KARAM – Y – CLOVIS ADONAI ESSAI DE MYTHOCRITIQUE SUR LES TRADITIONS ANCIENNES E
KARAM – Y – CLOVIS ADONAI ESSAI DE MYTHOCRITIQUE SUR LES TRADITIONS ANCIENNES ET MODERNES DU MYTHE D’ADONIS THESE DE DOCTORAT DE 3ème CYCLE Présenté à LA FACULTE DE PHILOSOPHIE DE L’UNIVERSITE JEAN MOULIN LYON III THESE DIRIGEE PAR Mr. F. TRICAUD LYON JUIN 1982 © Copyright 2008 © Copyright 2008 1 PLAN GENERAL CHAPITRE PREMIER: LE MYTHE DU SEMITE. CHAPITRE DEUXIEME : LE MYTHE D'ADONIS DANS LES TRADITIONS ANCIENNES ET MODERNES. CHAPITRE TRQIXIEME : INTRODUCTION A UNE MYTHO-CRITIQOE, CHAPITRE QUATRIEME : GAN-ADON EST-IL GAN-EDEN LE PARADIS PERDU ? © Copyright 2008 2 AVANT-PROPOS L'automne 1980, un groupe d'étudiants s'est consacré, sous la direction de Mme Gagüebin, professeur à Lyon III, à l'étude de la "psychocritique". Elle m'avait chargé, en tant qu'étudiant de philosophie religieuse, de donner une interprétation d'un petit paragraphe traitant du "mythe d'Adonis". Les problèmes, que fit surgir la comparaison de ce texte avec d'autres sources1, éveillèrent en moi le désir de présenter une analyse critique de ces traditions. J'ai donc décidé de faire de cette analyse ma thèse de doctorat. Cette intention rencontra l'approbation de M. F. Tricaud, professeur à Lyon III, qui m'a initié aux études de la philosophie de la religion et, sous sa direction, j'entrepris cette tâche. C'est tout d'abord lui que je tiens à remercier. Il a toujours témoigné un intérêt particulier pour la marche de mon travail et m'a encouragé de plusieurs manières. Ma reconnaissance à mon épouse qui a revu le manuscrit et à mes chers parents qui m'ont soutenu tout au long de mes recherches, © Copyright 2008 3 Introduction générale De quelle façon devrions-nous lire un mythe, en particulier un mythe comme celui d'Adonis ? Voilà l'objet principal du présent essai. Pour y parvenir, nous avons trouvé nécessaire d'analyser, dans le premier chapitre de notre thèse, la "physionomie générale des religions sémitiques" au coeur desquelles la religion cananéo-phénicienne tient une place privilégiée. Nous y redécouvrirons son "monothéisme primitif", tant contesté par les sémiologues, mais confirmé par les découvertes archéologiques et épigraphiques récentes. On saurait assez peu de choses sur la religion cananéo-phénicienne si un paysan, en labourant son champ, n'avait découvert par hasard - en 1928 - les vestiges d'une ville au Ile millénaire, qui se nommait Ougarit. Cette cité est située sur la côte Syrienne, au lieu-dit Ras-shanra, à 1 km des falaises blanches de Minet el-Beida, au nord de lattaquié. Fouillé par l'archéologue français Schaeffer, le site a livré les restes d'un des plus vastes palais du monde antique, d'une acropole portant des temples dédiés aux dieux Baal et Sagan, et surtout un grand nombre de textes rédigés dans une écriture nouvelle (proto-phénicienne), basée sur un alphabet de 30 signes seulement (l'écriture assyro-babylonienne comptait alors plus de 500 signes désignant une ou plusieurs syllabes). C'est de ces 30 signes que les phéniciens devaient, plus tard, tirer les 22 signes très simplifiés de l'alphabet qui engendra tous les autres alphabets utilisés du Proche-Orient à l'Atlantique. Ces textes sont des poèmes, fondés sur un rythme cadencé et destinés à être chantés ou récités lors des cérémonies culturelles. Ils renseignent avec précision sur les cultes pratiqués à Ougarit, dont on peut penser qu'ils reflètent assez fidèlement ceux des Cananéens en général2. Si les textes d'Ougarit3 ont révélé une forme primitive intéressante du mythe d'Adonis, autre réplique de Baal, entre l'époque de la composition de ces textes et les premiers témoignages sur Adonis, plusieurs siècles se sont écoulés. Durant cette période, le mythe a subi de grandes modifications et le personnage central n'a pas toujours occupé le même rang. Le mythe de la "végétation" d’Ougarit devient, plus tard, le mythe de Byblos, mais les chaînons intermédiaires sont insuffisants pour retracer la ligne historique de son évolution. Néanmoins, d'importantes séquences de la forme primitive du mythe (si on peut appeler ainsi le texte d'Ougarit) annonçant quelques traits du mythe d'Adonis plus tardivement documenté. C'est l'objet de notre douzième chapitre intitulé "Les traditions anciennes et modernes du mythe d'Adonis". Dans le troisième chapitre, nous avons proposé une "introduction à une philosophie mytho-critique". Pour ne pas nous perdre dans l'enchevêtrement des © Copyright 2008 4 théories de la mythologie, nous avons pris pour fil conducteur la classification proposée par le philosophe romantique allemand F. W. Schelling, dont les analyses, après cent cinquante ans presque, ne semblent guère avoir été dépassées. Schelling, dans son livre "Introduction à la philosophie d'e la mythologie"4, répartit les positions philosophiques relatives à la mythologie en trois groupes, selon qu'elles refusent toute valeur de vérité à cette manifestation du génie humain, qu'elles lui concèdent une vérité