Céline RAUX Master 2 Sciences humaines et sociales, mention philosophie N° étud

Céline RAUX Master 2 Sciences humaines et sociales, mention philosophie N° étudiant : 22002378 Mémoire de Master 2 ______________ La sécularisatio n de l’espérance Sous la direction de Jacqueline Lagrée 1 UFR de philosophie Université de Rennes 1 Mai 2007 La sécularisation de l’espérance Modalités, conséquences et enjeux Le langage de l’espérance fait-il encore sens dans un monde sécularisé ? INTRODUCTION : Genèse de l’espérance, mise en perspective de la sécularisation, émergence d’une problématique nouvelle........................P . 4 * I/ Le paradoxe logique et conceptuel d’une interprétation séculière de l’espérance……………………………………………………………… ………………………....…p. 13 1- Sécularisation et espérance : antinomie des principes…………. ……….. p. 15 a) Implications et vicissitudes du mot « sécularisation »……… …............ p. 15 b) Dimension eschatologique de l’espérance et transcendance du sens……………………………………………………………………………… …………..p. 18 c) Les apories d’une espérance mondanisée……………………………… ……… p. 20 2- Les présupposés théologiques du monde laïc………………………… ……….. p. 24 a) Monde religieux et monde profane : des frontières poreuses……… ….. p. 24 b) La sécularisation ou la religion en héritage…………………………… ……… p. 27 3- Dialectique du paradoxe : un conflit insoluble ou dépassable ?........ p. 30 2 a) Diagnostic……….……………………………………………………………… …………. p. 31 b) Esquisse d’une espérance séculière……………………………………… ………. p. 32 c) Penser l’espérance séculière : autolimitations d’un concept et pronostic vital…………………………………………………………………… …………………….. p. 36 II/ Le paradoxe politique : l’espérance dans les limites d’un monde désenchanté……………………………………………………………………………… ………….p. 38. 1- Figure de l’espérance dans un siècle désenchanté............................. p. 40 a) T ypologie du désenchantement…………………………………………… ……….. p. 41 b) Sécularisation et désenchantement : une relation de congruence…….. p. 44 c) T empérament de la vertu : l’espérance dominée par la crainte…… ……. p. 47 2- L ’eschatologie en prise avec une conception mondaine de l’existence............................................................................................ p. 53 a) Retour à une conception cosmogonique de l’être…………………… ……… p. 54 b) Du monde des lieux au monde flux : le réseau et la globalisation……. p. 58 c) La découverte des limites du monde…………………………………… ………. p. 62 3- Emergence d’une nouvelle perception de l’architecture du temps.................................................................................................... p. 64 a) Le présent et l’instant………………………………………………………… ………. p. 66 b) Un rapport nouveau à l’avenir. « Champ d’expérience » et « horizons d’attente » chez Koselleck…………………………………… ……………………… p. 68 c) L’espérance en souffrance à la surface des temps…………………… ……. p. 71 III/ Responsabilité de l’espérance pour la pensée et l’action dans le monde contemporain : détermination d’un dilemme éthique…… …………………….. p. 75 3 1- L ’air des temps présents : la fin des messianismes et l’hypothèse de la fin de l’histoire…………………………………………… …………………………………….. p. 77 a) La dialectique en désuétude. En finir avec une conception téléologique de l’histoire…………………………………………………… … ………....................... p. 77 b) La caducité des théories du salut terrestre…………………………… ……… p. 81 c) Catégorie de l’espérance et catégorie de la déception……….…… …….. p. 87 2- Conséquence du paradoxe politique : un dilemme éthique…… ……….. p. 89 a) Mise en perspective du dilemme : éthique de conviction versus éthique de responsabilité…………………………………………………… ………………….…… p. 90 b) Payer le prix du désenchantement : résignation ou responsabilité ?... p. 94 c) L’espérance vaut-elle encore comme moteur de l’action ?................. p. 97 3- Penser l’alternative. Au-delà d’une orientation eschatologique et d’une conception cyclique du temps…………………………………… ……………………p. 99 a) L’espérance comme refus de la fatalité………………………………… ……. p. 100 b) La refonte de l’espérance dans une philosophie de la révolte ou la reconstruction par l’éthique…………………………………………… ………..…p. 102 La sécularisation de l’espérance INTRODUCTION : 4 L’espérance est-elle devenue une valeur moribonde ? A-t-elle encore les moyens de produire un élan sociétal ? Peut-elle se maintenir comme moteur de l’action ? Doit- on encore la considérer comme cet aiguillon qui pousse l’homme en avant ou, pour paraphraser Marx, ne vaut-elle plus désormais que comme un reliquat de l’« opium du peuple » ? L’air du temps ne semble plus être celui des grandes espérances, un temps magnifiées et exacerbées par les ardeurs millénaristes d’un Joachim de Flore ou à travers la foi implacable en un horizon de salut collectif, foi qui eût vite fait de traverser une philosophie d’après guerre, brièvement portée par un messianisme moins contemporain que déjà révoqué. Au cœur de l’idée d’espérance, il y a la conviction que la réalité, en acte, est placée sous le signe de l’inaccomplissement, que toute existence souffre de son caractère inachevé. Sous ses diverses formes, l’espérance se