Intellectuels non europhones Ousmane Kane Document de travail CODESRIA Intellec

Intellectuels non europhones Ousmane Kane Document de travail CODESRIA Intellectuels non europhones Ousmane Kane Document de travail Intellectuels non europhones © Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA), 2003 Avenue Cheikh Anta Diop Angle Canal IV, BP: 3304, Dakar, Sénégal Imprimé au CODESRIA Composition: Hadijatou Sy Document de travail CODESRIA exprime sa gratitude à l’Agence suédoise pour la coopération en matière de recherche avec les pays en voie de développement (SIDA/SAREC), au Centre de recherches pour le développement international (CRDI), à la Fondation Ford, à la Fondation Mac Arthur, Carnegie Corporation, au ministère des Affaires étrangères de Norvège, à l’Agence danoise pour le développement international (DANIDA), au ministère français de la Coopération, au Programme des Nations-unies pour le développement (PNUD), au ministère néerlandais des Affaires étrangères, FINIDA, NORAD, CIDA, IIEP/ADEA, OECD, IFS, Oxfam America, UN/UNICEF et au gouvernement du Sénégal pour leur soutien généreux à ses programmes de recherche, de formation et de publication. Table des matières L’auteur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . i Remerciements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ii Note sur la translittération . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . iii Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 La bibliothèque islamique en Afrique sub-saharienne . . . . . . . 4 Origine de la tradition intellectuelle arabo-islamique . . . . . . . 18 Le développement de l’acjami . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22 Savoir ésotérique et savoir exotérique . . . . . . . . . . . . . . . . 26 Révolutions politiques, révolutions intellectuelles . . . . . . . . . 30 Colonisation européenne et transformation de l’éducation islamique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34 La modernisation du système d’enseignement arabo-islamique . 36 Les filières internationales de formation d’arabisants . . . . . . . 41 Arabisants et islamisme. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51 Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60 Annexe. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70 L’auteur Ousmane Kane est Associate Professor of International and Public Affairs à Columbia University. Il a obtenu son doctorat en science politique à l’Institut d’études politiques de Paris et son diplôme supérieur d’études arabes et islamiques à l’Université de la Sorbonne nouvelle. Il a occupé des postes académiques dans plusieurs universités, notamment Yale University, Kansas University et The University of London. Il s’intéresse particulièrement à la politique comparée et à la sociologie de la connaissance. Parmi ses livres les plus récents, on retiendra Muslim Modernity in Postcolonial Nigeria, E. J. Brill, 2002 et Islam et islamisme au sud du Sahara, Karthala, 1998 dont il est le co-directeur. Ousmane Kane est également rédacteur en chef de la revue Identité, culture et politique. Un dialogue afro-asiatique. i Remerciements J’ai achevé la rédaction de ce document de travail que alors que j’étais Senior Research Fellow à l’Institute for the Study of Islamic Thought in Africa, North- western University. Je tiens à remercier du fonds du cœur le professeur John Hunwick, directeur de cet institut, qui m’a introduit à l’étude de la tradition intellectuelle arabo-islamique d’Afrique sub-saharienne et mis sa bibliothèque personnelle à ma disposition lors des séjours de recherche que j’ai effectués à Northwestern University. C’est à lui que ce livre vert est dédié. Le professeur Abdel Weddoud Ould Cheikh, qui y a séjourné en même temps que moi, a bien voulu lire une première mouture de ce texte et faire des sug- gestions extrêmement utiles dont je lui sais gré. Je tiens également à remercier Achille Mbembe, Mamadou Diouf, Ebrima Sall, Mahmood Mamdani, Habib Kébé, Cheikh Tidiane Fall, Boubacar Diakhaté et Muhamed Sani Umar pour leurs suggestions. Last but not the least, je remercie les trois évaluateurs/évaluatrices anonymes du CODESRIA pour leurs suggestions, ainsi que l’équipe éditoriale du Conseil pour une relecture attentive du manuscrit. ii Note sur la translittération Étant donné que ce livre fait référence à des matériaux en de