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13/03/2018 L'intérêt du jeu https://www.philosorgues.fr/index.php/16-philosophie/presentation-thematique/68-l-interet-du-jeu 1/6 L’intérêt du jeu. Conférence donnée par Pierre Pasquini dans le cadre des rencontres de Philo Sorgues. Texte intégral. Le jeu est difficile à définir. Comme le remarque Wittgenstein (Investigations philosophiques), il consiste en une multiplicité d’activités si différentes e qu’il parait impossible d’en extraire des traits communs. Il y a des affinités entre certains groupes de jeux (jeux de damiers, jeux de cartes, jeux de balle traits communs sont difficiles à trouver. Le divertissement (les échecs ?) ; la compétition (la marelle ?), les règles (un enfant qui joue à la balle contre u Nous aurons l’occasion de revenir sur ce critère). On pourrait peut-être creuser ces critères, mais il est certain que les points communs ne sautent pas a n’est pas du côté de la simple description que l’on peut trouver les points communs aux jeux. Et pourtant, non seulement on continue à utiliser le mêm de plus c’est le même pour l’enfant et l’adulte. L’importance des jeux est flagrante dans toutes les sociétés et la nôtre n’y échappe pas. Qu’il suffise de p « Française des jeux », une des entreprises nationales les plus prospères, qui ne représente pourtant qu’une catégorie bien particulière de jeux, mais à rapportent de façon régulière, parfois quotidienne, un grand nombre de citoyens. On commence à jouer étant enfant. Le jeu est alors une activité princ l’adulte ne l’abandonne pas, loin de là. Il peut même constituer une part importante de son existence. Or, le jeu, par définition, n’est pas la réalité. Que l’intérêt de continuer à s’y adonner ? Peut-on encore parler du jeu en général ? Pour comprendre l’intérêt du jeu, en gardant le singulier, il faut sans do s’éloigner de la description des jeux et en examiner le fondement, ce que nous allons faire avec l’aide d’Aristote, pour dégager ensuite quelques problèm permettront de voir un peu mieux de quoi le jeu est porteur, et pourquoi on peut lui attacher autant d’intérêt. 1.Le jeu et la vertu La mention du jeu se retrouve dans deux livres d’Aristote, là où on ne s’attendrait pas forcément à la trouver : dans un livre consacré à la conduite de l’ aux valeurs qui s’y attachent, l’Ethique à Nicomaque, et dans son grand ouvrage politique, Les politiques. Dans l’Ethique à Nicomaque, la première me se trouve dans un passage consacré au bonheur. Mais cela ne veut pas dire que la question est de savoir si le jeu rend heureux ! Voyons comment Arist jeu en partant du bonheur. Il expose d’abord la principale caractéristique du bonheur, qui est d’être à lui-même sa propre fin. Je recherche la gloire, la l’argent, etc… pour être heureux (en supposant que l’argent par exemple fait le bonheur, ce qui est une autre question), mais je ne cherche pas à être he autre chose. Le bonheur est le but ultime. « Il est évident qu’il faut ranger le bonheur parmi les activités appréciables par elles-mêmes et non parmi cel recherche en raison d’une autre chose, car le bonheur ne manque de rien et se suffit à lui-même ». Le bonheur montre la vertu de celui qui est heureux, au sens qu’Aristote donne au mot vertu, c’est-à-dire capacité d’agir en vue du bien. La principale caractéristique du bonheur, et de la vertu qui l’accompagne, est d’être à lui-même son propre but. Or, remarque Aristote, il n’y a qu’une autre activité h puisse lui être comparée sur ce terrain, c’est-à-dire d’être à elle-même sa propre fin, et c’est le jeu. Le jeu n’a d’autre fin que lui-même : je joue pour jou du jeu est sa propre continuation. La même activité peut donc être considérée ou non comme un jeu, suivant qu’elle est ou non sa propre fin. Prenons l poker. Si, à une table de poker, l’un des participants ne recherche que l’excitation et le suspense qu’apportent chacune des parties, il s’agit bien d’un jeu de faire des parties de poker. Chaque partie ouvre sur la suivante. Si en revanche il y a à la même table ce que l’on appelle (mais c’est un oxymore) un j professionnel, pour lui le poker n’est pas un jeu, c’est un travail. Il vise le gain, comme dans tout travail qui ne se prend pas pour fin mais vise une rém financière. On peut penser qu’il va s’arrêter une fois obtenue la somme qu’il s’est fixé, et qu’il risquerait de perdre. Chez lui, le jeu est un