VERS UNE PRATIQUE PLURIELLE DU HAUTbOIS Guillaume Hamet Cefedem Rhône-Alpes PRO
VERS UNE PRATIQUE PLURIELLE DU HAUTbOIS Guillaume Hamet Cefedem Rhône-Alpes PROMOTION 2006 / 2008 SOMMAIRE SOMMAIRE p. 1 INTRODUCTION p. 2 I Le hautbois et les hautboïstes dans l'histoire de la musique p. 3 A) Évolution organologique de l'instrument p. 3 1. La Chalemie p. 4 2. Le hautbois baroque p. 5 3. Le hautbois classique p. 7 4. Le hautbois moderne p. 9 conclusion p.10 B) À quoi correspond la pratique des hautboïstes à l'époque ? p.11 1. Médiévale p.11 2. De la Révolution Française p.13 3. Romantique et Moderne p.15 conclusion p.17 II L'organisation de l'école de musique p.18 A) Le cloisonnement par genres musicaux p.18 1. Un instrument pour un type de pratique p.19 2. Une pratique pour un type d'instrument p.20 3. Les procédures dans les autres esthétiques p.21 B) Les cursus p.24 1. Est-il normal d'avoir un projet à la place des élèves ? p.24 2. Qu'est-ce que je propose ? p.26 3. Comment réinventer l'école de musique ? p.27 CONCLUSION GÉNÉRALE p.28 BIBLIOGRAPHIE p.30 1 INTRODUCTION Lors de mon inscription au Conservatoire National de Région de Rouen, j’avais dans l’idée de pratiquer de la batterie jazz. Malheureusement, cette discipline n’existait pas dans cet établissement. Inscrit en hautbois - instrument que je pratiquais depuis de nombreuses années - je demandais à mon professeur s’il était possible de se préparer à l’obtention d’un DEM de hautbois jazz. Il me répondit en substance, que pour être pris au sérieux par mes futurs collègues hautboïstes, il fallait avoir fait ses preuves avec les œuvres canoniques du répertoire. Il serait ensuite envisageable de s’émanciper de cette esthétique d’autant plus facilement que j’aurais réussi à obtenir le « son » classique et les habitudes de travail d’un hautboïste (classique). Ces remarques m’avaient interloqué, mais curieux de maîtriser les grandes œuvres du répertoire, je me préparais et obtenais le DEM de hautbois. Mes pratiques hors de l’institution m’ont conduit à ne jouer que très rarement les pièces pour lequel j’avais été formé, l’essentiel des représentations auxquelles je participe étant répertoriées dans l’esthétique des musiques actuelles amplifiées. Il m’est apparu important, dans le cadre de ce mémoire et des recherches que sa réalisation suppose, de revenir sur cette question : est-il possible d’apprendre le hautbois sans aborder le répertoire qui lui est traditionnellement attribué dans le cadre de son enseignement dans l’institution ? Le propos ne sera donc pas de condamner des pratiques pédagogiques mais bien d’analyser le lien entre le répertoire enseigné, qui se rapporte à l’histoire de l’instrument et aux mondes de l’art qui s’y sont agglomérés, et le répertoire dans lequel l’élève souhaite évoluer. Mes expériences m’ont amené à croiser des autodidactes : des trompettistes, des saxophonistes, des guitaristes, des pianistes… entre autre. Jamais je n’ai rencontré quelqu’un qui jouait du hautbois dans un ensemble, qui n’avait pas pris de cours dans une institution. Il m’est arrivé de faire connaissance avec des gens qui, au gré de bonnes affaires ou de legs possédaient un hautbois, mais aucun d’entre eux ne l’utilisait pour jouer en public. A ma connaissance, il y a Yussef Lateef, jazzman noir américain de la génération de Miles Davis, qui a utilisé le hautbois au même titre que le saxophone soprano ou la flûte traversière dans ses albums (exemple : Rasheed) et qui n’a pas pris de cours dans une institution. Le son et le phrasé ne correspondent pas à l’esthétique canonique des hautboïstes, Yussef Lateef, jazzman, soliste multi-instrumentiste, peut-il être considéré comme un hautboïste ? Malgré l’ouverture d’esprit et l’intérêt qu’ils semblaient porter à mes pratiques, mes différents professeurs d’instrument m’ont formé à devenir un hautboïste de l’orchestre. Était-ce un choix pédagogique de leur part ? une orientation de l’institution ? ou une habitude ? Dans un premier temps, je tenterai d’analyser ce que l’on entend communément par « hautbois classique » et ce que cela implique dans son enseignement. Dans un deuxième temps, je proposerai une analyse de l'organisation de l'école de musique et tenterai de présenter des propositions menant à un enseignement instrumental qui pourrait permettre à un élève de s’approprier l’instrument de son choix, non pas comme un rôle spécifique à tenir dans un contexte particulier, mais comme un vecteur artistique. Mon objectif principal est de permettre au lecteur de s’interroger sur les finalités de l’école de musique, des dispositifs et de la place qu’elle propose à ses élèves. 