nombreuses langues (arabe, haoussa, anglais, français), j’ai opté pour une méthode simplifiée de translittération. Les lettres emphatiques et les longueurs vocaliques ne sont pas signalées pour les mots et noms arabes. S’agissant des noms propres, j’ai gardé l’orthographe qui s’est imposée à l’usage. En général, je n’ai pas mis au pluriel les mots arabes. Les noms de langues ou de groupes ethniques ont été considérés comme invariables; par exemple: les Haoussa, les Peul, les écrits acjami. iii Introduction Au début des années 1990, deux livres publiés en quatre années d’intervalle, ont profondément influencé le débat intellectuel sur la production du savoir sur l’Afrique, l’africanisme et le panafricanisme (Mudimbe 1988 et Appiah 1992). Tant et si bien que leurs auteurs ont été respectivement en 1989 et 1993 lauréats du prix Melville Herkovitz de l’African Studies Association of North America, qui est décerné chaque année au meilleur livre en Anglais sur l’Afrique. Tous deux Africains de culture chrétienne, ces auteurs ont été formés dans de grandes universités occidentales (Louvain et Cambridge), ils enseignent dans deux universités américaines de renommée (Stanford et Princeton), ils représentent deux traditions intellectuelles dominantes en Afrique postcoloniale (francophone et anglophone). Si le livre de Appiah est fondé sur l’analyse approfondie d’un corpus limité, des auteurs panafricanistes principalement, celui de Mudimbe exploite un corpus autrement plus impressionnant. Plus frappant encore comme commun dénominateur entre ces deux auteurs (qu’ils partagent avec les intellectuels africains formés à l’école occidentale) est leur lecture très eurocentrée de la production du savoir en Afrique et sur l’Afrique. Mudimbe fait valoir que les écrits ayant contribué à l’invention et à l’idée d’Afrique ont été, pour l’essentiel, produits par des Européens pendant la période coloniale; c’est ce qu’il dénomme la bibliothèque1 coloniale. Quant à Appiah, il affirme que l’essentiel des écrits produits en Afrique sub-saharienne sont en langues portugaise, française et anglaise et que par conséquent, la plupart des intellectuels de l’Afrique sub-saharienne sont europhones (Appiah 1992:4). Il ajoute qu’historiquement, les intellectuels du tiers monde (Afrique sub-saharienne comprise) sont le produit de la rencontre avec l’Occident (Appiah 1992:68). La «bibliothèque coloniale» trouve ses racines dans la formation de la modernité et de l’identité occidentales qui remonte à la fin de la période médiévale. Dans l’Europe médiévale, le latin était la langue savante par excellence et le christianisme la principale référence identitaire. À la faveur de l’essor de l’industrie typographique et de la publication massive d’ouvrages 1 ‘A debate is taking place about post-colonial literature and society in Africa in which writing in English about writing in English or French is pursued without any acknowledgement that a whole world of debate has been going on vigorously and at length in African languages» Graham Furniss, Poetry, Prose and Popular culture in Hausa, p.ix. For many of its most important cultural purposes most African intellectuals, south of the Sahara, are what we can call ‘europhone’ Kwame Anthony Appiah In my father’s house, p.4 en langues vernaculaires (allemande, anglaise, polonaise, espagnole), les communautés d’Europe acquièrent progressivement une identité nationale qui supplante l’identité religieuse (Anderson passim). L’acquisition de ces nouvelles identités, dimension importante de la modernité occidentale, s’est accompagnée de la construction d’identité de «sauvages» attribuée aux peuples non occidentaux (Hall 1996). Les récits des voyageurs et témoignages des explorateurs et missionnaires, ainsi que les textes des penseurs des lumières ont énormément contribué à l’élaboration de l’idée, non pas d’une différence de l’Occident par rapport au reste du monde, mais d’une relation d’altérité radicale entre les deux entités. S’agissant de l’Afrique, c’est ce que Mudimbe (1994 passim) essaie de démontrer en s’interrogeant sur l’idée que les sciences sociales2 se sont fait de ce continent. Pour démontrer le caractère problématique du terme «Afrique», qui, à l’origine, désignait une province romaine d’Afrique du Nord, uploads/Politique/ koffi-agba.pdf

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