PUCRS Porto Alegre. Séminaire. Imaginario em rede. 5-7 novembre 2013. Nouvelles

PUCRS Porto Alegre. Séminaire. Imaginario em rede. 5-7 novembre 2013. Nouvelles figures de la société en réseaux. Georges Bertin, CNAM des pays de la Loire. « We are cultural hybrids » Wolfgang Welsch, 1992 Résumé : dans la société des réseaux tout se joue sur le registre de ce qui est (quand les réseaux numériques véhiculent entre les personnes histoires individuelles personnes représentations souvenir…) ou met en commun des expériences existentielles e de ce qui peut être. Référant ceci au double registre de la tribalisation du monde et de la transculturalité, que nous définissons, nous explorons les formes par lesquelles cette socialisation advient. Un exemple de réseau constitué dans le cadre d’une recherche-action vient illustrer notre propos. Mots clefs : interculturel, transculturel, réseaux, nomadisation, tribalisation, message, galaxie, communauté, Avalon. ******************************************** Introduction. Dans un article intitulé « Brésil, Arts populaires » paru en 2008, dans L’internationale de l’Imaginaire1, Jean Duvignaud célèbre le Brésil comme une des rares régions du monde où le passé est contemporain d’un présent toujours renouvelé et où l’imagination est associée à la perception commune. « Tout ce qui se fait, tout ce qui se vit en ce pays, écrit-il, définit un pays imaginaire où tout paraît possible, structuré par une énergie commune ». Il nous semble aujourd’hui maintenant que la Société des réseaux, qui prend corps sous nos yeux, répond également à cette définition, et peut se lire dans des termes approchants. Tout s’y joue en effet sur le registre : o de ce qui est (quand les réseaux numériques véhiculent entre les personnes histoires individuelles personnes représentations souvenir…) ou met en commun des 1 Ed.Babel, MGM 2008, p.64 1 expériences existentielles comme nous le constatons en observant ce qui se partage, par exemple, sur le web, à propos des Chemins de Compostelle2 ), o de ce qui peut être (quand sont sollicités à travers le globe en un ballet baroque et créatif les ressources iconographiques de l’espace virtuel). La « Société Monde » où nous vivrions désormais n’est pas simplement comme l’avait bien vu Simmel l’ensemble des individus socialisés, mais conjoint les formes rationnelles dans lesquelles ils se reconnaissent et les relations et formes par lesquelles ils se socialisent, c’est le cas des réseaux qui contribuent à nous différencier, en tant qu’êtres sociaux, des sociétés qui nous ont précédés. Et de ce point de vue ils constituent bien un nouveau type de sociabilité. Il nous paraît que la Transculturalité est l’un des marqueurs de cette société globale, car justement elle est une autre façon de concevoir les cultures non plus comme des ilots distincts mais comme des réseaux interactifs de sens et de pratiques. Après être revenu sur l’émergence de cette notion, et sur ses implications sociales, laquelle pour nous dépasse celle d’interculturel désormais quasi admise, nous nous appliquerons à entrouvrir une porte sur la compréhension de la société de communication en réseaux et prendrons pour l’illustrer un exemple pris dans une recherche action qui nous est propre autour d’une communauté virtuelle constituée sur le mythe d’Avalon,. I : De l’interculturel au transculturel. Il est difficile de penser le concept de Culture, laquelle s’effectue bien dans les sociétés mais ne saurait se confondre avec elles (ainsi la culture chrétienne reste différente des Eglises qui la véhiculent) puisqu’elle vise à l’Universalité en ne se manifestant que dans le contingent. Ceci lui confère une capacité d’hétérogénèse (Deleuze et Guattari3) comme point de coïncidence, de condensation et d’accumulation. De ce fait, la question de l’interculturel n’est pas moins ambigüe, comment par exemple encourager le pluralisme culturel dans une société donnée tout en y développant un sentiment d’appartenance et l’on sait que nombre de politiques y ont échoué entre un partis pris d’assimilation et celui de la simple juxtaposition de cultures communautaires différentes. On remarquera que l’une et l’autre peuvent envisage l’interculturalité, celle-ci ne supposant que des relations réciproques entre deux types de positions qui restent séparées, soit dans la dépendance négociée soit dans un système d’interférences qui laisse à chaque culture sa posture de principe ou de départ. D’une certaine façon, l’une et l’autre admettent un parti pris d’homogénéisation de chaque culture. 2 695000 entrées en septembre2013 pour les occurrences liées à cette expérience en français sur le net, 4940 000 en espagnol, 76000 en portugais, 250000 en anglais etc. 3 Deleuze Gilles et Guattari Félix, Qu’est-ce que la philosophie? Les Éditions de Minuit, Paris, septembre 1991. 