ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES ANNÉE 2000 THÈSE pour l'obtention
ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES ANNÉE 2000 THÈSE pour l'obtention du grade de DOCTEUR DE L'EHESS Discipline : Histoire et civilisations présentée et soutenue publiquement par Anselm Jappe le 29. 5. 2000 LA CRITIQUE DU FÉTICHISME DE LA MARCHANDISE CHEZ MARX ET SES DÉVELOPPEMENTS CHEZ ADORNO ET LUKÁCS Directeur de thèse : M. Nicolas Tertulian JURY M. Jacques Leenhardt M. Michael Löwy M. Nicolas Tertulian M. Jean-Marie Vincent 2 TABLE DES MATIÈRES INTRODUCTION p. 6 PREMIER CHAPITRE MARX ET LE FÉTICHISME p. 23 Le fétichisme comme inversion p. 23 La genèse de la théorie de la valeur chez Marx p. 29 La marchandise comme "cellule germinale" p. 35 L'abstraction réelle et l'universalité abstraite p. 49 La socialisation à travers le travail abstrait p. 61 L'aliénation de la communauté humaine p. 74 Le fétichisme n'est pas une dissimulation p. 82 Le fétichisme dans les œuvres de jeunesse de Marx p. 91 DEUXIÈME CHAPITRE LES MARXISTES ET LA "MARCHANDISE EN SOI" p. 96 Comment les marxistes ont compris la théorie de la valeur p. 96 Où la valeur naît-elle ? p.106 Sohn-Rethel et l'origine de l'abstraction p.114 La valeur est-elle "contenue" dans la marchandise? P.120 TROISIÈME CHAPITRE CONCEPT ET MÉTAPHYSIQUE DE LA SOCIÉTÉ MARCHANDE p. 133 Catégories historiques et catégories logiques p. 133 Marx et le concept hégélien p. 141 Les contradictions réelles de la société marchande p. 150 La nature "métaphysique" de la société marchande p. 155 La "fausseté ontologique" de la société marchande p. 163 La valeur comme "essence" p. 171 3 La valeur comme projection p. 177 Le travail comme torture p. 187 Les tchétchènes et la critique de la valeur p. 194 Pourquoi le capitalisme n'a pas de bornes p. 201 Le travail vivant est-il le pivot de la théorie marxienne ? p. 210 QUATRIÈME CHAPITRE LE FÉTICHISME ET LA VALEUR CHEZ LUKACS ET ADORNO p. 218 La critique de la valeur chez Adorno p. 218 Adorno et la critique du concept d'aliénation p. 228 La domination comme catégorie atemporelle p. 239 Nature et société chez Lukács p. 246 Lukács marxiste p. 254 Le travail comme base de l'histoire p. 259 CINQUIÈME CHAPITRE FIN DE L'ART OU FIN DE LA SOCIÉTÉ? p. 270 Balzac comme objet de controverse p. 270 Lukács et l'homme comme noyau p. 275 Adorno et l'art comme dépassement de l'identité p. 283 Beckett comme objet de controverse p. 293 L'art classique comme critique du capitalisme p. 299 La fin de l'art chez Adorno et Debord p. 304 Les forces productives et les rapports de production dans l'art p. 312 L'invariance des avant-gardes p. 323 Pour conclure : vers une nouvelle théorie de la culture p. 327 BIBLIOGRAPHIE p. 337 4 SIGLES DES ŒUVRES LES PLUS FRÉQUEMMENT CITÉES Tous les détails se trouvent dans la bibliographie finale Toutes les œuvres de Marx sont citées avec un mot du titre. Les plus fréquemment citées sont : Cap. = Capital I-III Grundr. = Grundrisse - Manuscrits de 1857-1858 Théories = Théories sur la plus-value I-III Contr. = Contribution à la critique de l'économie politique Urtext = Fragment de la première version de la "Contribution" Pr. édition = Première édition du premier volume du "Capital" Corr. = Correspondance de Marx et Engels, I-XII Résultats = Un chapitre inédit du Capital En outre, pour toutes les œuvres contenues dans les Marx-Engels-Werke on trouvera un renvoi au numéro de volume et de page (par exemple 3/49). Les œuvres d'autres auteurs les plus fréquemment citées sont: DN = Adorno, Dialectique négative DR= Adorno et Horkheimer, Dialectique de la raison TE = Adorno, Théorie esthétique SS = Adorno, Soziologische Schriften QA = Adorno, De Vienne à Francfort : la querelle allemande des sciences sociales NL = Adorno, Notes sur la littérature MM = Adorno, Minima Moralia MC = Adorno, Modèles critiques HCC = Lukács, Histoire et conscience de classe EÄ = Lukács, Eigenart des Ästhetischen I-II Ont. = Lukács, Ontologie I-II DK = Roubin, Dialektik der Kategorien ETV = Roubin, Études sur la théorie de la valeur SdS = Debord, Société du Spectacle TLS = Postone, Time, Labor and Social Domination AA = Kurz, Abstrakte Arbeit und Sozialismus Toutes les autres œuvres sont citées avec le système auteur-date tr. mod. = traduction modifiée (par nous) 5 INTRODUCTION Dans ses beaux jours, le marxisme semblait bien et bel une science capable de donner des réponses à toutes les questions. Ses principes étaient censés pouvoir s'appliquer à l'économie comme à la sociologie, à l'histoire de la littérature comme à l'histoire ancienne, au droit comme à la philosophie, et parfois même à la cosmologie ou à la biologie. Cependant, à partir de la moitié des années soixante-dix, au plus tard, le marxisme est en crise. Dans le discours dominant, on lui permet de survivre, dans le meilleur des cas, comme