moyen pour u l’argent, chez l’autre l’argent est un moyen pour continuer à jouer. Il y a des jeux de cartes, et des parties de cartes où on ne joue plus, en quelque sorte comme les autres, peut être ou ne pas être un jeu. De même, le bridge peut être un jeu de cartes ou un mode de sociabilité. Ce n’est pas tout à fait la mê jouer pour jouer ou pour se faire des amis, puisque dans un cas la finalité est dans le jeu, dans l’autre hors du jeu. En pratique, la distinction est claire, de soi qu’une personne peut passer d’une pratique à l’autre. Commencer par exemple par jouer dans le but de gagner et puis, comme on dit, se prendre vaudrait mieux dire « être pris par le jeu »), et jouer pour jouer. De plus, le jeu ne produit rien. Il est une pure activité, une praxis dit Aristote, contrairement aux activités créatrices qu’il appelle des poesis. Le résulta en fonction du jeu, et non l’inverse. On peut le comprendre en voyant la différence entre un jeu de construction, comme le lego, et une maquette. Pour sont-ils un jeu de construction, et pourquoi une maquette semble-t-elle beaucoup moins être un jeu ? Pas à cause du sérieux de l’activité, car l’applicat la même. Il y a un air de famille incontestable entre les deux activités, mais une différence fondamentale : la colle. Les legos ne sont pas collés. On prod chose faite pour être déconstruite et donner place à d’autres constructions. Ce jeu de construction est aussi un jeu de déconstruction. On ne vise pas en qu’on construit, on vise à construire. Le maquettiste, lui, vise à produire un objet achevé par la colle qui va lier les objets. C’est la maquette qui est visé poesis. Les lego, c’est une praxis. On peut d’ailleurs voir une évolution dans les legos, en fonction de l’âge auquel ils s’adressent, et cette évolution n’au 13/03/2018 L'intérêt du jeu https://www.philosorgues.fr/index.php/16-philosophie/presentation-thematique/68-l-interet-du-jeu 2/6 déplu à Aristote. Plus l’âge avance et plus ils se complexifient. Les derniers, les lego technic, sont des constructions complexes et on ne peut pas vraime plusieurs choses avec les pièces. On se rapproche de la maquette, même s’il n’y a toujours pas de colle. Revenons à la définition du bonheur et de la vertu. Le jeu n’est donc pas défini par ses objets, mais par un certain type d’activité. Que vient-il faire dan réflexion sur la morale ? Tout simplement parce qu’il est la seule activité humaine à partager cette caractéristique avec l’activité vertueuse. Celui qui ve vertueux, en effet, ne le veut pas dans un autre but, selon Aristote, car sinon il ne s’agit plus de vertu. Si je fais un acte de bonté pour être récompensé, pas dans l’acte mais dans la récompense, et il n’est pas vertueux. De plus, la vertu est une pratique qui, comme dans le cas du jeu, se renforce avec l’exe même que je jouerai de mieux en mieux si je joue souvent, je serai de plus en plus vertueux si je me comporte de cette manière. Par exemple, si je traite personnes, de manière habituelle, avec respect, je n’aurai pas à me forcer, à y penser et à me composer une attitude dans une situation inédite. L’action est celle « dont on n’attend rien en dehors de l’activité elle-même », exactement comme le jeu. Mais la comparaison ne fait pas pour autant du jeu un modèle, ou une forme de vertu. Il n’a pas de rapport avec la vie réelle, avec la vie « sérieuse ». C Aristote le juge sévèrement, car il n’assure en rien de la moralité de celui qui joue. Le jeu, qui a sa valeur en lui-même, ne saurait donc se rapporter à d plus nobles. Il pourrait même contribuer à s’en détacher. En effet, plus il prend de l’importance, plus il est la marque d’une existence détachée de la vie qui peut être totalement dénuée de préoccupation éthique. Dans le pire des cas, le jeu envahit l’existence et se substitue à la « vie réelle ». Il peut alors destructeur de toute sociabilité qui ne lui est pas liée. Accessoirement, mais c’est souvent loin d’être accessoire, il peut ruiner les revenus et patrimoine au détriment de son entourage. On voit que le jeu est loin d’être une voie d’accès à la vertu. Il peut en devenir le contraire, être utilisé à des fins manipulatrices. Le paragraphe dans leq trouve émise l’idée selon laquelle la vertu et le jeu ont cette caractéristique commune se uploads/Philosophie/ l-x27-interet-du-jeu-de-l-x27-enfant.pdf

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