2 La Modernité s’en est bien accommodée, qui, reconnaissant après les Grandes Découvertes qui ont également été aussi le temps des Grandes Invasions, des différences culturelles notoires par exemple dans la façon de se représenter le temps ou l’espace. Ceci, parfois, a justifié bien des asservissements et peut se rencontrer dans des discours politiques récents par exemple sur l’incapacité supposée des africains à se situer dans l’Histoire. Le fondement de la Modernité étant la civilisation de l’écrit et du livre, les mécanismes culturels de base en sont bien le recours à l’alphabet qui nous a appris à réduire les phénomènes à l’unité, chaque culture étant en quelque sorte, dans le « concert de nations », un élément constitutif de base. Et la convergence culturelle des sociétés de consommation, si elle vise à l’homogénéité, engendre bien une dynamique ségrégative. En récupérant pour mieux se les approprier tel ou tel élément culturel emprunté, elle se donne l’alibi de le reconnaître. Philippe Engelhard4 insiste par exemple avec pertinence sur le fait que les échanges technologiques renforcent particularités et dissidences, et de ce fait ne dépassent pas la Modernité. De même, le Libre Echange ne conduit pas nécessairement au métissage mais à la juxtaposition des cultures, les cultures dominées ou minoritaires étant toujours asservies dans le sens d’une homogénéisation généralisée, marchandisée, et ordonnée à l’injonction du progrès, ce qui implique une hiérarchie entre les cultures y compris dans la revendication de l’interculturalité. Il en va tout autrement de la Transculturalité5, concept d’ailleurs pas vraiment neuf et déjà à l’oeuvre par exemple dans l’empire romain, dans la diaspora juive, dans le panceltisme, etc. Dans ce sens Philippe Engelhard souligne que la mondialisation qui la supporte, commence dès que l’homme entreprend de se déplacer sur la Planète. Elle apparaît justement aujourd’hui de façon prégnante sur la scène mondiale, au moment où les cadres de pensée craquent et quand l’écrit n’est plus en position hégémonique dans les mécanismes d’appropriation culturelle. Là où les sociétés modernes se vivaient dans des systèmes revendiquant, en commun, un ensemble d’idées sur la nature humaine, l’importance respective des différentes facultés, sur les droits et les devoirs, passer à une position transculturelle consiste à admettre transferts, échanges, transactions, négociation et concessions réciproques6 et, au-delà, hybridité assumée. Là où la Modernité créait des frontières et des octrois, les sociétés post modernes fraient des voies, aménagent des passages, et leurs acteurs comme l’avait bien noté Simmel7, se voient « en passant et se pensent en passeurs. Le pont y est le point de passage où l’homme est cet « être 4 Engelhard Phlippe, Internet change-t-l vraiment nos sociétés? (t. 1-3), L’Harmattan, 2012 5 Pour Wolfgang Welsch, c’est le concept le plus adéquat aujourd’hui pour définir la culture in Spaces of Culture: City, Nation, World, ed. by Mike Featherstone and Sc ott Lash, London: Sage, 1999, 194-213 6 Engelhard insiste pour sa part sur le fait que le réseau est une métaphore trompeuse et que ce sont seulement de micro-éléments qui seraient en interaction trompeuse, réfutant de ce fait l’idée de village global. On verra que notre position sans nier les objections que cela pose est plus résolument utopienne, comme nous tentons de l’illustrer ici. 7 Simmel Georg, L’Aventure in Philosophie de la Modernité, Paris, Payot, 1989. 3 frontière qui n’a pas de frontière»8. Et les antagonismes suscités par cette position radicalement autre génèrent une tension créatrice source de vie, moteur de socialisation et ressort de la pensée9. Car, là où la Modernité campait les Cultures sur des terrains connus et des territoires répertoriés, binarisait et dualisait les relations interculturelles, souvent sur la base d’imaginaires nationaux, la position transculturelle constate que l’Autre est en nous et que nous sommes l’Autre. Ici la relation transculturelle se fait hybridité, « changeability and incertainty » et nous amène à envisager des liens ouverts fluides, liquides10. Elle s’exerce à la fois au niveau macro culturel et micro culturel11. Ici la position hybride ne peut être vue comme une marque dévalorisée ou de dénigrement des autres cultures, mais partie prenante d’un tissage des cultures avec toute la force de contestation sociétale qu’elle implique, ancrée sur un imaginaire radical, c’est-à-dire qui s’ancre dans les racines de l’humanité. En même temps, elle contient la possibilité de transcender nos déterminismes monoculturels. Et la surprise de cette position, c’est qu’elle permet de renouer, par exemple, avec un sorte de néo médiévalisme ou à tout le moins d’établir des correspondances culturelles entre les mythes les plus anciens au coeur de l’Arkhé et leur actualisation dans notre contemporanéité, et ce, amplifiées par la communication en réseau. Et nous en voyons de multiples exemples, dont celui que nous présentons infra12. uploads/Societe et culture/ culture-et-communications-inter-culturelles-orient-occident.pdf

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