indirecte et extérieure ou, enfin, qu'elles lui accordent une vérité intrinsèque et immédiate. Tel sera le plan de notre investigation, quitte à compléter l'inventaire de Schelling par les tendances doctrinales qu'il a méconnues. Dans le dernier chapitre, centré sur l'étymologie "Gan-Adon = Gran-Eden = Jardins d'Adonis", nous quittons les sentiers battus de la mythologie phénicienne, le mirage s'efface de ce dieu transplanté sur le sol grec, auquel on nous avait accoutumés et dont les historiens des religions, au tournant du siècle, croyaient avoir exploré les derniers aspects sans y rencontrer jamais d'autres formes, d'autres espèces que celles dont ils avaient ailleurs déjà fixé l'inventaire : la végétation mourant et ressuscitant chaque année, le réveil printanier des forces de la nature endormies dans le froid sommeil hivernal ou consumées sous l'ardeur du soleil d'été. A la place de cette théorie, deux autres nous ont davantage intéressé. La première est celle selon laquelle la mythologie païenne (ici phénicienne) devrait être tenue pour un plagiat caricatural des vérités de la révélation juive. Les tenants de cette théorie du plagiat, Samuel Bochart et son disciple Daniel Huet, évêque d'Avrauche5, s'inspirent d'un souci apolégétique ; ils pensent affermir les positions chrétiennes, en travaillant à établir que les formes religieuses, qui paraissent les plus éloignées, procèdent, en réalité, du même point de départ, altérées par une interprétation "insensée", et s'y ramènent donc en quelque manière ; c'est dans un sens analogue que Chesterton a pu voir, dans les idéologies socialistes du XXe siècle, des idées chrétiennes devenues folles. Certes, ce n'est point une apolégétique que nous visons quand nous étudions le mythe et le rite d'Adonis à la lumière de cette théorie, mais plutôt c'est qu'elle nous permet, cette fois-ci, de mener l'enquête sur la mythologie phénicienne dans le domaine proprement sémitique. Par ce biais et par les "solutions" que notre essai propose, nous ne prétendons pas clore les anciens débats à propos d'Adonis. Mais notre travail modifie, en quelque sorte, le champ des perspectives traditionnelles et fait naître de nouvelles interrogations. Il serait, sans doute, nécessaire de ne plus limiter l'enquête à une analyse de type frazérien ou autre mais plutôt de rechercher, du côté de l'"Histoire" et de l'école mythologique issue de Schelling, comment un peuple s'est formé ses © Copyright 2008 5 figures inoubliables, ses archétypes, et dans quelles conditions vit-il s'opérer le passage du symbolisme naturaliste au symbolisme eschatologique ? S'il est vrai que dans "la psyché de chaque libanais il y a un Adonis qui sommeille"6 qu'en est-il alors de ce "soupir étrange"7 qui traverse tous les "hymnes but le paradis perdu" de St Ephrem et qui ne cesse de mouvoir toute l'âme sémitique ? © Copyright 2008 6 Chapitre I LE MYTHE DU SEMITE Si le monde sémitique8 nous est bien connu aujourd'hui c'est grâce à quelques savants illustres, comme Renan (1825-1892). Sa grandeur est d'avoir, pour la première fois en France, désacralisé les recherches bibliques et fondé l'exégèse laïque. Son essai sur l'origine du langage (1848) et son histoire générale des langues sémitiques (1855) l'ont préparé à construire le monument qui devait occuper toute sa vie ; l'histoire des origines du Christianisme avec son nécessaire complément, l'histoire du peuple d'Israël. Son séjour à Beyrouth de 1860-1861, dont il exposa les résultats dans la mission de Phénicie, cristallisa son projet d'une Vie de Jésus, qu'il commença à rédiger en 1861. Ce qui nous intéresse chez Renan, c'est surtout sa méthode. En effet, Renan se propose une étude d'embryogenèse. Il estime, en ouvre, que les faits, incomplètement connaissables, requièrent de l'historien une sorte de "divination" qui supplée à la pénurie des sources. L'historien, selon lui, doit retenir, au besoin, les légendes qui montrent "sinon comment les choses se sont passées, du moins comment on les conçut". Son oeuvre d'historien est positiviste par son présupposé constant, que "tout dans l'histoire a son explication humaine", et l'essentielle qualité de l'historien est "le sentiment des choses primitives, la souplesse qui fait deviner et sentir des états d'âmes". Ainsi, chez Renan, la réflexion du moraliste vient-elle donner un sens profondément humain à son oeuvre de savant et d'historien9. L'appelation "sémitique" fut choisie par référence au "tableau des peuples" de la Genèse10, où Sem, fils de Noë, est donné comme le père d'Aram et l'ascendant d'Eber, éponyme des Hébreux, ainsi que de Yoqtan, ancêtre de diverses populations d'Arabie. Cela est purement conventionnel, puisque le texte biblique range, parmi les descendants de Sem, les Elamites et les Lydiens, dont les uploads/Philosophie/ adonai-essai-mythocritique.pdf
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- Publié le Jui 17, 2022
- Catégorie Philosophy / Philo...
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