@ RENCONTRES INTERNATIONALES DE GENÈVE TOME XXII (1969) LA LIBERTÉ ET L’ORDRE S

@ RENCONTRES INTERNATIONALES DE GENÈVE TOME XXII (1969) LA LIBERTÉ ET L’ORDRE SOCIAL Kéba M’BAYE — Paul RICŒUR Raymond ARON — Ignacy SACHS Herbert MARCUSE — Cardinal DANIÉLOU La liberté et l’ordre social 2 Édition électronique réalisée à partir du tome XXII (1969) des Textes des conférences et des entretiens organisés par les Rencontres Internationales de Genève. Les Éditions de la Baconnière, Neuchâtel, 1970, 336 pages. Collection : Histoire et société d’aujourd’hui. Promenade du Pin 1, CH-1204 Genève La liberté et l’ordre social 3 TABLE DES MATIÈRES (Les tomes) Avertissement — Introduction Kéba M’BAYE : Le droit en déroute. Conférence du 2 septembre. PREMIER ENTRETIEN : Droit et développement. Le 3 septembre. Paul RICŒUR : Le philosophe et le politique devant la question de la liberté. Conférence du 4 septembre. DEUXIÈME ENTRETIEN : Liberté et institution. Le 5 septembre. Raymond ARON : Liberté, libérale ou libertaire ? Conférence du 5 septembre. TROISIÈME ENTRETIEN : La société libérale. Le 6 septembre. Ignacy SACHS : L’indépendance du tiers monde : Structures de production et structures intellectuelles. Conférence du 6 septembre. QUATRIÈME ENTRETIEN : Développement et liberté. Le 8 septembre. Herbert MARCUSE : La liberté et les impératifs de l'histoire. Conférence du 8 septembre. CINQUIÈME ENTRETIEN : Répression et liberté. Le 9 septembre. Jean DANIÉLOU : Dieu est-il contestataire ? Conférence du 9 septembre. SIXIÈME ENTRETIEN : Liberté et transcendance. Le 10 septembre. TABLE RONDE : La liberté et les libertés. Le 5 septembre. * Index : Participants aux conférences et entretiens. @ La liberté et l’ordre social 4 AVERTISSEMENT @ p.007 Les Rencontres Internationales de Genève ne prennent aucune résolution, ne lancent aucun message, ne définissent aucune revendication. Elles se sont attribué un rôle plus modeste, mais néanmoins profondément humain : celui de mettre l’accent, aux moments décisifs, sur les véritables besoins des hommes. Il y a des thèmes qui appellent l’action ; encore doivent- ils être proclamés pour ne pas être oubliés. C’est pourquoi les R.I.G., plus que jamais, jugent nécessaire de publier en un volume annuel les conférences et les entretiens de leurs décades. Les textes des conférences sont publiés ici in extenso. Ils sont suivis du compte rendu sténographique de tous les entretiens, allégés de certaines digressions et adaptés à une lecture suivie. Dans l’index alphabétique placé à la fin du volume, le lecteur trouvera les noms des participants aux entretiens avec la référence de leurs interventions. @ La liberté et l’ordre social 5 Le Comité d’organisation des Rencontres Internationales de Genève est heureux de pouvoir exprimer ici sa gratitude à ceux dont l’appui généreux lui a permis d’assurer le succès de ces XXIIes R.I.G., et tout particulièrement à l’UNESCO et aux autorités cantonales et municipales de Genève. La liberté et l’ordre social 6 INTRODUCTION @ p.009 Dans l’état présent du monde, le thème des XXIIes Rencontres Internationales de Genève s’est pour ainsi dire imposé de lui-même, tant il est vrai que les deux termes qu’il comporte, liberté et ordre social, résument le problème crucial de notre temps. Ces termes semblent antinomiques car la défense de l’ordre social, ou de « l’ordre public », cautionne trop souvent des mesures de répression. Il faut néanmoins se garder de tenir pour tyranniques les contraintes inséparables de toute vie en société ; et n’est-il pas légitime, et raisonnable, d’augurer un régime social apte à promouvoir plutôt qu’à juguler les libertés essentielles ? L’idée même de liberté, au singulier, se révèle étrangement ambiguë et cela depuis qu’elle aiguillonne notre civilisation occidentale et désormais, à travers elle, toutes les civilisations. Si la liberté tout court est un concept métaphysique, et que les individus ont affaire, dans leur vie concrète, à des libertés déterminées, stipulées par le droit positif, il n’est pas moins vrai que les libertés s’enracinent dans la liberté. Revendiquer, par exemple, comme il est de mode aujourd’hui, la « liberté sexuelle » déjà inscrite dans les mœurs de l’époque ne résout rien et la donner aux hommes n’est rien, si on ne leur donne aussi la liberté de l’esprit. Or la liberté de l’esprit, dans notre monde divisé en deux blocs, se heurte à une conception de l’ordre social qui trop souvent la paralyse plus qu’elle ne la stimule. Si d’un côté l’on se montre vigilant à défendre le « socialisme » contre les attraits de la liberté, de l’autre une vigilance analogue refrène ceux qui se risquent dans la voie de réformes profondes. C’est dans ces ordres