LICENCE 2 SOCIOLOGIE LES COURANTS DE PENSEE CLASSIQUES DE L’ANTHROPOLOGIE Ensei

LICENCE 2 SOCIOLOGIE LES COURANTS DE PENSEE CLASSIQUES DE L’ANTHROPOLOGIE Enseignant concepteur : Pr Lamine NDIAYE LICENCE 2 SOC SUPPORT DE COURS | UVS | 2015 ANTHROPOLOGIE GENERALE ANTHROPOLOGIE GENERALE | LES COURANTS DE PENSEE CLASSIQUES DE L’ANTHROPOLOGIE 2 SUPPORT DE COURS VERSION IMPRIMABLE Version 2.0 Introduction L’anthropologie en tant que discipline scientifique est instituée à la fin du XIXe siècle. Cette époque correspond à un moment où des chercheurs et des savants avancèrent des théories sur l’évolution de l’homme et donc sur la question de l’origine. Pour comprendre cette étape de la pensée anthropologique, nécessité exige que l’on se demande ce qui s’est passé au XIXe siècle. À partir d’une découverte, se situant en 1836, d’une hache par un jeune homme à Abbeville, la pensée ethnologique européenne va se révolutionner. Et, ainsi, les récits ethnographiques deviennent plus intéressants. En 1859, Darwin publie L’Origine de l’espèce et Marx, Critique de l’Économie politique. Même si ces auteurs ne se sont jamais rencontrés, ils ont dit la même chose dans leurs ouvrages. Ils considèrent que la clé de l’anatomie du singe est celle de l’homme. Darwin, avec sa théorie portant sur l’évolution tente de montrer que toutes les espèces ont la même origine, seul le milieu les différencie. Ainsi, s’est posée l’épineuse question scientifique (qui n’est d’ailleurs pas une question scientifique). De là, les problèmes de l’origine sont retrouvés avec l’opposition entre Nature (animal, inné) et Culture (homme, acquis). Le XIXe siècle fait, de ce point de vue, éclore cette idée scientiste, l’idée de progrès donnant naissance à la sociologie. C’est ainsi que l’anthropologie sociale s’oriente vers la compréhension de l’organisation familiale, politique et sociale et se distingue de l’anthropologie culturelle qui s’intéresse davantage à la religion, aux coutumes et aux mœurs (Tylor, Frazer). Selon Robert H. Lowie, anthropologue américain né à Vienne en 1883, considéré comme l’un des maîtres de l’anthropologie américaine, la naissance de l’ethnologie, discipline scientifique, est à situer au XIXe siècle. Ainsi, il dresse les différentes étapes connues par cette discipline au cours de l’histoire. À ce propos, la Préhistoire de l’ethnologie correspond à l’Antiquité, au Moyen-âge et à la Renaissance ; ses premières ambitions sont fixées entre le XVIIIème et le XIXème siècles et son acte de naissance de matière scientifique en 1860. ANTHROPOLOGIE GENERALE | LES COURANTS DE PENSEE CLASSIQUES DE L’ANTHROPOLOGIE 3 SUPPORT DE COURS VERSION IMPRIMABLE Version 2.0 - L’Antiquité : une importance extrême est accordée à la préfiguration d’une science. Avec César, la nécessité de connaître les coutumes et l’administration se fait davantage sentir. Hérodote, père de l’Histoire et même de l’ethnologie, donne naissance au déterminisme géographique. L’Antiquité est caractérisée par un très fort anthropocentrisme selon lequel il existe une seule civilisation, celle de la Grèce antique prise pour être la seule valable. - Le Moyen-Âge : ce qui est la caractéristique principale du Moyen-âge de la préhistoire de l’ethnologie, c’est la création d’une chaire de mongole à la Sorbonne, dès le XIIIe siècle. Les écrits les plus célèbres sont ceux des deux Africains du Nord, Ibn Batouta et Ibn Khaldoum (XIVe s.). Ce dernier est considéré comme étant le père de la sociologie. Ce qui est sûr, c’est qu’il fait partie des sociologues et anthropologues modernes en raison de son souci d’objectivité. - La Renaissance : beaucoup de raisons font que cette étape de l’histoire de l’humanité est importante pour une meilleure compréhension de la pensée ethnologique « moderne ». Des faits sont apparus parmi lesquels il nous faut noter l’éclatement d’un certain cadre de pensée avec la naissance de l’Imprimerie (1436) qui entraîne la diffusion plus facile des connaissances, la vulgarisation d’une pensée scientifique sur l’Occident, la fissure de l’organisation du monde avec Kepler, Copernic valorise le recours à l’expérimentation, à la recherche par opposition aux acquis du dogme, la description d’une autre culture des Indiens d’Amérique. Montaigne, par exemple, va faire référence à ces cultures « nouvelles ». De la sorte, la « vérité » ne se trouve plus dans les livres sacrés mais dans l’expérience et dans la connaissance. L’observation « scientifique » remplace la croyance. - Les premières ambitions : XVIIIe-XIXe siècles. Mungo Park explore l’Afrique. À la fin de ces expéditions à caractère scientifique, l’Europe allait se doter d’une certaine connaissance ethnologique, ce qui a donné naissance à un certain humanisme. Ainsi, se construit, dans le champ de la connaissance, le désir de connaître rationnellement l’autre. ANTHROPOLOGIE GENERALE | LES COURANTS DE PENSEE CLASSIQUES DE L’ANTHROPOLOGIE 4 SUPPORT DE COURS VERSION IMPRIMABLE Version 2.0 C’est cette situation particulière de l’histoire de l’humanité qui a donné naissance à la théorie fondatrice de l’école évolutionniste considérée comme étant le premier courant de pensée de l’anthropologie sociale. 