer que son choix d'écriture ne se défendait pas si mal, probablement liéà des mots appris récemment ... Et comment voulez-vous qu'elle admette que le "ai" qui fut son choix, réinvestissant des savoirs acquis, soit une erreur à corriger ? De quel droit peut-on lui reprocher d'ignorer ce qui n'a pas été enseigné ? De façon plus générale, notre analyse du fonctionnement de l’orthographe a mis en évidence qu’aucun raisonnement ne permet de trouver la graphie de “théâtre”, par exemple, ou de “apéritif”, si on n’a jamais vu ces mots ou si on les a oubliés. Et même si l’on prétend que l’étymologie grecque et latine de ces mots permet de déduire leur orthographe, c’est une affirmation bien discutable. Rien ne peut être déduit ici : Même si je suis assez érudit pour rattacher le mot “théâtre” au grec "théâtron", et le mot “apéritif” au latin aperire (ouvrir), rien ne me permet d’affirmer que c’est vrai, ni que l’orthographe sera “théâtre” et “apéritif”. En fait, le seul raisonnement ici — et qui n’est Office Central de la Coopération à l’Ecole Association 1901 reconnue d’utilité publique Association départementale OCCE de l' Aisne Page 3 sur 32 accessible qu’à ceux qui ont étudié le latin et le grec…— est une recherche de probabilité, et n’a rien à voir avec un raisonnement déductif. Ajoutons que le th- de théâtre n’est pas sa seule difficulté, pas plus que le nombre de –p- d’apéritif. En fin de compte, ce qui tranche, c’est la mémoire visuelle que l’on a ou non de l’image de ces mots. Donc, demander aux enfants de réfléchir pour écrire, c’est commettre une grave confusion, entre réfléchir et… se souvenir, lesquels sont en réalité le contraire l’un de l’autre. Quand il s’agit de se souvenir, aucune réflexion ne peut venir en aide à une mémoire défaillante, chacun le sait bien, pourtant ! Pire, demander à un enfant de réfléchir pour trouver l’orthographe d’un mot, c’est le confirmer dans une représentation erronée du fonctionnement de l’orthographe : on sait, depuis les travaux, notamment d’E.Feirrero qu’un petit enfant pense que les mots doivent ressembler à ce qu’ils veulent dire ; si bien que sa réflexion va naturellement le conduire à imaginer l’orthographe en fonction de cette représentation. Et comme aucun raisonnement ne peut justifier les graphies en usage, la correction des erreurs orthographiques, même parfaitement menée, ne peut guère effacer l’empreinte d’une invention personnelle répondant à une logique, peut-être inadaptée, mais solide dans sa conception. En matière d’orthographe, seule la familiarisation avec l’usage permet la certitude, et l’on peut dire que toute graphie erronée est une entrave à l’acquisition de l’usage. On peut donc affirmer que dans ce domaine, l’erreur, loin d’être fructueuse, a uploads/Philosophie/ orthographe-grammaire-conjugaison.pdf
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- Publié le Jan 19, 2022
- Catégorie Philosophy / Philo...
- Langue French
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