sociaux établis que nombre de jeunes répugnent à entrer, c’est contre eux qu’ils s’insurgent et une nouvelle forme de contestation est née qui se réclame d’une révolution « culturelle ». La question qui se pose est de savoir si les multiples signes de révolte à notre époque témoignent d’une autodéfense de l’humain, d’une protestation de l’esprit contre l’asservissement aux techniques, ou au contraire d’une vague de nihilisme purement destructeur. @ La liberté et l’ordre social 7 KÉBA M’BAYE premier président de la Cour suprême du Sénégal, est né en 1924. Après ses études juridiques à Dakar et à Paris, il entra à l’Ecole nationale de la France d’Outre-Mer (section magistrature) dont il est breveté. Il exerça le métier de juge avec le statut de magistrat français pendant longtemps, mais opta pour la fonction publique de son pays, dès que celui-ci acquit son indépendance. Directeur de cabinet du ministre de la Justice de l’ex-Fédération du Mali, puis du ministre des Transports et télécommunications du Sénégal, président de la Commission de codification du droit des personnes et du droit des obligations, il influença très fortement toute cette « explosion législative » que connaît le Sénégal depuis 1960. Nommé conseiller à la Cour suprême depuis l’installation de cette haute juridiction, en 1960, il gravit rapidement les échelons devenant, depuis cinq ans, le plus haut magistrat de son pays. En même temps que ses importantes fonctions, Kéba M’Baye est chargé d’enseignement à l’Ecole nationale d’administration. Il se consacre en outre à la recherche en matière de droit africain, domaine qu’il estime insuffisamment exploré. Kéba M’Baye a publié de nombreux articles dans la revue Penant et dans la Revue sénégalaise de droit. Auteur de l’article « le Droit africain » dans l’Encyclopedia Universalis, il a dirigé récemment la publication d’un ouvrage collectif signé par d’éminents juristes et sociologues africanistes sur « le Droit de la famille en Afrique noire et à Madagascar ». LE DROIT EN DÉROUTE 1 @ p.011 Henri IV a dit un jour : « Si je n’avais été roi, j’aurais voulu être conseiller au Parlement de Bordeaux. » Voilà une époque où la superbe Thémis, maîtresse incontestée des rapports entre les humains, était une déesse enviée, respectée. De son glaive levé, elle ordonnait : « A chacun selon ses mérites » et tranchait avec autorité les nœuds que les hommes, rarement d’ailleurs, faisaient avec malice. Qu’importe que le fléau de sa balance ne fût pas toujours horizontal, tout le monde savait qu’un bandeau lui fermait les yeux et lui bouchait en même temps les oreilles. Que reste-t-il aujourd’hui de l’image superbe de cette belle déesse incontestée, sinon une amazone traquée, qui a perdu son 1 Conférence du 2 septembre 1969. La liberté et l’ordre social 8 glaive dans sa course effrénée vers un refuge qu’elle ignore. Elle a jeté son bandeau et ses yeux paraissent terrifiés. Elle a abandonné sa balance inutile et n’ose pas encore lui substituer la machine qu’on lui propose. Et des disciples de Thémis, que reste-t-il ? Que sont devenus ces conseillers du Parlement de Bordeaux qui faisaient envie au grand Henri ? Ils se sont réfugiés dans chaque ville, dans chaque village, p.012 dans des temples délabrés qu’à défaut de splendeur ils se consolent de baptiser d’austères, comme si l’austérité pouvait impressionner dans un monde où le respect se mesure souvent à la fortune. Dans certains pays, ils ont gardé de leur passé glorieux, l’habit des rois fait de pourpre et d’hermine, et dans un certain anachronisme à la fois grave et comique, ils cherchent en vain dans la rutilance des simarres et des toges le prestige que le droit n’a plus. Qu’ils étaient heureux les juristes de l’époque où les tables de la loi étaient adorées ! Qu’ils étaient heureux aussi les juristes qui avaient vécu au XIXe siècle ! Ils ignoraient d’ailleurs leur bonheur, car ils ne savaient pas qu’ils vivaient l’apogée, mais peut-être aussi le chant du cygne du droit. L’on avait encore à l’époque la naïveté de croire à des principes universels découlant de la nature humaine, conformes à la raison et supérieurs au droit positif de tous les pays. C’était l’âge d’or du droit naturel. Il n’est que de jeter un coup d’œil furtif sur les Constitutions des Etats et les manuels de droit, pour se rendre compte que sur Antigone Créon continue d’avoir raison et qu’il reste bien peu de chose de ce droit, dont Domas pensait avec candeur qu’il était immuable. Pourtant, aujourd’hui encore, et à quelques pas d’ici, des hommes de bonne volonté, à la Commission internationale de La liberté et l’ordre uploads/Philosophie/ ricoeur-le-savant.pdf

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