Louis Panier - Sémiotique - Fiche présentation - 2009 1 LA SÉMIOTIQUE DISCURSIV
Louis Panier - Sémiotique - Fiche présentation - 2009 1 LA SÉMIOTIQUE DISCURSIVE UNE ANALYSE DE LA SIGNIFICATION ET DE SES FONCTIONNEMENTS UNE PRATIQUE DE LA LECTURE DES TEXTES Définitions La sémiotique est une pratique scientifique qui vise à décrire la signification telle qu'elle se manifeste dans des textes, des images, des pratiques sociales, des constructions architecturales, etc... considérés comme des discours. Le sens est un effet dont on va chercher à décrire les conditions d'émergence et d'organisation. Lire un texte, en sémiotique, c'est construire et proposer une organisation cohérente du sens manifesté. La théorie et la méthodologie sémiotique proposent des procédures de construction du sens au service de la lecture et de l'interprétation. Distinctions Du système des signes à la sémiotique du discours. On doit à F. de Saussure la définition du signe linguistique, de ses constituants (Signifié / Signifiant) et de l’organisation des signes en système : la valeur des signes se détermine dans un système (« la langue est un système de signes »). Il appartient à la sémiologie, selon Saussure, d’étudier « la vie des signes dans la vie sociale », et de décrire les systèmes de signes et les types de relations entre Signifiant et Signifié (codes) qui constituent les signes à l’intérieur des systèmes. Hjelmslev élargit cette perspective en définissant un langage comme la double présupposition entre un plan de l’expression et un plan du contenu, chacun des deux plans du langage pouvant être analysé en forme et substance. Les langages sont réalisés dans des textes qui sont les grandeurs empiriques attestées à partir desquelles les discours peuvent être construits comme des ensembles signifiants. À la suite de Benveniste, on peut parler de « discours » pour souligner que les textes sont relatifs à des actes d’énonciation par lesquels les langages sont mis en œuvre, mais à cause desquels les unités constitutives des langages sont redéfinies dans leur statut et dans leurs modalités de signification. La sémiotique textuelle, en tant qu’elle a affaire à des œuvres attestées, est intéressée par les marques et les effets de cette énonciation en acte qui transforme le statut des unités constitutives du langage. Louis Panier - Sémiotique - Fiche présentation - 2009 2 Postulats Cette construction obéit à des postulats qui définissent le champ de validité (de pertinence) de l’analyse sémiotique pratiquée. Un principe d'immanence : S’intéressant à rendre compte de façon cohérente de la signification manifestée dans les textes, la sémiotique ne prend pas comme point de départ les conditions empiriques de la communication du texte (ou du discours) posant que la possibilité de la communication présuppose la signification. On ne cherchera donc pas d'emblée le sens d'un texte dans la pensée ou les intentions (vouloir dire) de son auteur, ni dans la réalité du monde dont il est censé parler ou qu’il est censé représenter. Mais on s'intéressera aux conditions d'organisation du langage : la sémiotique appartient aux sciences du langage et aux sciences sociales. Pour la sémiotique, un texte n'est pas seulement le support, le médium, de la communication d'un message ou d'une information, il est la manifestation d'une signification immanente et articulée. Ainsi conçu, le texte correspond à une globalité de sens, à un tout de signification, dont il convient de décrire les articulations. L’objectif de la lecture sémiotique est justement de rendre compte de cette globalité, d’en développer la cohérence. Parler de principe d’immanence, ou de clôture, c’est définir, délimiter, le texte comme l’objet sur lequel porteront les opérations de description et les constructions de cohérence. Introduire avec le texte l’auteur et les procès de communication, ce serait se donner un autre objet d’étude. C’est à partir de cette approche immanente de la signification que l’on abordera en sémiotique les questions de la lecture, de la communication et de la pragmatique des textes. C’est à partir du texte que l’on pourra décrire les axes de l’énonciation. Un principe structural « Ce qui se perçoit comme sens se décrit comme forme ». On pose que le sens (que nous percevons) peut s'analyser et se décrire comme un effet de différences. Un élément singulier (/haut/, /pauvre/, /bleu/...) ne fait sens que si l'on peut l'articuler à d'autres éléments dans un système de différences. On appellera structure l'ensemble cohérent et réglé de ces différences, telles qu’elles sont construites par ce texte singulier que l’on analyse. La sémiotique s'intéresse à l'organisation du sens, aux formes de son organisation, elle cherche à construire, à différents niveaux, des systèmes de différences en lien avec la praxis énonciative qui les met en oeuvre. Mais on s’intéressera aussi aux transformations de ces structures, il s’agit d’un