INTRODUCTION A LA SYSTEMIQUE GIANFRANCO MINATI Président de l’AIRS Association

INTRODUCTION A LA SYSTEMIQUE GIANFRANCO MINATI Président de l’AIRS Association Italienne pour la Recherche en Systémique (traduit par Evelyne Andreewsky) TABLE DES MATIERES Préface Introduction et but de l’ouvrage I. Systémique et "Théorie des systèmes" II. Des ensembles aux systèmes III. Références pratiques. IV. Objectivité ?. V. Ouverture et fermeture VI. Approches mono, multi, inter et trans-discisciplinaires VII. Induction, déduction et abduction VIII. Ethique et systémique IX. Un schéma didactique X. Quelques applications Annexe 1 : Sociétés de Systémique Annexe 2 : Revues de Systémique Bibliographie Préface L'introduction à la systémique que nous propose ici Gianfranco Minati, président de la société italienne de systémique, est le premier des ouvrages didactiques que la revue "Res- Systemica" se propose de mettre à la disposition de tous, en les affichant en bonne place dans le menu de chacun des numéros. La présente introduction mérite tout particulièrement le qualificatif de "didactique", car - outre conseils et recommandations pour accomoder la systémique dans une sauce aussi digeste qu'appétissante - elle fournit de nombreux exemples susceptibles d'être compris même par des enfants du cours préparatoire ! Mais elle n'est à l'évidence nullement réservée aux seuls débutants en science des systèmes. Tous y trouveront matière à reflexion, exemples inaccoutumés, reliances nouvelles, et mille autres tours concoctés par l'auteur pour forcer notre attention ! On y trouvera par ailleurs des mines d'informations précieuses en ce qui concerne la vie de la systémique sur notre planète : - sociétés de systémique européennes, américaines, et autres, avec leurs coordonnées ; - publications régulières (revues et journaux) et bibliographie générale (ouvrages en langue anglaise) très riche. On peut obtenir les versions (papier) anglaise ou italienne de l'ouvrage auprès de l'auteur. On ne peut que remercier très chaleureusement Gianfranco Minati pour le beau cadeau qu'il offre ainsi pour la naissance de la revue ! Evelyne Andreewsky INTRODUCTION ET BUTS DE L’OUVRAGE Le présent manuel propose un accès, à la fois simple et aussi riche que possible, à une approche très générale qui est en train d’émerger dans différents domaines, et dont l’efficacité devrait déterminer de véritables transformations culturelles : la systémique. Pour ceux qui s'intéressent à la Systémique, la bibliographie en langue anglaise est riche. Mais elle est noyée dans des vues et des approches mono-disciplinaires, qui exigent du débutant une sorte de "péage d'entrée"- à savoir des connaissances de spécialiste en un grand nombre de matières : biologie, médecine, physique, chimie, ingénierie, psychologie, philosophie, management, informatique, etc ... Ceci est assez paradoxal pour une pensée transversale par rapport aux différentes disciplines, et qui a pour vocation de modifier la façon de penser et d'agir (vocation qui se veut didactique). Le but de ce manuel est de constituer pour les étudiants et les enseignants (ce que nous sommes souvent tour à tour, au cours de notre vie intellectuelle) un instrument qui rende la systémique plus explicite et donc plus facile à comprendre, afin qu’elle soit reconnue et pratiquée dans la formation de chacun. Il s'agit à la fois de stimuler la réflexion, et de susciter des façons de penser et d'agir - mais certainement pas de fournir des recettes "clés en main", prêtes à l’emploi. La vocation primordiale du manuel est d’ordre didactique. Il s’appuie pour ce faire sur des expériences et sur un patrimoine de connaissances développées au niveau international, que l'on cherche à rendre accessibles à tous. Ceci permet de mieux penser au futur (et non pas "le" futur), aux générations suivantes, et de développer les aptitudes à agir avec un maximum de conscience et d’efficacité Le texte proposé comporte des "redondances", des "redéfinitions" et des points de vue qui reformulent implicitement, à tour de rôle, différents arguments ; dans ces conditions, une impasse sur l'une des parties du texte ne devrait aucunement empêcher la compréhension de l'ensemble. I - "Systémique" et "Théorie des systèmes" Dans diverses disciplines, on cherche, de différentes manières, des schémas de raisonnement permettant de concevoir un phénomène donné comme un "tout" et d’expliquer pourquoi et comment le comportement de l’ensemble des éléments qui constituent ce phénomène est autre que celui de chacun de ces éléments, pris séparément. Dans un certain nombre de domaines, il devient de plus en plus clair qu’analyser un phénomène donné en termes de ses composants est tout aussi inefficace sur le plan conceptuel qu’opérationnel. Le processus traditionnel d’analyse se révèle inadéquat à la fois pour comprendre et pour agir. C’est ainsi que la décomposition des organismes vivants en cellules, réflexes ou comportements, ou encore en particules de