2 I. Le hautbois et les hautboïstes dans l'histoire de la musique Le hautbois a connu différentes formes selon les époques. Instrument de prédilection des ménestrels, il était omniprésent dans les manifestations musicales données à l'extérieur, qui étaient nombreuses entre le XVème et le XVIIème siècle. À l'origine relativement simple, sa facture s'est progressivement compliquée. Ces ajouts ont répondu à des exigences musicales différentes selon les époques. D'autre part, les occasions pour les hautboïstes de pratiquer leur art sont devenues de moins en moins diversifiées. Intégrés à l'académie royale fondée par Louis XIV, malmenés lors de la création du Conservatoire de Paris (1795) ils ont dû se conformer aux exigences de ces institutions afin de conserver leur rôle dans la musique savante occidentale. Le violon quant à lui, n'a pas subi autant de modifications organologiques au cours de l'histoire. Pratiqué dès son origine dans la musique à danser, il ne quittera jamais ce rôle dans les musiques traditionnelles. Intégré lui aussi à la « grande musique1 », l'instrument en subira quelques effets. L'orientation du manche, le développement de la caisse de résonance modifieront les techniques de jeu des violonistes, mais ces derniers conserveront l'essentiel des caractéristiques de l'instrument. C'est d'ailleurs, à quelques exceptions près, le même instrument qui sera utilisé dans la musique traditionnelle et plus tard dans le jazz ou les musiques actuelles. Tandis que le violon est utilisé sous une forme identique d'une région à une autre, d'une culture à une autre, le hautbois moderne est très différent des multiples hautbois traditionnels existant encore actuellement. Les hautboïstes formés au conservatoire, s'ils ne sont pas issus d'une région de France dans laquelle on pratique l'instrument traditionnel (la graille, la bombarde, le clari ou d'autres) n'auront pas l'occasion, dans le cadre de leur formation, de s'intéresser à une approche différente de leur instrument et donc d'inventer de nouvelles manières d'appréhender leur pratique. Leurs homonymes traditionnels, formés dans un contexte oral avec un maître, souvent plus âgé détenant une certaine authenticité dans la pratique, ont également des difficultés à s'émanciper du genre dans lequel ils ont évolué. En effet, comment chercher à découvrir d'autres procédures, lorsque l'enseignement porte sur un type, plus ou moins exclusif, de pratique ? Dans cette première partie, nous tenterons de comprendre quelles ont été les évolutions organologiques qui ont conduit à l'émergence d'une discipline appelée « hautbois classique ».2 Puis nous nous intéresserons à l'évolution des pratiques des hautboïstes. A)Évolution organologique de l'instrument La forme actuelle de l’instrument que l’on désigne sous le terme de hautbois est issu, à quelques détails près, du hautbois utilisé dans les orchestres à partir de 18813. Le hautbois utilisé à l’époque de Mozart, pour la création du concerto par exemple, est proche de l’instrument utilisé pour les cantates de Bach. Il y a moins de différences entre le hautbois baroque, utilisé par les instrumentistes qui jouaient à l’époque de Bach, et le hautbois classique qu’entre ce dernier et le hautbois « moderne4 » possédant un système de clés. En français, on utilise le mot « hautbois » pour 1 Nous entendons par là, pour aller vite et succinctement, car le mémoire traite de l'enseignement, la musique qui sera enseignée au Conservatoire de Paris à partir de 1795. 2 Telle qu'elle est identifiée par l'enseignement dans les conservatoires. 3 « The oboe used in symphony orchestras today, for instance, has scarcely changed since 1881 ; it has changed less since then than the hautboy changed in twenty-year period during the eighteen century. » Bruce Haynes in The End of the Early Music, p. 29, Oxford University Press, 2007. 4 Désigne l'instrument utilisé actuellement dans les orchestres symphoniques. 3 désigner tous les instruments qui ont jalonnés l’histoire organologique du hautbois que nous connaissons actuellement. Or cet instrument à connu plusieurs formes qu’il semble important de distinguer. 1. La Chalemie Avec notre regard contemporain, nous nommons « chalemie » tous les instruments coniques, plus ou moins longs et à anche double de la Renaissance. Ces instruments, dont l’anche est protégée dans un cylindre de bois appelé « pirouette », étaient utilisés dans les ensembles de ménétriers jouant dans les plus grandes cours seigneuriales de la fin du XIVème siècle et plus particulièrement au XVème siècle.5 Planche 1 : Différents éléments de la musette à soufflet. Marin Mersenne in Harmonie Universelle, fac-simile de l'édition annotée de 1636, éd. CNRS, Paris 1963. « Instrument de musiciens-serviteurs à la disposition des chevaliers, des seigneurs et des rois, le hautbois possède un « service » particulièrement chargé qui le fait intervenir dans l’animation des tournois et autres jeux guerriers, ainsi que dans une grande partie de la ritualisation de la uploads/s3/ hamet-hautbois.pdf
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- Publié le Nov 30, 2022
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