structuralisme dynamique. Un principe d'énonciation Tout texte dans sa singularité est le produit d'une énonciation, d'un ensemble de procédures qui ont donné lieu à cette « œuvre ». Tout texte, en tant qu'il manifeste une signification articulée et singulièrement mise en discours, témoigne d'un acte d'énonciation, d'une compétence mise en œuvre pour faire du sens avec le langage. Mais cette instance est nécessairement absente de l’énoncé qui la présuppose et qui n’en porte que des traces. En sémiotique, l’énonciation (et les instances qu'elle suppose : énonciateur - énonciataire) ne doit donc pas être confondue avec la communication (transmission) d'un message préalablement pensé : l'énonciation est un acte de structuration du sens et de position d’un sujet dans le discours. Et cela bien sûr concerne aussi le lecteur qui fait lui aussi (lui d’abord ?) acte d'énonciation en construisant le texte comme un tout cohérent de signification. Pour l'énonciateur comme pour Louis Panier - Sémiotique - Fiche présentation - 2009 3 l'énonciataire, c'est dans l'acte de discours, dans la mise en œuvre des structures du langage que s'instaure une position de sujet (de l'énonciation). La forme du contenu et ses niveaux d'articulation. L'analyse sémiotique consiste à décrire la forme du sens donc à repérer des différences, des relations entre des termes, à mesurer ces différences, à préciser sur quoi elles portent et à saisir et à nommer les valeurs qu’elles sélectionnent entre éléments différenciés. Le repérage des différences à l'intérieur du contenu d'un texte considéré comme un tout de signification (une totalité structurée) suppose que l’on définisse plusieurs niveaux ou paliers d'articulation : - le niveau discursif : tout texte convoque à partir de configurations discursives disponibles, des éléments figuratifs (des acteurs dans des espaces et dans des temps), et les dispose de façon particulière pour les mettre en scène (en discours). Mais ces éléments figuratifs ne sont pas là seulement pour représenter (donner à "voir" et à imaginer) un monde (fictif ou réel) et produire une « impression référentielle ». Une fois disposés et articulés par le texte, ils contribuent à dessiner une forme figurative (ou discursive) du contenu. Pour la lecture, il s’agira de repérer comment le texte articule des dispositifs actoriels, temporels et spatiaux et de décrire les structures sémantiques ainsi constituées. - le niveau narratif : tout texte raconte, organise dans une succession, des situations et des actions qui les transforment, supposant des rôles et des fonctions tenus par des acteurs. On décrira ces successions d'actions, et les rôles (ou les fonctions) qu'elles présupposent sur la base d'une "grammaire narrative" qui fournit les modèles fondamentaux de la syntaxe narrative. L’analyse des structures modales qui caractérisent les rôles permet de décrire l’instauration et les évolutions des actants dans la succession du parcours narratif. Tout récit s'organise autour de programmes d’action, d'enjeux, ou de quêtes, qui développent et mettent en forme (narrative) dans le texte des valeurs et des systèmes de valeurs. Il y a ainsi une syntaxe narrative et une sémantique narrative. - Le niveau énonciatif : tout texte suppose une « instance d’énonciation », une position à partir de laquelle les éléments narratifs et figuratifs sont disposés et mesurés. Cette instance n’apparaît pas comme telle dans le texte – elle est toujours présupposée. Mais on peut observer dans les textes des actes d’énonciation représentés (énonciation énoncée) et un jeu parfois subtil (débrayage – embrayage) des sujets de la parole ou de l’interprétation, des points de vue (narrateur ou personnages) qui seront envisagés comme des « délégués » de l’instance d’énonciation qui se diffracte ainsi dans le texte énoncé. Louis Panier - Sémiotique - Fiche présentation - 2009 4 Quelques données pour l’analyse Analyse du niveau discursif À ce niveau, le texte est observé comme un agencement de figures (ou de grandeurs figuratives) disposées en parcours et dont l'articulation spécifique détermine les valeurs (thématiques). Grandeurs figuratives. On appelle « grandeur figurative » un élément du contenu déterminé et reconnaissable dans un texte, et qui a des correspondants hors du texte, soit dans le "monde" (réel ou fictif) auquel renvoie le texte, soit dans d'autres textes. Arbre, maison, fée, colère... sont des figures de contenu reconnaissables dans les textes quels que soient les mots divers qui les expriment, mais leur signification (valeur) est définie dans le contexte (parcours et dispositifs figuratifs) où le discours les place. « Le concept sémiotique de figurativité a été étendu à tous les langages,!verbaux comme non verbaux, pour désigner uploads/Management/ panier-intro-semiotique.pdf
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- Publié le Oct 03, 2022
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