matière ou en micro-unités sociales, etc., ne parait plus adéquate pour traiter les données expérimentales. De nouvelles théories se sont développées dans les domaines les plus divers (comme notamment la Gestalt en psychologie, la théorie de l'information, la théorie des jeux et des décisions, l'Intelligence Artificielle, etc.): Le dénominateur commun de ces théories est le fait que l'on distingue toujours, sur le plan conceptuel, le tout de l'ensemble de ses parties. La Théorie Générale des Systèmes (qui matérialise ce "dénominateur commun" sur le plan théorique) remonte à 1945, avec l'oeuvre du biologiste austro-américain Ludwig von Bertalanffy. Depuis lors, procéder ou agir en termes de "systèmes" est devenu usuel dans de nombreuses disciplines ; mais nous nous focaliserons ici sur la valence culturelle globale de la théorie générale des systèmes, qui amène à renouveler nos façons d'observer et d'étudier. Il faut souligner des différences fondamentales dans l’utilisation de tel ou tel terme, afin d’éviter ambiguï tés ou erreurs conceptuelles graves. Le terme "théorie" (hérité d'une tradition généralement plus soucieuse de syntaxe que de sémantique) évoque spécifiquement un contexte scientifique. Ceci est clair pour le terme "théorie des systèmes", qui est de fait la théorie du contrôle, se formulant en termes de mathématiques et de physique. Le terme "systémique" se réfère, lui, aux aspects essentiellement culturels d’une façon de penser, valables dans n’importe quelle discipline ou domaine - le contexte scientifique n'étant que l'un des contextes possibles. Nous utiliserons ici le terme systémique en étant bien conscients de ces implications. Ne pas être systémique à l’heure actuelle est aussi désastreux sur le plan social que scientifique, et entraîne à la fois manque d'efficacité et gaspillage des ressources. Continuité des concepts d'ensemble et de système : Il n'est pas facile de définir un processus continu, dans la mesure où notre langage est ancré - d'une façon souvent implicite ou involontaire - dans des catégories bien séparées et individualisées, liées à un monde objectif où le devenir n’est conçu que comme une succession d'états (discrets). Il ne s’agit pas de traiter de la continuité entre les notions d’ensemble et de système pour redéfinir ces notions, mais pour suggérer quelques uns de leurs aspects qui deviennent alors plus aisément repérables. Les principaux aspects que nous signalerons ici sont les suivants : - Le concept d’ensemble avec vs. sans structure, et la nature des éléments de ces ensembles (fig. 1) ; - Le concept d’intérêt pour les caractéristiques propres des systèmes et non pour leurs éléments ni pour des relations qui unissent ces éléments (fig. 3). On peut parfois déduire les caractéristiques d’un système donné à partir de ses éléments et de leurs interactions (fig. 2) - c’est ce qui caractérise les systèmes fermés (voir chap. 5). En général, il n'y a aucune relation linéaire entre le comportement d’un système, ses éléments et leurs interactions - et ce qui rend la gestion de ces systèmes encore plus complexe, il faut aussi tenir compte des variations temporelles des contextes du système, et de celles de sa propre complexité : il s’agit alors typiquement de systèmes ouverts (chap. 5). Notre vocabulaire s'enrichit ainsi d'expressions comme systèmes temporaires, systèmes stables, systèmes ouverts, systèmes réversibles et irréversibles. Avec de tels concepts, on peut par exemple explorer les différences entre transformation de l’état d’un système, et création d'un système. On peut observer que l'on attribue plus facilement un nom à un système qu’à un ensemble, dans la mesure où le système a été conçu pour une certaine utilisation. On peut également explorer le concept de transformation, par exemple avec le phénomène qui fait passer un ensemble d'ingrédients au résultat gâteau (que le processus de cuisson transforme en quelque chose de tout à fait différent des ingrédients de départ). Autre exemple, un ensemble de pièces métalliques qui devient une "automobile" - dans la mesure où elle démarre. Cette mobilité est si importante que le nom de ce système (conçu pour être mobile) s’y réfère. On peut ainsi mesurer les implications profondes d'une question telle que marche-t-elle ? et explorer la différence de sens qu'il y a entre un dispositif "arrêté" et un autre "en fonction" (comme un moteur). II. - Des ensembles aux systèmes Pour bien saisir l’apport culturel de la systémique, on doit distinguer ensembles et systèmes : Un ensemble est à proprement parler une collection d'éléments, munis objectivement de caractéristiques propres, et qui n’interagissent pas entre eux. On étudie ces éléments et leurs caractéristiques communes. Par exemple les nombres constituent les éléments de l'arithmétique, avec leurs caractéristiques d'être pairs ou impairs, premiers ou non, uploads/Philosophie/ introduction-a-la-systemique.pdf

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