une vague aspiration à la justice sociale et comme correctif au triomphe universel du néolibéralisme et du postmodernisme. Mais sa prétention à expliquer le monde n'est plus à l'ordre de jour. Prendre la théorie de Marx comme guide pour s'aventurer dans l'exploration de quelque champ du savoir semble aujourd'hui décidément anachronique. Il est difficile de n'être pas d'accord avec cette dernière affirmation, si l'on la réfère au marxisme traditionnel. Par "marxistes traditionnels" nous entendons tous ceux, qu'ils soient léninistes ou sociaux-démocrates, académiciens ou révolutionnaires, tiers- mondistes ou socialistes "éthiques", etc., pour qui au centre de la théorie marxienne se trouve la notion de conflit de classe, en tant que lutte pour la répartition de l'argent, de la marchandise, de la valeur, sans mettre vraiment en question ces présupposés. Malgré leurs antagonismes parfois meurtriers, tous les marxistes traditionnels partagent ce manque d'approfondissement critique des catégories fondamentales de la socialisation capitaliste. La dénomination "marxistes traditionnels" va donc bien au-delà de la dénomination, déjà fort abusive, de "marxistes orthodoxes"1. Notre travail part du présupposé - que nous cherchons en même temps à démontrer - qu'en effet presque tout le marxisme traditionnel est dépassé, et avec lui également une partie de l'œuvre de Marx elle-même, dont le marxisme traditionnel se réclamait à raison. En outre nous présupposons qu'une partie de l'œuvre de Marx aujourd'hui est plus actuelle que jamais : celle qui analyse le déploiement de la valeur et de sa base, le travail 1Curieusement, Lukács lui-même utilise le terme "marxisme traditionnel" dans un sens plutôt péjoratif, pour désigner les interprètes de Marx qui ont mélangé sa théorie avec différents éléments bourgeois (néo-kantisme, positivisme, etc.) (Ont. I, p. 674). 6 abstrait. Nous présenterons dans leur lignes fondamentales les interprétations de Marx qu'on peut appeler "critique de la valeur", données dans les trente dernières années. Nous ferons aussi allusion à leurs précédents. Par "critique de la valeur" nous entendons les efforts théoriques qui sont centrés sur l'approfondissement critique des catégories comme la valeur et la marchandise. Il ne s'agit nullement d'une "école" ; ce n'est que dans les dix à quinze dernières années que se sont formées des théories qui proposent une interprétation de Marx, et en même temps une analyse de la société, intégralement basées sur une reprise de la critique marxienne de la valeur2. Mais c'est dès les années vingt qu'on trouve, chez certains auteurs, les éléments d'une "critique de la valeur", souvent mélangés à d'autres éléments que nous appellerions "traditionnels" : surtout chez le jeune Lukács, I. Roubin, les auteurs de l'École de Francfort et certains de leurs élèves, mais aussi chez d'autres que nous mentionnerons. La critique de la valeur est donc, en général, issue d'une confrontation avec la pensée hégélienne. Selon nous, elle constitue aujourd'hui la seule façon possible de redonner une place centrale aux idées de Marx. D'une certaine manière, dans notre thèse nous divisons le champ des interprètes de Marx dans ces deux catégories - le "marxisme traditionnel" et la "critique de la valeur" - fort inégales, bien sûr, quant à l'importance historique qu'elles ont eu jusqu'à aujourd'hui. Dans toute la première partie de notre travail - les trois premiers chapitres - nous nous proposons d'établir les grandes lignes d'une interprétation de l'œuvre de Marx en tant que critique du fétichisme de la marchandise, de l'abstraction réelle, du travail abstrait, de la valeur. Cette reconstruction philologique s'appuie surtout sur les œuvres de la maturité de Marx. La distinction entre le fétichisme en tant que phénomène de la conscience et le fétichisme en tant que phénomène réel qui a son fondement dans le travail abstrait et dans la représentation de celui-ci dans la valeur jouera un rôle central. Il s'agit aussi d'une distinction entre abstraction réelle et abstraction conceptuelle. Ainsi, se posent beaucoup de questions : si la dialectique possède une valeur supra-historique, si elle est la description d'un monde "paradoxal" ou "à l'envers", quel serait alors le monde "vrai" qui pourrait constituer le paramètre positif de la critique, quel est le rapport de cette question avec l'ontologie, quel est le statut logique et historique de la contradiction et quelle est la 2Nous pensons surtout aux œuvres de M. Postone, de R. Kurz et des autres auteurs de la revue allemande Krisis uploads/Philosophie/ jappe-anselm-la-critique-du-fetichisme-de-la-marchandise-chez-marx-et-ses-developpements-chez-adorno-et-lukacs-3.pdf
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- Publié le Jan 31, 2022
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