1. L’évolutionnisme Lato sensu, le terme évolutionnisme désigne, en anthropologie, une perspective théorique qui défend l’idée selon laquelle il existe un ordre inhérent à l’histoire de l’humanité. De ce fait, ce courant de pensée se donne pour tâche de mettre en évidence des lois dans l’ordre de succession des faits sociaux et culturels. Dans cette perspective, la théorie évolutionniste s’oppose au diffusionnisme. Mais, il faut préciser que, stricto sensu, le mot « évolutionnisme » désigne, en français, un ensemble de théories conçues dans la deuxième moitié du XIXe siècle afin de mettre en relief les différentes étapes de l’évolution des cultures en se fondant sur la légitimation d’une trajectoire unique de l’histoire des hommes. L’évolutionnisme est considéré comme la première école de l’anthropologie sociale. La théorie évolutionniste a eu à subir les influences de l’époque pendant laquelle elle a été élaborée. Darwin et les biologistes développent l’idée de l’évolution des espèces. Dans le même temps, les théoriciens de l’anthropologie, discipline qui commençait à se faire connaître davantage comme une « jeune science », tentaient d’établir des liens entre les institutions socio-culturelles des peuples étudiés et les débuts de l’évolution de l’humanité. Dans ce contexte, les règles de droit des « peuples sans écriture » vont être opposées à celles des sociétés industrialisées » considérées comme étant plus avancées. Toutefois, il faut souligner que, contrairement à l’idée largement partagée, l’évolutionnisme anthropologique qui serait né de l’évolutionnisme darwinien est un point de vue qui mérite certaines réserves. Même s’il faut reconnaître que Darwin a influencé l’évolutionnisme en anthropologie sur le plan conceptuel, ce qui est sûr, c’est que les deux évolutionnismes sont très différents. L’évolutionnisme anthropologique est d’ailleurs théoriquement plus proche de celui de Lamarck ANTHROPOLOGIE GENERALE | LES COURANTS DE PENSEE CLASSIQUES DE L’ANTHROPOLOGIE 5 SUPPORT DE COURS VERSION IMPRIMABLE Version 2.0 qui défend l’hérédité des caractères acquis que de celui de Darwin qui s’est appesanti davantage sur la variation positive. Celui qui est considéré, à la fois, comme le chef de file de l’évolutionnisme et le père fondateur de l’anthropologie sociale, c’est Lewis Henry Morgan (1818-1881). Avocat de profession à New York, ce dernier conçut l’évolution sociale dans une perspective linéaire qui va du simple au complexe. Contrairement aux idées de déchéance et de dégradation de l’humanité (« l’âge d’or »), l’auteur de Ancient Society proposa une conception optimiste du développement humain. Il défend la thèse selon laquelle les sociétés suivent un mouvement global dont l’évolution passerait par différents stades qui caractériseraient le développement de l’être humain. Il s’agit : - de la sauvagerie, stade inférieur marquée par l’organisation sociale en clans ; - de la barbarie, stade moyen connaissant une organisation en phratries ; - de la civilisation, stade supérieur fonctionnant sous le régime de la tribu. Ainsi, Morgan établit les bases scientifiques de la pensée évolutionniste en proposant les postulats selon lesquels toutes les sociétés humaines évoluent et passent par des phases comparables ; qu’il faut nécessairement « reconstituer » les « différentes étapes de l’évolution des cultures » (voir Duvignaud Jean, Le langage perdu, 1976). Dans cette perspective, à l’exemple de Darwin qui essaie de retracer un prolongement entre les espèces, Morgan développe l’idée selon laquelle il existe une évolution discontinue mais irrésistible entre les sociétés dites « sauvages » et celles qui sont considérées comme étant « civilisées ». En raison d’une documentation ethnographique rare, pour ne pas dire inexistante, Morgan fut obligé de faire de « l’histoire conjecturale » (impossibilité de donner des confirmations). Toutefois, il faut reconnaître qu’il a eu le mérité de constater et d’observer sur le « terrain » des tribus indiennes de l’État de New York (Duvignaud, p. 66), contrairement à la plupart de ses contemporains. La théorie morganienne a eu un apport considérable dans l’étude de l’organisation sociale en s’intéressant à deux aspects classiques et fondamentaux de l’anthropologie : l’aspect parental ANTHROPOLOGIE GENERALE | LES COURANTS DE PENSEE CLASSIQUES DE L’ANTHROPOLOGIE 6 SUPPORT DE COURS VERSION IMPRIMABLE Version 2.0 et domestique (la famille) et l’aspect juridico-politique (lignage, clan). Morgan a fait de la monographie le « modèle » idéal de tout changement humain. Sous ce rapport, il propose une méthode selon laquelle les faits sociaux ne doivent pas être considérés comme séparés les uns des autres mais dans leur interdépendance. Les œuvres les plus représentatives de cette démarche, au XIXe siècle, sont celles uploads/Societe et culture/ cours-anthropologie-generale.pdf

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