place sous la catégorie de l’attente, toujours motivée par la croyance en la possibilité d’un novum béatifique. Elle est une arme qui protège dans le combat vers le salut ainsi qu’en témoigne la parole de saint Paul : « Revêtons la cuirasse de la foi et de la charité, avec le casque de l’espérance du salut » (1 Th. 5, 8). L’espérance repose donc toute entière sur une double croyance : que l’existence ici-bas est toujours imparfaite mais, qu’avec le temps, des changements mélioratifs pourront intervenir et, à terme, rendre possible l’avènement d’un salut personnel et collectif. Espérer, c’est donc penser qu’un processus de perfectionnement interprété comme mouvement est possible dans l’ordre de succession du temps, qu’une transformation orientée vers un mieux est envisageable, voire certaine. Dans la perspective d’une théologie biblique, Thomas d’Aquin définit l’espérance comme l’ « attente certaine de la béatitude à venir » (Somme théologique, IIa II ac, q. 18). Elle se distingue de l’espoir, qui porte sur des objets concrets : l’espoir s’estime à l’aide de la raison, l’espérance se vit sous le regard de la foi. De manière plus générale, les théologiens s’accordent à dire que le propre de l’espérance est de tendre vers un bien, mais vers un bien difficile d’accès (arduum), vers un bien futur, enfin, vers un bien possible. L’espérance traduit donc une attente positive, active et engagée (puisqu’il faut tout mettre en œuvre pour surmonter la difficulté) mais aussi éclairée quant à la possibilité effective de réalisation de ce Bien1. De ce point de vue, l’espérance se place entre le probable et la révolution et s’inscrit directement dans un 1 Notons qu’en l’occurrence la possibilité est davantage normée par son caractère prophétique que par toute prévision ou anticipation d’origine purement et exclusivement rationnelle. 5 rapport déterminé à l’avenir. Sûre et ferme, la Bible nous la décrit comme l’indéfectible « ancre de l’âme ». Chemin faisant, notre présente réflexion s’élaborera à partir de ce constat : l’espérance est en crise. A bien des égards, il semble même juste d’affirmer qu’il s’agit d’une crise sans précédent car inédite, revêtant des formes nouvelles de désenchantement. Avant toute chose il est bon de préciser que la mise en exergue d’une affirmation si désolante ne correspond pas au désir de s’imposer comme prophète de malheur pas plus qu’elle ne « flirte » avec les penchants paralysants de toute philosophie tragique quelconque. Le propos est neutre. Il part d’une simple observation du monde motivée par un ressenti personnel que cette observation devait ensuite accréditer. Le propos de l’affirmation de cette crise étant neutre, il ne s’agira ni de le dramatiser, ni de le soulager du poids de ses enjeux. De plus, dire que l’espérance est en crise n’implique pas nécessairement que nous vivions des temps de désespérance globalisée et ne signifie pas davantage qu’il faille faire la part belle à la myriade d’esprits fatalistes ou nihilistes qu’une idée reçue et fortement répandue voudrait faire passer pour l’apanage exclusif de notre siècle.2 A s’en tenir à la définition du dictionnaire, parler de « crise » sert à exprimer « un changement subit, souvent décisif, favorable ou défavorable au cours d’une maladie »3. Affirmer un état de crise, c’est porter un jugement sur le moment décisif d’un retournement. L’espérance est donc confrontée à un niveau critique et vraisemblablement crucial de son développement duquel elle sortira soit affaiblie soit renforcée, mais en tous les cas, transformée. Encore faut-il préciser les termes de notre sujet. L’espérance dont il est ici question correspond à la version sécularisée de l’espérance. Autrement dit, nous évoquons l’espérance telle qu’elle se présente à nous sous sa forme laïque et prétendument désinvestie de tous ses présupposés théologiques et religieux, dans une société occidentale où s’observe un recul global des religions - ou plutôt, devrait-on dire, de la « transcendance religieuse ». Pourtant, l’espérance au sens propre n’est intelligible que dans un cadre de référence biblique où la catégorie de la promesse occupe une place privilégiée. Pour saint Thomas d’Aquin, l’espérance existe dans un rapport vertueux de l’homme à l’avenir et, s’identifiant pleinement à ce rapport à l’avenir, l’espérance se voit accéder au statut de vertu et plus encore au statut de vertu 2 Il suffit de parcourir les titres sur l’étal des libraires pour en avoir la preuve… 3 In Le Petit Larousse 6 théologale en ce sens qu’elle prend directement Dieu pour objet, au même titre que la foi ou la charité (les deux autres vertus théologales). La visée de l’espérance est donc initialement comprise en Dieu. Si l’on pense l’espérance sous une forme séculière, il s’ensuit qu’elle ne devrait en principe plus prendre Dieu pour objet. Et si elle doit encore prétendre au statut de vertu elle ne le peut que dans une dimension laïque et séculière de la vertu. uploads/Philosophie/ la-secularisation-de-l-x27-esperance.pdf

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